Socrate, l’accoucheur des esprits

Socrate et les 3 passoires.

Socrate avait, dans la Grèce antique, une haute opinion de la sagesse. Quelqu’un vient un jour trouver le grand philosophe et lui dit :

“Sais-tu ce que je viens d’apprendre sur ton ami?

– Un instant, répondit Socrate. Avant que tu me racontes, j’aimerais te faire passer un test, celui des 3 passoires :

– Les 3 passoires?

Mais oui, reprit Socrate. Avant de me raconter toutes sortes de choses de choses sur les autres, il est bon de prendre le temps de filtrer ce que l’on aimerait dire.

C’est ce que j’appelle le test des 3 passoires. La première passoire est celle de la vérité. As-tu vérifié si ce que tu veux me dire est vrai?

– Non. J’en ai simplement entendu parler…

– Très bien. Tu ne sais donc pas si c’est la vérité.

Essayons de filtrer autrement en utilisant une deuxième passoire, celle de la bonté. Ce que tu veux m’apprendre sur mon ami, est-ce quelque chose de bon ?

– Ah non ! Au contraire.

– Donc, continua Socrate, tu veux me raconter de mauvaises choses sur lui et tu n’es même pas certain si elles sont vraies. Tu peux peut-être encore passer le test, car il reste une passoire, celle de l’utilité. Est-il utile que
tu m’apprennes ce que mon ami aurait fait ?

– Non. Pas vraiment.

Alors, conclut Socrate, si ce que tu as à me raconter n’est ni vrai, ni bien, ni utile, pourquoi vouloir me le dire ?”


“ CONNAIS-TOI TOI-MEME ” Socrate (469-399 av. Jésus-Christ, Athènes)

Socrate n’ayant rien écrit, on ne peut dire de lui que ce que ses élèves en ont dit. Le plus connu est Platon dont l’oeuvre rapportant son enseignement devint un modèle pour les philosophes de l’Occident.

Selon Platon, l’enseignement de Socrate produisait essentiellement des effets négatifs chez les gens, car son discours visait toujours à débarrasser l’interlocuteur du personnage qu’inconsciemment il joue et de ses idées toutes faites.
Sa méthode consistait à jouer les ignorants, il posait des questions comme s’il ne savait rien et petit à petit faisait découvrir les failles du raisonnement de l’autre en lui posant d’autres questions. Toutes ses certitudes s’effondraient alors, comme s’il sortait du sommeil, comme si enfin il s’éveillait à lui-même.
Selon Platon, Socrate faisait prendre conscience aux gens qu’ils vivaient mal et pensaient mal. Certains, séduits par sa façon de penser, devinrent ses élèves et découvrirent alors la vérité sur eux-mêmes, sur le divin enfoui en eux.

Il est intéressant de remarquer les similitudes avec les croyances catholiques : Dieu créa l’homme à son image, puis se fit homme lui-même au travers de Jésus. Cela voudrait dire en effet que nous avons tous une part de divin en nous et que c’est elle que nous devons exploiter pour parvenir à l’idéal humain que les catholiques représentent par le Christ.

Socrate combattait l’ignorance, la seule cause du malheur et de la méchanceté des hommes à ses yeux. Pour lui, l’ignorance naissait de l’aveuglement sur soi-même. Après avoir reçu un “ appel divin ”, il se mit à arpenter les rues, questionnant les uns et les autres pour essayer de faire “accoucher leur esprit”, un art qu’il appelait la “ maïeutique ” (terme qui désignait à l’époque le métier de sa mère, une sage femme).

Il croyait en cette petite voix intérieure qui nous guide sur le chemin le plus juste pour nous et essayait de la faire découvrir à chacun. Il éclairait chacun sur ce qui est juste, bien, beau, utile c’est-à-dire les valeurs vers lesquelles nous devons nous orienter. Selon lui, tous ces concepts sont inscrits au plus profond de nous, il faut juste gratter la couche de pensées superficielles que la société inculque aux hommes.

Malheureusement, ses actions ne plurent pas au gouvernement de la Grèce de l’époque et il fut condamné à mort. Mais même face à cette épreuve, il témoigna d’une immense sagesse. Il accepta le sort que son destin lui réservait, supposant qu’il avait accompli sa mission. De fait, il donna naissance à de grands courants de pensée philosophique et même plus de deux mille ans après, il n’a pas fini de nous faire réfléchir.
Curieusement, les différents courants philosophiques nés de Socrate sont très différents les uns des autres. Probablement à cause du fait qu’il n’ait laissé aucune trace écrite. Cela pose toujours des problèmes car, comme dans le cas de Jésus, nous ne savons jamais où s’arrête la réalité et où commence l’interprétation de celui qui rapporte les faits. De même nous ne savons pas si Socrate pensait réellement tout cela, les pensées de ceux qui ont parlé de lui influencent toujours leurs écrits.

La philosophie apporta énormément au monde spirituel. Le religion catholique également. Il est surprenant de constater que les points communs entre Jésus et Socrate sont fort nombreux. Ils sont en effet les deux “ Messies ” d’une discipline qui va faire évoluer les consciences, ils n’ont laissé aucune trace écrite, ce qui nous rend dépendant de l’image que leurs disciples nous ont donnée.
Ils étaient tous deux experts dans l’art de parler, ce qui leur valait d’être parfois admirés, parfois détestés. Cela leur coûta à tous les deux la vie et le fait qu’ils ne perdirent pas leur calme, ni leur foi face à cette épreuve contribua à répandre leurs idées.

Ils provoquaient tous les deux l’ordre établi et remettaient tout en question. Ils se sentaient tous les deux envoyés par une force divine qui les guidait à chaque pas. Ce dernier point est à mes yeux le plus intéressant car il corrobore la thèse qu’il existe une puissance supérieure qui s’efforcerait de faire évoluer l’esprit de l’homme. Certains perçoivent mieux Ses intentions comme Socrate, Jésus, Gandhi, le Dalaï Lama….

source : www.esraonline.com

Aristote contre socrate à propos du mal. Ou quand l’Homme se dépasse pour devenir ce qu’il ne voulait pas être. 

Socrate considérait que le bien est dans la nature humaine. Si mal il y a, ce n’est pas volontairement que l’homme en est l’auteur. Naturellement, il souhaiterait le bien ; pratiquement, l’erreur est toujours possible, aussi bien pour ce qui est de définir ce qu’est le bien et d’agir en conséquence, que dans l’action elle-même, même si celle-ci vise un bien reconnu. En d’autres termes, on peut mal agir alors que la volonté tend, d’après Socrate, inexorablement vers la vertu. Cette inexorabilité, Aristote la conteste. Pour lui, le bien et le mal ne sont pas dans la nature de l’homme. Seule la pratique est la manifestation d’un comportement vertueux ou vicieux. Cette proposition est une réponse à Socrate dans Ethique à Nicomaque : «  La maxime suivant laquelle Nul n’est volontairement pervers est, semble-t-il, partiellement vraie et partiellement fausse. »

Pour Aristote, l’homme méchant ne saurait donc être totalement exonéré en matière de responsabilité au titre de ses agissements. La vertu est pour lui empirique ; elle se
réalise et se doit de l’être en permanence pour qualifier quelqu’un de vertueux. La vertu ne supporte aucun commerce, compris ou arrangement. Aristote la conçoit comme un objectif auquel on ne peut transiger et elle n’existe que dans les effets. La vertu et le vice sont une façon d’être plus qu’une disposition. Pour autant, Aristote reconnaît une force d’entraînement capable de dépasser la volonté individuelle : « Si vous avez lâché une pierre, vous n’êtes plus capable de la rattraper, mais pourtant il dépendait de vous de la jeter et de la lancer, car le principe de votre acte était en vous. Ainsi en est-il pour l’homme juste ou intempérant : au début, il leur était possible de ne pas devenir tels, et c’est ce qui fait qu’ils le sont volontairement ; et maintenant qu’ils le sont devenus, il ne leur est plus possible de ne pas l’être. »

Ainsi, Aristote nous dit que l’homme peut perdre le contrôle de sa volonté, celle-ci lui échappant lorsqu’il se trouve débordé par la conséquence de ses actes. L’homme s’est dépassé pour devenir ce qu’il ne voulait pas être.

source : philosophie.initiation