Vivre, tout simplement

Chacun a ses propres luxes. Les miens sont divers et variés, jugez-en plutôt : regarder la lune et les étoiles par la fenêtre à l’aube naissante ; contempler le bonsaï sur ma table de travail ; boire du thé vert ; sourire à ma femme au réveil, puis à tous ceux que je rencontre dans la journée ; échanger avec des amis, face à face ou au téléphone ; découvrir avec curiosité les mails à traiter et me déconnecter régulièrement ; manger avec plaisir un petit bout ou un repas plus conséquent ; choisir une bonne auberge où on sera vite servi plutôt qu’un resto « chichi pompon » ; déguster un vin bio ou un verre d’eau ; marcher en respirant profondément pour me sentir vraiment évoluer dans l’environnement ; pouvoir vivre à la campagne mais aller souvent en ville ; humer les fleurs comme les diverses atmosphères croisées ; s’émerveiller d’un rayon de soleil dans les arbres ou sur des immeubles ; d’un nuage ou d’un orage si je suis bien couvert…
 
Quoi encore ? Jouir de la chance de faire ce qu’on aime et d’aimer ce qu’on fait, même si c’est souvent difficile. Et profiter parfois de ne rien faire, tout simplement. Puis me viennent une série de verbes : aimer, travailler, écrire, créer, voyager, dormir bien, rencontrer, aider, ranger, écouter, toucher, sentir, vibrer, s’étonner et s’intéresser, lire, être attentif… 
 
Et enfin, luxe absolu, méditer. Lorsque je prends le temps, même bref, de m’asseoir en posture de méditation, le dos droit, l’être bien centré dans l’expir et l’inspir, le mental apaisé. Ou lorsque mon corps se lance dans des mouvements silencieux de taï-chi et de qi gong. Là, tout prend un sens nouveau, je me sens en harmonie avec moi-même et avec la pulsation de l’univers. Le regard éclairé voit alors au-delà des illusions et tracas de nos existences, le souffle se libère dans une sorte de danse où il se mêle à l’énergie, interne et externe, l’être prend une dimension autre, profondément renouvelé et nettoyé des soucis qui nous habitent. 
 
On parle beaucoup aujourd’hui de spiritualité naturelle pour l’opposer aux religions et à leurs crispations. Mais l’essentiel n’est-il pas de trouver en soi les ressources du bonheur partagé et l’alchimie subtile pour y arriver ? Car le vrai luxe est tout simplement d’exister, pas après pas. Je ne sais quel sage d’Orient ou d’Occident disait : « Le vrai miracle, ce n’est pas de voler dans les airs ou d’avoir des superpouvoirs, mais de respirer et marcher sur terre. » 

Par : Marc de Smedt

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