L’effet révolutionnaire de la retraite ? un salaire sur la qualification.

Bernard Friot est économiste, sociologue et professeur émérite à l’Université Paris-Ouest Nanterre. Il est membre de l’Institut européen du salariat (IES), réseau de chercheurs travaillant sur le salaire comme outil d’émancipation. Après Puissances du salariat et Et la cotisation sociale créera l’emploi, il publie aujourd’hui L’Enjeu des retraites.

L’argent représente aujourd’hui un phénomène global est complexe. Étrange symbole du politique pourtant, abstrait, muet, sans projet ni signification. C’est tout simplement la question du pouvoir qui semble absente des nouvelles entités politiques fédérées autour de la monnaie. Cette intuition profonde sur l’agir de l’homme, les idéologies libérales, qui postulent l’auto organisation du marché sans réussir véritablement à la justifier, ne peuvent la soutenir jusqu’au bout. Le libéralisme de fait induit débordement et accaparation du pouvoir financier, du marché et de la valeur de l’argent. De ce fait l’expérience de la liberté (montrant actuellement la création de l’ultralibéralisme découlant de cette liberté) et de la nature propre de l’homme (L’être humain comme le signale Rousseau a le libre arbitre ce qui l’amène autant à faire le bien que le mal. Donc l’homme cherchera toujours à avoir plus de pouvoir aux dépens de l’autre par la monnaie ou tout autre outil) exige la constitution non pas d’un pouvoir minimal, mais au contraire hautement sophistiquée : d’un pouvoir capable d’engendrer durée et discipline.

Seulement pour pouvoir comprendre comment réguler convenablement la finance, et de ce fait l’outil nommé monnaie, il faut en comprendre son fonctionnement ainsi que ces subtilités.

L’argent est créé donc soit par la population en créant des biens et des services, soit par l’État.

Si l’argent est créé par l’État, la quantité d’argent augmentant, mais le nombre de marchandises (ou services, ou investissements) étant le même, leur valeur baisse. Si le salaire augmente en proportion il n’y a pas de problème.  Le problème étant que l’inflation ainsi créé (la valeur qui baisse) réduit la quantité d’argent que la population a dans ses comptes en banque. Donc, c’est une pratique utile à faire quand la population a peu d’argent de côté (ce qui s’est passé durant les Trente Glorieuses où tout était à reconstruire et les foyers avaient donné tout leur argent durant la guerre pour manger).

Si l’argent est créé par la population, dans ce cas, l’État emprunte cet argent à la population par l’intermédiaire des impôts et le rend sous forme d’investissements (de routes d’écoles…). Cette pratique est utile lorsqu’un maximum de personne est salarié et que, de ce fait, le peuple peut créer beaucoup d’argent. Mais si une forte partie de la population est retraitée, au chômage (dans un cadre de marché de l’emploi)… alors, cette technique endette l’État et appauvrit le pays. De grands penseurs avaient dit un État fort est un État où la population est riche et non pas le pays.

La dématérialisation de la monnaie a permis la circulation et l’échange financiers à des vitesses hallucinantes. De tout temps l’argent s’est mesuré au temps. Avec la montée en puissance des marchés à terme, le temps futur est devenu une denrée monnayable. Créant le système que l’on côtoie chaque jour et l’amenant lui-même à sa perte. Le système actuel est basé sur la confiance. C’est à dire : lorsqu’un foyer américain va à la banque pour faire un emprunt, la banque n’a pas cet argent. Mais au lieu de le créer, elle l’emprunte très rapidement l’argent d’un autre foyer (par exemple un Européen, un chinois…) pour pouvoir passer l’argent au foyer qui le demande. Le problème du coup étant que c’est le même argent que l’on compte deux fois. Une fois dans le compte en banque de l’Européen, une autre fois dans celui du foyer américain. De ce fait, on ne crée pas de l’argent en plus, mais on augmente la masse monétaire. La crise arrivant lorsqu’un grand nombre de personnes réclame son argent et qu’on ne peut pas le rendre à tout le monde étant donné que le même argent est compté deux fois. Ce système a donc amené la fin des certitudes. C’est-à-dire que l’économie actuelle est basée sur les spéculations futures de croissance. La finance sous-entend que la masse monétaire créée par les emprunts des banques sera automatiquement créée en bien ou service dans le futur par la croissance économique. Donc s’il y a une récession ou si la croissance est insuffisante le système s’effondre. La finance est devenue le casino planétaire des marchés du temps. L’informatique en dématérialisant la monnaie a porté ce mouvement à son comble.

Nous avons vu que la monnaie est créée soit par l’État soit par la population. Mais cette monnaie, que représente-t-elle ?

Comme nous l’explique B. Friot, le salaire (donc l’argent reçu pour la population) ne représente pas le travail fourni par un individu, mais l’argent perçu pour un emploi effectué. Nous voyons cela dans la contradiction entre l’argent “privé” ou “public” qui n’a pas la même nature.  L’argent qui est reçu par un employé dans une boite privée correspond au poste qu’il a. C’est-à-dire que dans le privé ce n’est pas la personne qui est payée pour le niveau de qualification qu’elle représente, mais le poste de travail lui-même. Une personne qui travaille n’est pas une personne qui a une activité, c’est une personne qui pratique une activité, dans le marché de l’emploi. Sinon toutes les personnes faisant des « activités » bénévolement seraient considérées comme des travailleurs. Si on prend, les retraités, qui ont des activités rémunérées par la retraite, mais n’étant plus dans le marché de l’emploi (donc pas les personnes qui survivent en prenant des petits boulots, car leurs retraites ne leur suffisent pas.), ces retraités-là, sont heureux. Ils sont heureux, car ils travaillent sans se faire étouffer par le marché de l’emploi, amenant avec lui tout le stress relatif à l’emploi.

La réponse est là, pourquoi c’est personnes sont heureuse ?  Car justement elles ont plus d’employeurs. Elles sont rémunérées à vie (la retraite) non pas sur un emploi, mais sur leur qualification personnelle (le travail qu’elles faisaient lorsqu’elles étaient dans le marché de l’emploi) et de ce fait peuvent enfin travailler, faire ce qu’elles aiment et non ce que l’emploi les oblige à faire. Le problème vient de l’emploi et des employeurs ( en tant qu’entité et non en tant que personne) et certainement pas du travail. Lorsque l’on dit que le travail est trop stressant, ce n’est pas le travail qui est trop stressant, mais l’emploi lui-même lié a la pression de l’entreprise. De ce fait on peut comprendre pourquoi ce battre pour le plein emploi, c’est ce tirer une balle dans le pied. C’est demander encore plus d’employeur, et non pas encore plus de travail.

Comment est vu l’argent dans le public ? Pourquoi entend on régulièrement que les fonctionnaires ne bossent pas et pourquoi parle t’on de sécurité de l’emploi ?

Mais justement, car dans le public, le salaire n’est non pas basé sur le marché de l’emploi (il n’y a pas de chômage chez les fonctionnaires), mais sur la qualification de la personne elle-même. Et c’est bien du fait que notre société reconnaisse le travail, seulement lorsqu’il est associé au marché de l’emploi, qu’il est reconnu ; (qu’étant donné que dans le public le marché de l’emploi n’a pas sa place) que l’on dit que les fonctionnaires ne bossent pas. Ils sont utiles, ils font des activités, mais ne bosse pas, car ils sont hors marché de l’emploi.  Et les lois actuelles, sur les universités, sur le public n’a comme seule finalité d’essayer de faire rentrer le marché de l’emploi dans le public, alors qu’il faudrait au contraire supprimer le marché de l’emploi du privé.

Comment sortir le marché de l’emploi du privé ?

Dans notre société il existe une chose extrêmement utile qui se nomme  la sécurité sociale. Et bien, créons une sécurité salariale. Une caisse indépendante qui donnerait le salaire à vie, aux salariés non plus lié au poste de travail qu’ils occupent (car de ce fait limité dans le temps et en lien avec le marché de l’emploi), mais a leur qualification. Supprimant ainsi le problème des retraites et en plus tous les problèmes liés au marché de l’emploi, à la bourse et de la propriété lucrative. Pour ces derniers points, voir plus spécifiquement les arguments de Friot dans son livre: “L’enjeu des retraites”.

Par le Veilleur