La Voie Symbolique

La vie tout entière est symbole. En fonction des symboles que nous rencontrons autour de nous, observons et comprenons, nous nous transformons. Certaines forces, certains états de conscience qui nous touchent plus particulièrement modèlent notre comportement, notre manière de penser et l’intégralité de notre existence. Ils façonnent notre conscience et notre inconscient, nous transmettent certaines clés intérieures et nous permettent d’ouvrir les portes qui jalonnent le chemin initiatique. 

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Peut-on formuler une définition du symbole ? La réponse est, sans aucun doute, négative. Nous renonçons à pousser plus loin toute tentative de définition et nous allons chercher, par des approches successives, à serrer de plus en plus près le sens du symbole pour notre vie profonde, dans ses fonctions réparatrices ou équilibrantes et ses potentialités initiatiques. A l’état de sommeil, nos facultés conscientes sont annihilées provisoirement ou amoindries. Au cours de certaines phases du sommeil, nous voyons des images : personnages et choses.

Nos rêves nous livrent des fragments de souvenirs par des « images », qui sont des symboles, dont nous avons à percevoir le sens. Les symboles se situent à l’interface entre le
conscient et l’inconscient, entre dextre et sinistre, entre le monde et l’autre monde, entre l’en-deçà et l’au-delà, entre la lumière et les ténèbres, entre l’ordre et le chaos, entre le jour et la nuit, entre la raison et l’instinct.
Sigmund Freud, Pierre Janet et Joseph Breur firent des découvertes importantes en neurologie. Ils constatèrent que les symptômes névrotiques ont un sens symbolique ; ils sont, comme les rêves, un mode d’expression de notre esprit inconscient. Ces symptômes sont la manifestation de zones dissociées de notre conscience. De là, l’importance que prend l’analyse des rêves ; d’où la création et le développement des techniques psychanalytiques.
Les travaux de Freud et de son école ont consisté à trouver des lois, des schémas fondamentaux dans cette matière vaste et compliquée. Nous n’avons pas ici à juger ni la valeur ni les limites de cette méthode, encore qu’elle ait suscité bien des critiques et des polémiques ; d’ailleurs elle a évolué pour répondre à certaines causes d’échecs. C. G. Jung a modifié les concepts de Freud. Le contenu du rêve est symbolique. Les rêves dépendent du rêveur et ne peuvent être interprétés qu’avec l’aide du rêveur, qui est chargé de fournir le contexte des images oniriques. Mais il y a des rêves qui comprennent des éléments non
individuels. Nous savons, par la découverte des pierres gravées, que nos ancêtres représentaient des symboles depuis des millénaires.

LA PUISSANCE INITIATIQUE DU SYMBOLE

« Le symbole est l’outil qui facilite la découverte du monde de l’inconscient et qui, de ce fait, ouvre la voie vers l’épanouissement de la personnalité et offre l’agrandissement du moi et le passage au soi. Les symboles sont donc :
• des moyens de déchiffrement ;
• des moyens de connaissance ;
• des moyens de communication.

Les symboles donnent un visage à nos désirs, ils nous révèlent à nous-mêmes, ils nous incitent à l’action, ils modèlent notre comportement, ils amorcent nos succès comme nos insuccès. Les symboles « se livrent et s’enfuient », ils « s’éclairent et ils se dissimulent ».
Nous pouvons mettre en évidence quelques principes relatifs aux processus symboliques,
qui concernent surtout l’imagination, l’intuition, la création, l’invention. Pour faciliter la compréhension, nous rappellerons quels sont les principes de l’approche rationnelle et
expérimentale, et nous établirons des ponts de communication. La symbolique accepte la coexistence des contraires. Une chose peut être ceci et aussi cela ; même si ceci et cela paraissent contradictoires. Les voies initiatiques, qui s’expriment par le langage symbolique, visent à résoudre les contradictions du monde des apparences, et conduisent à la découverte de la réalité, qui est une et qui résout les contraires en les englobant. Au principe de compatibilité correspond le principe de coexistence (des contraires ou des contraires apparents). Le sens du symbole est perçu par des approches successives. On le trouve dans des textes, des images, des rituels, des monuments, des poèmes, des épopées, des mythes, des oeuvres d’art. Le même signe retrouvé dans des environnements différents livre son sens par étapes successives. Il vient un moment où l’on sait ce que signifie un symbole, comme il vient un moment où l’on perçoit des significations nouvelles du même signe symbolique. Encore convient-il pour y parvenir de disposer de quelques fils conducteurs.

LA SCIENCE DE L’INTERPRÉTATION

Tout symbole se prête à des interprétations multiples, toutes vraies et cohérentes, soit à des niveaux différents, soit dans des domaines similaires ou complémentaires. Les sens d’interprétations ne s’excluent pas les uns les autres. De ce fait, la symbolique offre un langage beaucoup moins limité que le langage ordinaire. Il se prête tant à l’expression de messages de la vie inconsciente qu’à la formulation de concepts métaphysiques, de relations mythiques et d’enseignements initiatiques.

Par son caractère ambivalent, le symbole gagne en profondeur ce qu’il perd en
précision. Le rôle des enseignements initiatiques est de conduire progressivement et prudemment de façon à passer du niveau des symboles oniriques – qui sont subis au niveau des symboles culturels qui sont appris – pour atteindre celui des symboles universels, qui
sont découverts ou recréés. Les symboles vivent : ils ont leur naissance, leur enfance, leur adolescence, leur maturité. Le sens ultime de certains symboles ne se révèle qu’à leur maturité, c’est-à-dire, lorsque l’on considère leur fonction dans les opérations les plus complexes de l’esprit.

QU’ENTEND-ON PAR « INITIATION » ?

L’initiation, comme le mythe, a un sens différent pour l’homme des sociétés traditionnelles et pour celui des sociétés modernes. Dans les sociétés traditionnelles, l’éducation était conférée par la voie de l’initiation, dont la forme se transmettait de génération en génération. L’initiation intervenait aux époques importantes de la vie de l’individu, celles auxquelles se produisent les changements d’états, par mutations. C’est ainsi que l’une des initiations les plus importantes se situait au passage de l’enfance à l’adolescence, à l’époque de mutation où l’être humain doit normalement se libérer de toute dépendance parentale.
Chaque être conscient ne réalise et n’exprime qu’un fragment de sa personne virtuelle et, de
ce fait, éprouve des sentiments de frustration et d’inquiétude. La frustration concerne les potentialités non réalisées mais pressenties ; elles s’expriment par les images-symboles du «paradis perdu », de la « parole perdue ».

LE MANDALA : DU LIMITÉ VERS L’ILLIMITÉ

Parvenir au point central, centre du monde, c’est être arrivé au point de départ du Cosmos, au commencement du temps, c’est à- dire, qu’on a aboli le temps. L’approche de la symbolique du mandala peut se faire comme pour les autres figures symboliques à partir du macrocosme, pour passer ensuite par des transpositions analogiques, aux divers domaines du microcosme. Le symbole du mandala semble bien répondre à ce concept d’archétype.
Lorsqu’il est perçu au niveau du conscient, il se présente sous une forme dont la structure
de base est toujours la même. Tout se passe comme si la conscience faisait appel, dans
certaines circonstances, au modèle du mandala, en tant que projection d’un état psychique inconnu mais pressenti. La figure parfaite du mandala apparaît rarement dans les rêves, mais les rêves amènent souvent des images imparfaites qui semblent annoncer le mandala. Le mandala apparaît ainsi comme le symbole du « Soi ». Rappelons que le « Soi » est conçu comme totalité de la psyché, tant consciente qu’inconsciente ; le « Soi » est un concept limite.

Par : R Berteaux

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