La désinformation: pourquoi elle fonctionne et comment la contrer

Alors que les exemples de désinformation ne manquent pas, notamment sur la scène politique, le chercheur en psychologie Stephan Lewandowsky de l’Université of Western Australia et ses collègues décrivent, dans un article paru dans la revuePsychological Science in the Public Interest, les facteurs cognitifs qui font que certaines personnes adhèrent si fortement à certains éléments de désinformation et ils identifient certaines techniques qui peuvent être efficaces pour contrecarrer les croyances erronées.

La raison principale pour laquelle la désinformation fonctionne, estiment-ils, est que le rejet de l’information exige un effort cognitif. Évaluer la plausibilité et la source d’un message requière plus de ressources cognitives et motivationnelles que d’accepter simplement le message comme vrai. Si un sujet n’est pas très important pour une personne ou si elle a d’autres choses à l’esprit, la désinformation est plus susceptible de fonctionner.

Et, quand nous prenons effectivement le temps d’évaluer les informations reçues, nous sommes susceptibles de ne prêter attention qu’à quelques aspects: Est-ce que les informations concordent avec certaines autres croyances? Est-ce qu’elles constituent une histoire cohérente avec ce que nous savons déjà? Cela vient-il d’une source crédible? Les autres croient-ils cette information?

La désinformation fonctionne particulièrement quand elle est conforme aux points de vue politiques, religieux ou sociaux pré-existants. Pour cette raison, les visions du monde et les idéologies personnelles peuvent être des obstacles particulièrement difficiles à surmonter. Pire encore, disent les chercheurs, les efforts pour rectifier l’information n’ont souvent pour conséquence que d’amplifier l’effet de la croyance erronée.

Lewandowsky et ses collègues proposent quelques stratégies pour remettre les pendules à l’heure:

  • Identifier l’information manquante et fournir l’explication alternative;
  • Répéter son message pour réduire l’influence de la désinformation (ce qui peut cependant avoir pour conséquence une répétition accrue de la désinformation qui la rend plus familière);
  • Mettre l’accent sur les faits à mettre en évidence plutôt que les mythes (afin d’éviter d’exposer encore davantage à ces derniers)
  • Fournir un avertissement explicite avant de mentionner un mythe pour s’assurer que les gens sont cognitivement sur leurs gardes et moins susceptibles d’être influencés par la désinformation
  • S’assurer que les informations à transmettre sont simples et brèves (si le mythe est plus simple, il est plus attirant cognitivement)
  • Considérer les croyances de l’auditoire. En cas de croyances fortement opposées, l’effet pourrait être contraire à celui souhaité. Les personnes plus réceptives sont celles dont les croyances ne sont pas fortement ancrées
  • Si les faits à présenter menacent une vision du monde de l’audience, il est possible de réduire le risque de renforcement de la désinformation en confortant cette vision (ex. en se centrant sur les opportunités et les bénéfices potentiels plutôt que sur les risques et les menaces)
  • Contourner le rôle de la vision du monde de l’audience en se centrant sur des techniques comportementales, telles que les architectures de choix, plutôt que de viser à dé-biaiser l’information explicitement.

La recherche a montré que les tentatives pour dé-biaiser l’information peuvent être efficaces lorsque basées sur des stratégies qui ont fait leurs preuves, soulignent les chercheurs.

 

source : http://psi.sagepub.com/content/13/3/106.full

 

De l’ignorance à la confiance envers les gouvernements

Moins les gens en savent concernant des questions complexes importantes telles que l’économie ou l’environnement, plus ils souhaitent éviter de devenir plus informés, montre une étude canado-américaine publiée dans le Journal of Personality and Social Psychology, une revue de l’American Psychological Association. Et, plus la situation est urgente, plus ils souhaitent demeurer inconscients de celle-ci.

Steven Shepherd de l’Université de Waterloo et Aaron C. Kay de l’Université Duke ont mené une série de cinq études au Canada et aux États-Unis. Ils décrivent une « réaction en chaîne allant de l’ignorance concernant un sujet à la confiance envers le gouvernement et à la dépendance envers celui-ci« .

Dans une étude menée avec 197 Américains, âgés en moyenne de 35 ans, les participants qui se sentaient les plus touchés par la récession économique évitaient les informations qui pouvaient remettre en question la capacité du gouvernement de gérer l’économie.

Dans une autre étude menée avec 58 Canadiens (moyenne de 42 ans), les chercheurs fournissaient une description simple ou complexe de l’économie à un groupe de 58 Canadiens. Les participants qui ont reçu la description complexe rapportaient des niveaux plus élevés de sentiment d’impuissance pour passer à travers la crise économique ainsi que de dépendance et de confiance envers le gouvernement pour gérer l’économie, et moins de désir d’en apprendre davantage sur la question.

« Ceci en dépit du fait que, toutes choses égales par ailleurs, on devrait avoir moins confiance en quelqu’un pour gérer efficacement quelque chose qui est plus complexe« , commente Aaron Kay. « Au contraire, les gens ont tendance à répondre psychologiquement en s’en remettant au gouvernement, ce qui amène à faire confiance et à se sentir plus dépendants de celui-ci. »

« Finalement, ils évitent d’en apprendre sur la question parce que cela pourrait ébranler leur foi dans le gouvernement.« 

Dans une autre étude menée avec 163 Américains (moyenne de 32 ans), non seulement les participants qui se sentaient peu connaissants sur la question des approvisionnements en pétrole évitaient les informations négatives à ce sujet, mais devenaient encore plus réticents si la question semblait urgente.

Deux autres études montraient que les participants qui recevaient des informations complexes sur les sources d’énergie faisaient plus confiance au gouvernement que celles qui recevaient des informations simples.

Les chercheurs estiment que les éducateurs devraient expliquer les questions complexes de façon facilement compréhensible avec un accent clair sur les causes locales et au niveau de la personne.

Ils recommandent de mener de nouvelles recherches pour déterminer comment les gens réagissent face à d’autres questions importantes comme la sécurité alimentaire, la sécurité nationale, la santé, les inégalités sociales, la pauvreté et les conflits moraux et éthiques, ainsi que dans quelles conditions ils ont tendance à répondre par une augmentation de l’engagement plutôt qu’une diminution.

Il y aurait certainement un lien à faire avec la crise actuelle du médicament en France, pour ne citer que cet exemple, dans laquelle plusieurs ont été choqués de réaliser que les institutions gouvernementales pouvaient être moins dignes de confiance qu’ils ne l’auraient cru.

source : Psychomédia avec source: American Psychological Association