PENSER, le verbe qui ne réfléchit pas plus loin que le bout de son nez…

Cas pratiques

Quelle est la formule que vous adoptez le plus spontanément ?

Vous devriez revoir le dossier de madame Machin avant de prendre une décision définitive !

J’estime que  le dossier de madame Machin doit être réétudié avant de prendre une décision définitive !

Je pense quevous devriez revoir le dossier de madame Machin avant de prendre une décision définitive !


Caractéristiques

Petit détour habituel vers le dictionnaire, voyons ce qu’il pense du verbe penser :

Exercer ses facultés intellectuelles, former des idées; avoir telle ou telle opinion; renforcer une affirmation ou exprimer ironiquement le refus, la dénégation, etc.

Bien qu’il soit donné comme verbe synonymique, penser n’est pas réfléchir.


Connotations

L’usage intensif du verbe « penser » est  un signe de soumission à la pensée unique qui prévaut !

« Je pense que vous devez étudier un peu plus ce dossier ! » Celui qui pense à répétition ne réfléchit guère aux conséquences de ses propos souvent formatés. Les « penseurs » en parole sont la plupart du temps des acteurs stériles.

Conséquences

A force de « penser que » ils finissent par oublier « d’agir pour ». Et ils plombent leurs propos d’une force d’inertie sans perspective d’avenir. Le pouvoir de la pensée est tel qu’il hypothèque tout passage à l’acte. La pensée est confortable et sécurisante car elle n’oblige jamais le penseur à agir autrement qu’en pensée.

« Je pense, donc je suis ! »

Le choix des mots


« Je pense que vous devriez… » n’est pas la formulation adéquate. Mais alors comment faire prendre conscience à votre interlocuteur qu’il est temps pour lui de s’y mettre ?

Si nous supprimons le verbe penser, il reste « Vous devriez revoir le dossier de … », formulation qui a peu de chance de vous donnez satisfaction : un conditionnel indique toujours la sortie de secours à l’individu peu motivé. « Vous devriez » n’est pas « vous devez ».

« J’estime que le dossier de madame Machin doit être revu…» est une version plus autoritaire mais qui a le mérite d’être directive ! L’usage du verbe « estimer » en lieu et place du verbe « penser » connote la détermination, l’implication. Ce verbe transmet l’image d’un individu qui sait prendre du recul, qui est doté d’un sens de l’évaluation, donc de quelqu’un de compétent.

Il n’y a pas qu’une formulation unique de rechange. L’objectif est de comprendre l’inadéquation de certains termes. Ensuite à chacun de se réapproprier les mots en connaissance de cause et selon sa sensibilité.

 


En conclusion

Vous devriez revoir le dossier de madame Machin avant de prendre une décision définitive ! – Conditionnel démotivé & démotivant –

J’estime que  le dossier de madame Machin doit être réétudié avant de prendre une décision définitive ! – Evaluation & prise de recul.

Je pense que vous devriez revoir le dossier de madame Machin avant de prendre une décision définitive ! – Penser n’est pas agir.

La formulation peut être plus ironique, pourquoi pas ? « J’imagine que vous comptez revoir le dossier de madame Machin incessamment sous peu ? » L’ironie, ça fonctionne mieux que la pensée unique. Un atelier d’humour verbal pour responsables en détresse serait une idée très rentable à court terme. Si vous connaissez un comédien en recherche d’emploi, soufflez-lui l’idée. Il suffit d’avoir le sens de l’humour pour fonder son entreprise.

 

Par Caroline Messinger

 

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