Keny Arkana

Keny Arkana, de son vrai nom O** D**, née le 20 décembre 1982 à Marseille, est une rappeuse française. Elle milite pour des causes proches de la philosophie altermondialiste et de la désobéissance civile, avec « La Rage Du Peuple », collectif créé en 2004 à Noailles, quartier du centre-ville de Marseille.



Les débuts

Sa mère, née à Marseille de parents méditerranéens (espagnol, italien, grec), a aussi taillé la route à sa majorité pour l’Argentine. Elle s’y marie une première fois, puis rencontre le père de ses deux enfants, dont Keny est l’aînée. Cette dernière manque de naître au Brésil, où sa mère travaille pour une compagnie aérienne. Elle rentre en France, accouche par accident à Boulogne-Billancourt, puis retour au bercail, à Marseille. La petite ne connaît pas son père, ni sa famille argentine.

Après le décès de son beau-père, sa mère déménage régulièrement, et Keny fait ses premières fugues à 9 ans. Au début, un après-midi, puis deux, trois jours : «Je me revois dans des cages d’escalier en train de me faire mon petit nid douillet, à trouver des trucs dehors pour faire ma chambre. Et puis finalement, une fois que la colère s’était estompée, je rentrais chez moi, vers ma mère. Ce n’était pas à cause d’elle que je partais.» A cause de quoi, alors ? Elle refuse de le dire. A 11 ans, un juge pour enfants décide de la placer en foyer. «C’est là que j’ai compris l’hypocrisie du système. On te parle de droits de l’homme alors qu’on ne respecte pas les droits de l’enfance. Ils nous disaient : Tu ne prends pas tes gouttes, tu as une piqûre dans le cul. Forcément, c’est plus facile de surveiller trente légumes que trente agités.» A l’école, elle n’aime que les maths, «bien carrées», mais se fait virer régulièrement à force de sortir des cours intempestivement. A 12 ans, elle est déscolarisée et commence à rapper ses premiers textes.

En 1996, elle commence à se produire devant ses camarades de foyer. Elle se fait connaître dans l’underground, à la Friche de la Belle de Mai. Deux collectifs auxquels elle appartient successivement se forment : Mars Patrie et État-Major.

État Major, initialement composé de 13 personnes (8 MCs, 2 DJs et 3 danseurs) est un tremplin pour Keny Arkana. Un premier maxi vinyle paraît en 2003, porté par une formation État Major alors composée de Kao Domb’s, Chakra Alpha et DJ Truk. Ce groupe lui permet de se faire connaître du public marseillais. Elle participe à de nombreuses Mix-tapes, concerts ou encore à des émissions de radio, d’abord sous le nom de Keny, avant d’y apposer le nom d’Arkana, personnage de la série d’animation Les Mondes Engloutis.

En solo depuis 2003, Keny Arkana sort son premier maxi vinyle en 2004, Le Missile est Lancé. Début décembre 2004, elle apparaît sur la compilation Om All Stars, aux côtés d’artistes et groupes marseillais tels que IAM ou Psy4 De La Rime. Elle y interprète Les Murs de ma ville, où elle rend hommage à sa ville. Elle fonde par ailleurs avec son manager LTK sa propre structure de production nommée La Callita avant de signer un contrat en 2006 chez Because Music.


Elle réalise en solo la street-tape CD intitulée L’Esquisse.

Keny Arkana retranscrit, à travers ses écrits, son mal de vivre, et aussi sa vision du monde (la rabia del pueblo, la rage du peuple), ce qui lui vaut d’être assimilée aux mouvances altermondialiste, anticapitaliste, anarchiste, révolutionnaire et anticolonialiste du rap français. Elle refusera cependant toute étiquette politique, se décrivant comme « impossible à encarter ».

Elle voyage, fait le tour de l’Espagne, de l’Italie, passe un accord tacite avec sa mère : la liberté contre des nouvelles régulières. Elle s’intéresse à l’Argentine : «Souvent chez les métis, on a tendance à se retourner vers la racine qu’on connaît le moins. En plus, avec ma tête de rebeu, je me mangeais toutes les insultes racistes.Il y a ceux qui ne comprenaient pas pourquoi je ne parlais pas arabe, et à qui il fallait que je justifie que j’étais argentine.»

Keny assiste à une conférence d’exilés argentins qui racontent la faillite du pays. Elle y entend pour la première fois les mots OMC, FMI : «Quand tu comprends ce qui s’est passé là-bas, tu réalises ce qui va se passer partout.» En Italie, elle squatte un centre social tenu par des Kurdes, qui paie les billets de train pour le contre-sommet du G8 à Gênes. Elle n’y va pas mais participe à l’effort de guerre pour acheter les tickets «en détroussant les touristes». «Je ne leur ai pas dit [aux responsables du centre social], je ne voulais pas qu’ils aient des ennuis. De toute façon, à chaque fois que j’arrivais dans un pays, je faisais de fausses déclarations de perte de papiers, et je me donnais plus que mon âge.»


Elle se prétend Hors système et spirituelle, sans obédience précise. Elle vote depuis sa majorité «même aux cantonales, alors que je ne sais pas à quoi ça sert», «parce que des gens sont morts pour ça». Elle s’est abstenue à la dernière présidentielle pour la même raison : «Ils ne sont pas morts pour qu’on choisisse entre le pire et le moins pire.» Dans les squats, elle s’est imprégnée du discours altermondialiste, l’a ensuite affiné en allant en Amérique du Sud, en Argentine, au Brésil et puis au Chiapas : «Mexico-Chiapas, en stop, plus jamais ça. J’ai dormi dans des bidonvilles, mais c’est moins dangereux là-bas que dans une cité en France. Ils n’ont pas la malatripa , la haine.» Elle en est revenue avec la conviction que la révolution ne peut pas être que politique mais humaine : «Je me suis dit : Tu veux renverser le pouvoir pour quoi faire, tu veux mettre quoi à la place ? Tant que nous-mêmes, on n’est pas redevenus humains, tant que le bonheur des autres n’est pas aussi important que le nôtre, on ne construira rien de différent.» Elle a annulé sa première tournée à la dernière minute pour se consacrer à l’organisation de forums citoyens, «L’appel des sans voix» : «Des assemblées populaires où on libère la parole, met les gens en connexion. On y parle autogestion.» C’est en ça qu’elle est hip-hop, Keny Arkana : elle prône la prise en main, ne remet pas en cause le système. En revanche, c’est inédit, presque punk, elle ne réclame pas sa part du gâteau.

Carrière

Après de nombreux titres et apparitions, Keny Arkana écrit son premier album. L’album, produit par Enterprise, Karl Colson, et Kilomaître, sort en octobre 2000 sous le titre de L’esquisse, chez Because Music. Cet album retrace ses nombreux combats, notamment celui contre la globalisation capitaliste et contre l’oppression de l’État et du racisme institutionnel, mais aussi les moments difficiles de son enfance. Dans Eh connard elle s’en prend au directeur d’un foyer qui considérait qu’elle n’avait pas d’avenir. Elle rend aussi un hommage à l’Argentine sur le titre Victoria (avec des paroles en espagnol de Claudio Ernesto Gonzalez) et « distille des touches d’espoir et de conscience ».

Elle privilégie le militantisme, se définissant non comme une rappeuse, mais comme une contestataire qui fait du rap.

Elle participe en 2004 à la fondation du collectif La Rage du Peuple, qui milite pour « une colère positive, fédératrice, porteuse d’espoir et de changement. » Elle intervient ainsi dans de nombreux forums altermondialistes en Afrique et en Amérique du Sud et en tire un documentaire vidéo intitulé Un autre monde est possible tourné au fil de ses pérégrinations au Brésil, au Mali, au Mexique et en France.

Le sociologue Philippe Corcuff rapproche alors ses textes altermondialistes du langage néo-zapatiste du sous-commandant Marcos au Mexique et de la mélancolie radicale du philosophe allemand Walter Benjamin.

Au printemps 2007, Keny Arkana annule ses concerts en raison d’une organisation défaillante (« les gens honnêtes ne sont pas très compétents, et les gens compétents pas très honnêtes ») en lançant un « appel aux sans-voix » afin de construire un autre monde pour la jeunesse. Durant l’été, elle participe à plusieurs festivals (Vieilles Charrues, Dour, .. ) et fait à l’automne une tournée française s’arrêtant notamment à l’Olympia de Paris. Le 23 septembre 2007 elle se produit en pleine rue dans le quartier populaire des Pâquis à Genève en Suisse. Ce concert sauvage tenu sur un carrefour, au plein milieu de la rue, est en soutien à l’intersquat de Genève (en réponse à l’évacuation par la force de la quasi-totalité des squats genevois). En octobre 2007 son premier album l’Esquisse déjà vendu à plus de 60 000 exemplaires est réédité.

En novembre 2007, alors qu’elle poursuit sa tournée nationale « La Tête dans la Lutte », Keny Arkana interprète au Prix Constantin 2007 Nettoyage au Kärcher. Selon le magazine L’Express « Keny Arkana lance les hostilités. La rappeuse déboule tel un pitbull : « Elle est où la plus grande racaille ? À l’Elysée ! » Ses partenaires sortent des Kärcher et font mine de nettoyer un acolyte affublé d’un masque de Nicolas Sarkozy. On cherche en vain du regard la ministre de la Culture. On découvrira le lendemain, dans les colonnes du Parisien, qu’il fut sagement conseillé à Christine Albanel de s’installer dans la salle après la prestation de Keny Arkana. ».

En 2008, Keny Arkana fait la première partie de plusieurs concerts de Manu Chao et se produit dans de nombreux festivals comme les Eurockéennes. Elle lance son nouvel album « Désobéissance » où elle fustige l’établissement d’un Nouvel ordre mondial (« Nouvel Ordre Officieux, terrorisme Officiel ! ») contre lequel elle appelle à la « désobéissance civile ».

Elle dénonce l’usage des organismes génétiquement modifiés, les problématiques environnementales majeures telles que la surexploitation des milieux par l’Homme, la pollution de l’air, des mers, des rivières et des sols, la crise de la biodiversité et l’extinction de masse des espèces animales, la déforestation, le brevetage du vivant et notamment d’espèces végétales par de grandes multinationales américaines ; la globalisation de la surveillance électronique (parmi les images illustrant la pochette de l’album se trouve notamment le bras d’un bébé sur lequel est tatoué un code-barre et le sigle RFID) et plus généralement la guerre économique orchestrée par les puissants de ce monde.

L’album s’achève sur une prise de conscience sombre et cependant teintée d’espoir et de solidarité (Cinquième soleil), adressée à la « dernière génération à pouvoir tout changer ».

Le 23 avril 2011 sort le clip « V pour Vérités », qui totalise près de 200.000 vues sur Youtube, une semaine après publication. Le 11 mai elle sort un nouveau clip intitulé « Marseille » en featuring avec RPZ et Kalash l’Afro. Le 23 mai est donc sorti son 4ème album (deuxième MixTape) L’Esquisse 2