L’IMPARFAIT MOINS QUE PARFAIT : Le baromètre de votre affirmation de soi

L’ennui de ce mode de conjugaison, c’est qu’il imprègne vos conduites et vous ôte le choix d’une autre vie que celle qui vous décape le moral.

 

Cas pratiques

Cette prise de rendez-vous est essentielle pour vous, même si elle ne vous emballe pas plus que ça. Spontanément vous exprimerez vous de la façon suivante ?

– Je voulais prendre rendez-vous pour la semaine prochaine si  possible

– Est-il possible d’avoir un rendez-vous pour la semaine prochaine ?

– Je voudrais prendre un rendez-vous pour la semaine prochaine…

– Je veux prendre rendez-vous pour la semaine prochaine…

Caractéristiques

Temps simple du passé, l’imparfait exprime un passé lointain, marque la répétition, l’habitude ou indique qu’une action n’était pas achevée quand une autre a eu lieu.

Connotations

Si vous vivez votre vie à l’imparfait, c’est que vous marchez à reculons. Comme tous ceux qui conjuguent leur futur à l’imparfait, vous vivez votre présent en théorie. Vos intentions sont souvent frauduleuses (si vous vouliez, c’est que vous ne voulez plus), et chaque fois que vous conjuguez un verbe au passé pour désigner votre avenir, vous alimentez un irrépressible besoin de ne jamais aboutir.

Arrêtons-nous un instant, si vous le voulez bien, sur « Je voulais vous demander », une formule couramment pratiquée, que certains dictionnaires définissent comme étant « une forme affirmative de politesse ».

Je vous laisse mesurer l’absurdité de la formule. Que sous-entend-t-elle ? Elle insinue que, tout à l’heure, hier ou avant-hier, vous vouliez exprimer votre requête mais que ce n’est plus le cas à présent ! Vous avez changé d’avis. C’est votre droit ! Mais alors pourquoi posez-vous la question ? Vous voulez donner le change, faire bonne impression ? La réponse vous importe-t-elle si peu que cela puisque vous vouliez éluder la question ? Vous recourrez à l’imparfait !

« Ce que je voulais vous demander n’a plus aucune espèce d’importance », tel est le sens implicite de cette formule.
Conséquences

La politesse doit-elle rimer avec hypocrisie ou négation de soi ?

Dans ce cas de figure, elle rime essentiellement avec dévalorisation. En usant de l’imparfait, vous suggérez le peu d’intérêt que vous accordez à vos propos.

L’ennui avec ce mode de conjugaison, c’est qu’il imprègne vos conduites et vous ôte le choix d’une autre vie. Vous vous enfermez involontairement dans un scénario étroit et sans avenir.

L’effacement de soi

L’imparfait vous exclut de votre présent. Il vous efface. Vos désirs sont déjà morts avant d’avoir pu non seulement se réaliser, mais tout simplement s’exprimer.  Chaque fois que vous conjuguez votre présent – ou votre futur – à l’imparfait, vous soldez votre volonté. Ce temps trahit une absence de détermination. Vous n’existez plus qu’en théorie à vos propres yeux.

Le choix des mots

L’imparfait est démotivant et frauduleux quand il désigne un futur. Conjuguer son existence à l’imparfait, c’est la subir. Se donner les moyens d’agir sur son destin, c’est s’investir corps et âme au présent de l’indicatif. C’est le seul moyen pour vous de transformer vos intentions en actions.

Chaque fois que vous userez dorénavant d’un « je voulais » pour évoquer votre présent ou votre futur, posez-vous la question de savoir « pourquoi je voulais ? Je ne veux plus ? ».

Voulez vous libérer votre destin ? Usez et abusez du présent de l’indicatif, enracinez-vous dans l’ici et maintenant, investissez vos actions, imprégnez-vous de chacune de vos paroles, vous envisagerez votre futur avec plus de sérénité. Vous éviterez de donner de vous l’image d’un individu superstitieux et velléitaire qui n’aura que son passé pour unique horizon et qui regarde son futur dans le rétroviseur.

En conclusion

La négation de soi

Est-ce que l’observation de la politesse, ces règles qui régissent le groupe social, implique nécessairement la négation de soi ?

Le présent de l’indicatif est un temps roboratif, tonique. L’imparfait est un temps historiquement dépassé. L’imparfait est le mode de l’échec quand il se rapporte à un futur immédiat. Celui qui « voulait » avance dans la vie à reculons. Le présent l’indispose et l’avenir lui fait peur.

 

par Caroline Messinger

 

Laisser un commentaire