Les chaines d’information répétée

On les appelle plutôt « chaines d’information continue » mais leur continuité consiste principalement à répéter en boucle le stock d’informations disponible (des dernières 24 heures) assorti du suivi de quelques rares informations saillantes traitées les 2 ou 3 jours précédents. Tous les quarts d’heure sur les trois chaines généralistes (LCI, i-Télé, BFM) ce sont à peu près les mêmes faits du jour qui occupent les écrans, entrecoupés de quelques commentaires et débats confiés à des experts plus ou moins certifiés et quelquefois à des imposteurs médiatiques patentés … La question est : ces répétitions inlassables, à force quasiment névrotiques, altèrent-elles les faits et leur signification et jusqu’à quel point ? Voir le train fou de Saint Jacques de Compostelle dérailler 2 ou 3 fois dans votre salon c’est une chose mais 1000 ou 2000 fois en arrière-plan c’en est une autre … La quantité se transforme alors en qualité, pour quel résultat ?

 train déraille

 

 

D’une boursouflure l’autre …

Un nouveau journal tous les quart d’heure … Que s’est-il passé depuis le journal précédent ? Le plus souvent rien … On repasse donc l’essentiel du journal précédent … Pour soutenir l’attention et écarter le téléspectateur d’un ennui mortel et aussi le fidéliser il faut avoir recours à des artefacts … Deux possibilités s’offrent aux chaines :

–          ou bien il y a dans l’actualité un ou deux évènements forts qui suscitent passion et/ou attention par leur force propre (par exemple ce déraillement, ou les noyades tragiques de Lampedusa, sans parler du 11 septembre) et on focalise exclusivement sur eux jusqu’à créer des éditions spéciales à durée indéterminée qui balaient le reste de l’actualité. Dans le champ de l’information on exploite donc une boursouflure naturelle …

–          ou bien on reste sur le contenu du jour et on donne un relief artificiel à certains faits ou déclarations en leur consacrant le même espace, la même dramatisation, la même considération que les événements précédents de façon à créer une sorte d’égalité par le traitement …Dans ces cas on exploite une boursouflure artificielle …

Quoi qu’il en soit le media reste toujours en tension, et le téléspectateur est convié à suivre …

L’information c’est le flot …

Capter les esprits et les fidéliser dès lors qu’ils sont à portée (c’est-à-dire devant l’écran) est donc l’unique préoccupation des chaines qui gèrent à longueur de temps des alternances de temps forts et de temps faibles.

Pour ce qui est des temps forts ils n’en sont guère que les gérants serviles car les événements saillants ont la capacité de s’imposer dans le champ perceptif (comme un coup de tonnerre qui oblitère tout dans l’esprit) et de produire par eux-mêmes des significations.

Les temps faibles en revanche conduisent ces chaines à se rendre « naturellement »coupables – de par la logique même de leur être- de distorsion d’information. Ils sont contraints de rehausser au niveau de première grandeur des faits de faible portée, des vétilles, des lapsus, des bons mots à contenu insignifiant, des expressions malhabiles, voire des sourires ou des regards en biais … C’est la banale « gonflette médiatique ». Au final, en apparence, il n’y a que des hauts puisque les bas sont en permanence surévalués … Bref le flux informatif est bien continu et de forte intensité mais en réalité il n’est qu’une suite aléatoire de réalités consistantes et de baudruches évanescentes …

Un flot de signes de loi …

L’effet sur les esprits diffère peu des effets de la publicité : c’est sa répétition des perceptions dans l’espace public qui fait qu’un signe devient un signe de loi, comme une marque par exemple. Les vendeurs d’espaces publicitaires facturent leurs prestations aux nombre de percepts estimés ; un même panneau 4×3 coûtera plus ou moins cher selon le carrefour où il est implanté et la valeur d’un réseau dans la ville résulte du nombre global de percepts. Par exemple, dans son parcours dans la ville un automobiliste cumule au jour le jour un nombre incalculable de signes de chaque réseau et c’est le plus saillant et le plus fourni –soit le plus cher- qui s’imprime dans son esprit et construit son mode réactionnel qui sera actif dans d’autres lieux et en d’autres moments … au supermarché par exemple … L’effet des chaines est encore plus efficace puisque le téléspectateur figé dans son canapé est constamment à la merci de son écran est sous perfusion de signes construits à son intention combinant images cinétiques et sons …

par : MARTY.ROBERT