Pouvons-nous réunir la politique et la spiritualité ?

Spiritualité ? Politique ? Comment osons-nous mentionner ces deux mots dans un même souffle ?
On peut être chercheur spirituel ou militant politique mais pas les deux. Lorsqu’on est pris dans la pensée duelle du « ceci ou cela », la politique et la spiritualité apparaissent comme deux mondes distincts, deux dimensions différentes qui ne devraient pas être mélangées. Mais, pratiquement parlant, la spiritualité peut pourtant ennoblir la politique et la politique enraciner la spiritualité. La spiritualité peut nous aider à laisser l’ego et les pulsions de pouvoir à la porte et servir réellement le bien de tous. La politique peut nous fournir une arène pratique afin d’appliquer les principes spirituels, comme la compassion et, de plus, les médias vont nous donner un « feed-back » instantané si nos actions ne s’accordent pas à nos promesses.
Gandhi n’avait pas de difficulté à assembler la spiritualité et la politique. Il disait : « Je ne pouvais pas mener une vie religieuse à moins de m’associer à toute l’humanité et cela ne pouvait être accompli à moins que je prenne part à la vie politique« . Qu’en est-il de la séparation de l’Église et de l’État dans notre pays ? Les pères fondateurs (et les mères) n’ont jamais dit que nous ne devrions pas discuter des principes spirituels dans l’arène politique mais plutôt que l’État ne devait pas imposer de croyance religieuse à ses citoyens ni interférer dans la pratique de leur religion.
 L’église » est un terme qui renvoie à la religion organisée avec des dogmes et des pratiques spécifiques. Mais la spiritualité évoque les valeurs intérieures d’une vie reliée au Transcendant. Elle parle des qualités de l’âme humaine telles que l’amour et le courage. La religion peut aider à être plus spirituel mais la spiritualité n’est pas dépendante de la religion. Un sondage récent a montré que 84% des américains pensaient que « le gouvernement serait meilleur si les lois étaient fondées sur les valeurs morales ». Beaucoup d’entre nous aspirons à une politique basée sur la spiritualité, œuvrant à partir des valeurs morales, une politique qui ne sollicite pas seulement les intérêts personnels en confrontant des partis les uns aux autres. Nous attendons un discours politique qui nous parle des valeurs fondamentales de l’être humain, qui apporte un sens plus vaste de la communauté et un objectif transcendantal à notre nation, une vision plus élevée de la vie publique et du service pour le bien commun, plutôt que de stimuler le pouvoir et la concupiscence. Si nous parvenons à discuter des valeurs spirituelles dans la vie publique, nous pourrons demander des comptes à nos leaders. Le grand public a exprimé clairement son refus des campagnes négatives et les candidats d’aujourd’hui tentent d’ailleurs de convaincre leurs électeurs que leur campagne est la plus positive. De nombreux électeurs confient que les rappels à l’honnêteté, au service et au sacrifice de la part d’un des candidats avaient attiré leurs votes.
Comment pouvons-nous reconnaître une politique spirituelle ? Voici quelques qualités essentielles :
.  Honnêteté et intégrité · Détermination à garder le cap sur des sujets particuliers · Justice et équité · Compassion pour les défavorisés · Œuvrer au bien de l’ensemble · Respect et courtoisie, particulièrement pour les adversaires · Ouverture et collaboration · Conscience que tout est interconnecté · Foi dans une puissance supérieure
En faisant le travail de recherche pour mon livre, « Spiritual Politics« , j’ai découvert qu’une politique fondée sur la spiritualité commençait à émerger en différents endroits du pays et qu’elle incarnait les principes et les valeurs des traditions spirituelles du monde. Cette nouvelle politique est fondée sur quatre approches :
1. Trouver un terrain d’entente commun plus élevé afin de résoudre les conflits et de créer les lois.
La plupart des traditions spirituelles respectent la part de vérité que contiennent toutes les facettes d’un conflit. Elles font la promotion de la guérison, de la réconciliation et du pardon. La formation de certains initiés dans les écoles anciennes comprenait la pensée paradoxale, la capacité à soutenir deux perceptions opposées en même temps. Les Taoistes enseignent que le Yin et le Yang, les deux polarités opposées, se soutiennent dans un équilibre dynamique. Les Bouddhistes enseignent « la voie du milieu » et dans la Cabbale Juive, l’arbre de vie, le pilier central, indique le chemin d’équilibre entre les paires d’opposés.


Einstein disait que nous ne pouvons pas résoudre un problème sur le même plan de conscience que celui où on l’a créé
. Nous devons trouver un terrain d’entente commun plus élevé. De nombreuses approches politiques récentes dépassent l’approche classique droite/gauche afin de trouver un terrain commun sur certains sujets épineux.
2. Promouvoir les meilleures pratiques, les solutions spirituelles aux problèmes sociaux.
Plusieurs de ces solutions ont été découvertes et mises en œuvre par des associations qui représentent une « troisième force », au-delà du gouvernement et des entreprises, incarnant l’esprit de service que l’on trouve dans toutes les religions. Leurs solutions sont plus efficaces parce qu’elles perçoivent l’être humain comme un tout, corps-esprit-âme, et transforme des vies plutôt que de fournir seulement la nourriture et l’hébergement. Aux USA, le gouvernement ayant reconnu leur efficacité, la loi de 1996 qui a réformé le programme social a ajouté une clause de « choix charitable » qui permet à toute organisation spirituelle d’être en « compétition » avec le gouvernement pour fournir les services sociaux les mieux adaptés.

3. Travailler à changer nos consciences.
Nos schémas de pensées négatives sont les causes les plus profondes des problèmes dans le monde. La recherche médicale a démontré que nos pensées affectent notre santé personnelle mais nous devons explorer également les pensées collectives qui affectent notre santé sociale. La sagesse éternelle de l’Orient et de l’Occident nous révèle que nous pouvons changer le monde en changeant notre conscience. En Occident, la Bible dit “Comme un homme pense, tel il est” et de la même manière, les Bouddhistes disent “Nous faisons le monde avec nos pensées”. La forme suit, l’esprit et la pensée sont les constructeurs. L’interaction entre la pensée humaine et Divine crée la réalité. (…) Nous serons de meilleurs agents du changement si nous réunissons ainsi la politique et la spiritualité.

Par : Corinne McLaughlin l’auteur de Spiritual Politics