Pervers-narcissique : ou la société et volonté de toute-puissance, un rapport à questionner

Un des problèmes de notre époque, en Occident, est le rapport au désir de toute-puissance.

 Tel un enfant qui, à un moment réveille ce désir en lui, l’éducation a pour objet de le cadrer, de le sublimer pour devenir un adulte. Si ce n’est pas cadré, on en arrive à des formes de perversion (voir ce concept  tant à la mode de nos jours de pervers narcissique, qui n’est que le reflet de cette problématique). Au niveau social et religieux, nous retrouvons la même démarche : la morale, les lois (divine ou légale) sont présentes comme garde-fou pour cadrer cette volonté de toute-puissance, garde-fou qui peut être remplacé dans certains cas, par une humilité face à une grandeur qui nous dépasse et nous renvoie à notre place, voire un concept comme l’ataraxie qui réduit les passions fortes (rapprochant la toute-puissance vécue) à des émotions douces (cadre face à cette volonté qui se retrouve refoulée).

désir de toute puissance

L’époque actuelle, quant à elle, a supprimé justement tout rapport au garde-fou dans tous les cadres possibles. 

Que ce soit au niveau légal où la morale est soi-disant devenue la loi mais qui est, au final, une société d’adaptation et d’imposture. L’important n’est plus le vrai, mais le spectacle lié à la performance accomplie, quelle que soit la manière dont cette performance est accomplie. Ce qui explique une validité implicite du dopage au sport, des politiciens escrocs ou manipulateurs ; le problème au fond est qu’ils se sont faits prendre, plus que le fait qu’ils aient utilisé tous les moyens possibles pour arriver à leur fin (de toute puissance). L’imposture devient le masque pour remplir un vide ontologique grâce au spectacle produit. 

Au niveau philosophique avec la place du bonheur ancré dans les droits de l’Homme : le bonheur est passé d’une vision collective d’émancipation sociale ou spirituelle à un bonheur personnel fait de  pulsions consommables. Partant des droits de l’Homme qui annoncent que le bonheur est un droit inaliénable, un gouvernement est légitime si le peuple est libre et heureux. Si de nos jours, celui-ci est fait de pulsion et ? consommable alors un gouvernement légitime sera celui qui nous permet de consommer notre bonheur (et d’assouvir de ce fait notre volonté de toute-puissance). De ce fait, on découvre une passion pour se faire une meilleure place pour vivre allant jusqu’à oublier le sens de vivre lui-même réduit à cette volonté de toute-puissance.

Au niveau spirituel : le new-age, le néo-chamanisme ou même néo-paganisme place l’Homme comme un dieu en devenir et de ce fait ne limite plus le désir de toute-puissance mais au contraire, le valide et le pousse. L à ou les anciens païens avaient un cadre qui était soit, une humilité des « dieux qui nous dépassent », soit au risque de ne pas plaire aux esprits et recevoir une punission pour une puissance personnelle trop poussée, de nos jours étant des dieux en devenir, il suffit de se purifier et de travailler sur soi pour se rapprocher de dieu et vivre cette volonté de toute puissance expliquée par le divin en nous qui ne demande qu’à s’exprimer. 

Au niveau scientifique et matérialiste : une volonté de toute-puissance rejoignant une capacité technique de plus en plus présente renvoie à ce qu’est  à la base un humain. Pourquoi pas l’améliorer pour pouvoir, faire et être encore plus ce que je désire ? Cette même volonté de toute-puissance entraîne de fait le transhumanisme. 

Au niveau psychologique : le coaching qui vient, à la base, des entreprises aux USA et donc construit par le management, apprend à se dépasser, pour réaliser des objectifs (professionnel ou personnel) qui nous étaient difficilement réalisables jusque-là (problème de procrastination, de confiance en soi, de motivation, de peurs diverses, etc.) Bref comment dépasser nos limites pour réaliser notre volonté de toute-puissance (la « loi d’attraction » étant le plus beau symbole, si tu crois assez fort à ce que tu veux ou désir ça arrivera obligatoirement) 

Conclusion : 

La base de la philosophie libertaire et de la mouvance post 68 est : tout est possible (vision qui nous place de manière inconsciente à une place infantile dans ce rapport à la volonté de toute puissance). Seulement, les limites qui structurent la vie sont essentielles à l’existence. Aujourd’hui, le néolibéralisme, lié à la technologie, pousse aussi au « tout est possible ». Cela entraîne une réflexion philosophique de la limite, tout en faisant attention. Car celles-ci peuvent vite renvoyer vers l’obscurantisme qui aime des limites fortes : coercitives, voire théologiques. Face à une vision libertaire du « tout est possible » rejoignant dans les faits les dérives néolibérales, se questionner sur la place d’une limite devient indispensable.

Par : Le Veilleur