Prisons : la honte de la République

Voilà exactement deux ans que la loi pénitentiaire, censée réformer et humaniser les geôles françaises, a été annoncée. C’était en juillet 2007. Le gouvernement a imposé ses réformes de la carte judiciaire, de l’Éducation nationale, de l’Université, de l’audiovisuel et de l’hôpital. Il a méprisé la loi pénitentiaire. Santé physique et psychique en danger, nombre de suicides en hausse, surpopulation endémique (63 000 détenus pour 52 000 places), locaux vétustes, grogne et grèves des personnels… La situation dans les prisons n’a jamais été aussi préoccupante, voire scandaleuse et tragique. Voilà dix ans que l’Europe a demandé à ses États membres une loi pour faire enfin régner l’État de droit derrière les barreaux. Les rapports se sont succédé. En vain. Entre 2000 et aujourd’hui, le Comité de prévention contre la torture (CPT), à deux reprises, a dénoncé des« traitements inhumains et dégradants ».

prison ya du boulot
Qu’il s’agisse de crédits insuffisants, de conditions de détention, de réinsertion, tout se passe comme si l’on considérait la prison comme la cinquième roue du carrosse social. Le texte sur la loi pénitentiaire a été présenté en Conseil des ministres en juillet 2008, examiné précipitamment au Sénat en février dernier. Puis rien. La loi ne sera pas à l’Assemblée avant l’automne. Telle qu’elle s’avance, cynique, elle maintient le quartier disciplinaire, ajourne le principe d’encellulement individuel, autorise la fouille des cavités internes, introduit l’obligation d’activité (soit un travail forcé), organise une différentiation des traitements selon la personnalité et la dangerosité des détenus. In fine, elle accentue ou maintient la subordination des prisonniers.

Dans son discours de Versailles devant le Parlement, Nicolas Sarkozy a déclaré que l’état des prisons « est une honte pour la République et qu’il est nécessaire de bâtir de nouvelles prisons ». Foin de toute réflexion de politique pénale. Mais construire pour incarcérer davantage. La prison n’est pas une honte pour la République, mais bien la honte de la République.

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