Le conditionnel qui voudrait tant devenir un inconditionnel

Le baromètre de votre affirmation de soi

 

Cas pratiques

Quelle est la formulation que vous adoptez le plus spontanément ?

– On ne pas dit pas je veux, on dit « je voudrais » !

– Tu ne dis pas je voudrais, tu dis « je veux s’il te plait ! »

Caractéristiques

Un petit tour rapide du côté du dictionnaire pour voir ce que celui-ci nous raconte concernant le conditionnel : « Mode indiquant que l’idée exprimée par le verbe est subordonnée à une condition. »

Connotations

Petit retour en arrière, si vous le voulez bien…

Pour comprendre le sens contaminé du mode conditionnel, il est indispensable de retourner à l’enfance de chacun.

« On ne dit pas je veux, on dit : je voudrais ! » ripostait votre mère chaque fois que vous étiez ébloui(e) par le jouet de vos rêves, chaque fois que vous lui rabâchiez « je (le/la) veux » béat de bonheur devant un superbe camion ou une poupée éblouissante. Vous vouliez tout, vous n’aviez pas encore trois ans.

Mais vouliez-vous véritablement ce camion, ce train, ce vélo, cette poupée, ce chien, ce livre, ces chaussures, ces bonbons, ce manège, ce ballon, ce … etc., etc. ?

L’enfant qui dit « je veux » cherche à s’affirmer en usant du présent de l’indicatif bien plus qu’à obtenir le jouet qu’il convoite.

La riposte maternelle « On ne dit pas je veux, on dit « je voudrais » apparait alors comme  castratrice. Pourquoi ?

Parce qu’au lieu d’un refus franc et massif « Je ne veux pas parce que… », celle-ci se dissimule derrière un sujet impersonnel assorti d’un conditionnel pour sanctionner la volonté de l’enfant. « On » n’est pas « je » ! « On » ce sont les usages, la politesse, les règles de la société. Un enfant bien élevé ne s’affirme pas, il se soumet à l’autorité insondable du « on ». Et qu’en est-il de l’autorité parentale ?


Parce que lorsque l’enfant s’exclame « oh maman ! Regarde comme elle est belle ! Je la veux… », il laisse éclater le désir qu’il ressent à cet instant très précis. Il est enraciné dans sa réalité. Son désir ne peut se conjuguer qu’au présent de l’indicatif. A cela sa mère lui rétorque :« On ne dit pas je veux, on dit, je voudrais… quand on est bien élevée ! » Sa réponse ignore totalement l’objet de sa demande et, sans en avoir conscience, elle expulse le désir de l’enfant de sa réalité. Mise à la porte de son présent, elle le projette dans une dimension qui n’existe pas et n’existera jamais : le conditionnel !

« Tu veux mais moi je ne veux pas » serait une réponse plus adéquate, car elle sous-entend que « Je prends la responsabilité personnelle de te refuser ce que tu me demandes. »La réaction a le mérite d’être claire dans l’esprit de l’enfant. Les deux volontés s’affrontent et l’autorité affirmée du parent finira par l’emporter, même si ce n’est pas du premier coup.

Conséquences

En imposant le conditionnel, une mère élude sa responsabilité d’éducatrice et confirme son manque d’autorité. Elle ôte à son enfant le droit de s’affirmer donc sa capacité d’exister à ses propres yeux. L’usage intensif du conditionnel, imposé à l’enfant est une conduite parentale psycho-toxique susceptible de bloquer ses désirs. Toute sa vie sera soumise à condition et toute réalisation de soi sera hypothéquée par cet usage contaminé du verbe vouloir. En grandissant, il se soumettra instinctivement à ce mode manipulateur qui reporte aux calendes grecques tous les camions qu’il réclamera à ses parents. Il apprendra que tout ce qu’il « voudrait » ne se réalisera jamais.

Progressivement, le conditionnel dévalorisera ses ambitions et il se soumettra à la fatalité du non achèvement ( le véritable échec vital) au lieu d’apprendre à la combattre.

« Si je veux, je me bats pour l’avoir. Si je voudrais, je rêve et puis j’oublie. » Ce genre d’éducation fabrique des enfants passifs et aboutit à des adultes fatalistes et insatisfaits.

Le sens pervers de ce mode de conjugaison se résume ainsi :

« Ce que je voudrais, je ne le veux pas vraiment, sinon pourquoi aurais-je besoin de le soumettre à un préalable ? Donc, je peux parfaitement m’en passer. »

Le conditionnel globalement

Le conditionnel est un temps qui vous met entre parenthèses. Un temps qui assujettit votre existence à des conditions aléatoires. Tant qu’une action est soumise à condition, elle reste hypothétique. L’usage intensif, et non justifié, du conditionnel expulse le désir de sa réalisation. Mise à la porte de son présent, vous projetez la réalisation de ce désir dans une dimension qui n’existe pas puisqu’elle est conditionnelle. En quelques mots, vous fragilisez vos émotions ; vous paralysez insidieusement votre capacité de vous affirmer. A force de dire « je voudrais », vous niez votre existence, donc vous n’existez pas.

Le conditionnel émascule le locuteur qui l’utilise.

Le choix des mots

Au présent de l’indicatif, votre volonté s’exprime sans restriction. Au conditionnel, elle s’efface et ne peut réapparaître que sous conditions suspensives. En d’autres termes, ce que vous « voudriez », vous ne le « voulez » pas. Au conditionnel vous subissez, au présent de l’indicatif vous agissez, vous faites preuve de détermination, vous êtes entreprenant, persévérant. L’un vous donne une bonne image de vous-même, l’autre pas. Je vous laisse deviner lequel.

En conclusion

Si votre portrait du Moi idéal est celui d’un être effacé, indécis, insatisfait, frustré, velléitaire… ne changez rien. La forme conditionnelle est en adéquation avec vos non-désirs.

En revanche, si votre image de soi est celle d’un individu qui a une bonne estime de lui-même, qui s’affirme, qui sait ce qu’il veut, ne brimez surtout pas vos « je veux » ; ayez l’audace d’exprimer vos exigences, même et surtout si vous ne pouvez pas les satisfaire (La frustration est un des moteurs de la réussite). Vous vous épargnerez ainsi une vie par procuration, une existence à rêver votre vie, sans que la possibilité de vivre vos rêves n’effleure jamais votre imagination.

 

Par : Caroline Messinger


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