Keny Arkana, l’utopiste du rap

esquisse 2

Son franc-parler en bandoulière, la rappeuse marseillaise remet le pied à l’étrier avec L’Esquisse 2. Objectif 2012 pour Keny Arkana avec la sortie d’un nouvel album qui s’annonce orageux.

Buenos Dias, le premier titre de L’Esquisse 2,commence par « Quoi de neuf depuis la dernière fois? ». On vous retourne la question: Quoi de neuf depuisL’Esquisse, sortie en 2005? Qu’est-ce qui a changé pour vous?

J’ai fait des disques, des tournées. J’ai constaté que mon message résonnait chez certaines personnes. J’avais rapidement enchaînéL’EsquisseEntre ciment et belle étoile et Désobéissance civile. J’avais besoin de faire un break. L’Equisse 2, c’est quelque chose d’assez instinctif, qui permet de revenir tranquillement, sans que cela soit très lourd au niveau de la promotion et des concerts.

 

Où étiez-vous passé pendant tout ce temps?

J’ai voyagé en Amérique du Sud. J’ai suivi des projets en France. Trois ans, ça passe vite. Même si on ne m’a pas entendu j’ai continué à écrire des textes, à faire des morceaux.

 

Vous êtes toujours en colère ?

J’ai grandi depuis L’Esquisse. Ma réflexion s’est affinée. Elle est moins brute. La rage est toujours présente, mais elle part moins dans tous les sens. Peut-être qu’il y a plus de spiritualité en moi qu’à l’époque, moins de destruction. Quand j’ai commencé, j’abordais des sujets rarement exprimés dans la musique en France. Je ne savais pas trop si les gens allaient me comprendre. C’était une prise de risque pour moi de me livrer autant.

 

Quels genres d’initiatives menez-vous ?

Je suis pour une réappropriation de la terre. Je pense qu’il faut recréer une autonomie alimentaire. La menace de demain c’est la main mise des graines par des sociétés comme Monsanto. Il est important de se réapproprier l’espace, de pouvoir créer des villages qui nous ressemblent, avec des habitats alternatifs. Il faut pouvoir établir des microsociétés qui fonctionnent comme elles en ont envie et qui peuvent s’organiser en réseaux. En Amérique du Sud, j’ai vu des jeunes qui mettaient en commun leurs économies pour pouvoir s’acheter un terrain et vivre de manière autonome, simplement.

Quelles sont les personnalités qui vous inspirent?

Pierre Rabhi et les nouvelles manières de cultiver. Il pourrait faire pousser du riz sur la banquise.

 

Et sur le plan politique, à qui pourriez-vous vous rallier?

Le seul en qui je peux me reconnaître, c’est Evo Morales, le président de la Bolivie qui a créé la déclaration des droits de la Terre Mère. En France, il n’y a pas grand monde.

 

Dans le dernier morceau de L’Esquisse 2, Odyssée d’une incomprise, vous dîtes que « la connaissance est une arme ». Comment nourrissez-vous vos connaissances ?

J’ai plus appris à travers les voyages et les rencontres que dans les livres. Je crois que le premier livre que j’ai lu c’était en 2008! Plus jeune, je voulais apprendre à « être ». A l’école on nous apprend seulement à « avoir », avoir des bonnes notes, avoir un travail… On nous empêche de penser par nous même. Mes meilleurs enseignants, ce sont mes erreurs.

Vous êtes parti en tournée avec Manu Chao, qui participe à un titre sur L’Esquisse 2. Qu’avez-vous appris à ses côtés ?

J’ai appris avec lui que l’on pouvait garder la passion même après trente ans passés dans l’industrie musicale. Combien ne font plus ce métier que pour gagner de l’argent ? Lui, il vibre toujours, joue pendant trois heures, parle avec les gens.

 

Quel regard portez-vous sur le Printemps arabe, le mouvement des jeunes Espagnols en Espagne ?

Il n’y a pas d’avenir. Ni social, ni écologique, ni politique, ni humain. Au bout d’un moment on fait quoi? On subit? On se voile la face? C’est vrai que c’est facile de se voiler la face, il y a des écrans et des néons partout. Mais la réalité du monde, ce n’est pas ça. La réalité, c’est que la planète est en train de crever et qu’on a de moins en moins de liberté. Qui sème la frustration récolte l’ouragan. Est-ce que cela peut arriver en France ? Le problème c’est qu’on est très divisé. Ici, on a plus un potentiel pour la guerre civile que pour la révolution. Le pays est traversé par des fractures. Les étudiants, les mecs des quartiers, les sans papiers forment des mouvements qui ne se rejoignent pas.

 

Le ton de vos chansons est souvent dur. Qu’est ce qui vous fait rire et sourire dans la vie ?

Je suis ému par les actes de solidarité. Franchement, l’humain il est beau, il a un potentiel de fou. La vie, elle est belle.

 

Dans un morceau présent sur ce dernier projet tu en parles justement de cette volonté de vivre, A la vibe & Mektoub. Qu’est ce que tu entends par mentalité mektoub ?

C’est un peut ça en fait. Tous les endroits où je peux être, aussi bien le quartier que Mexico où Je sais pas où.

 

Comment ils le vivent ça tes proches, le fait que tu sois injoignable la plupart du temps ?

Ils savent que s’ils veulent me joindre, il faut qu’ils passent par l’un de mes collègues. Je sais que ce n’est pas toujours simple. Mais quand tu as un téléphone et que tu n’es pas joignable, les gens deviennent vite paranos. Je suis comme ça, mentalité mektoub.

 

Tu délivres beaucoup de messages pourtant tu refuses de rentrer dans la sphère des médias. Comment penses-tu pouvoir délivrer un message à un grand nombre si tu ne passes pas par cette étape?


Les médias, la télé etc… ce n’est pas toujours bon. Tu peux avoir un morceau très fort demain s’il passe en boucle sur les médias, il perdra automatiquement de sa puissance. Je suis peut-être un peu Old School dans ma tête je préfère faire parler la musique parce que c’est la musique le plus important. Aujourd’hui c’est beaucoup le paraitre, les gens vont kiffer un artiste pour le paraitre, c’est tout un pack même s’il ne savait pas rapper et que sa musique c’est de la merde les gens vont quand même kiffer. Avant on ne connaissait même pas la tête qu’avaient les rappeurs, on s’en foutait, ça rappait ou ça rappait pas on en avait rien à foutre de savoir comment le gars était. Moi je suis un peu à l’ancienne, je préfère que Ma musique soit plus connue que ma tête. J’ai confiance aux bouches à oreilles. Si Ma musique est « utile » les gens la feront tourner quoi qu’il arrive. J’ai toujours eu une vision de la musique « thérapeutique », quand j’étais petite j’étais toujours en fugue, ça m’a vachement apporté, des fois ça m’a freiné quand je voulais faire des grosses conneries ou que j’avais la haine. Après le rap de l’époque c’est pas le même que le rap d’aujourd’hui, le rap de l’époque les MC’s étaient plus jeunes mais ils disaient des vraies choses je me dit « putain heureusement je suis pas ado aujourd’hui avec le rap actuel » Moi j’étais une paumée et le rap ça m’a aidé Tu vois, donc maintenant que je suis de l’autre côté de la barrière, j’aimerais que Mon rap puisse aider lui aussi, « rende service » amener les gens un peu plus vers le haut.  Ça sera ça ma satisfaction et comme je suis partie sur cette optique à la base je me suis dit que je ne vais pas matraquer les gens pour que d’un coup ils aiment et ils achètent. Je veux que le disque soit dans les bacs, qu’il tourne sur internet qu’il tourne là où ça doit tourner et où les gens veulent bien le faire tourner.

Et ça a marché puisque la 1ère semaine tu as déjà vendu 6000 albums. Les gens avaient visiblement envie d’écouter ton message. Sans aucune promo c’est énorme.

Oui ça fait plaisir de voir qu’après quelques années de silence les gens soient resté, mine de rien ça fait 3 années de silence, même le site internet n’était pas mis à jour. Ça m’a touché que les gens soient toujours là.

Ça t’a étonné ce score, ou tu t’y attendais ?

Je ne sais pas trop si c’est bien ou pas bien, je suis un peu loin de tout ça. J’ai eu les échos des gens que j’ai eu l’occasion de croiser et ils m’ont dit que le projet leur avait plu. Après, peu être qu’ils n’osent pas me dire que ça ne leur plait pas. Moi ce que je me dis c’est que 6000 personnes sont sorties de chez eux pour aller acheter le disque. Ça fait du monde, ça fait plaisir. Puis si 6000 personnes l’ont acheté peu être que 30 000 – 40 000 personnes l’ont écouté.

 

Tu en parles justement dans Odyssée d’une incomprise, tu dis « j’ai eu peur de me trahir quand j’ai vu arriver la gloire »

Au début, je ne savais pas comment je réagirai avec l’argent, la gloire etc. On peut être intègre avec plein de bonnes idées puis les oublier au bout d’un moment… Nous ne sommes que des êtres humains, on peut « vriller ».

 

Ça t’a fait peur le succès, les disques d’or, l’argent, la gloire ? C’est pour ça que tu t’es mise en retrait ?

Je crois que tout est lié. J’avais besoin de prendre du recul par rapport à tout ça. Et quand ça a marché à l’époque de « Entre ciment et belle étoile » je me suis posé la question, est-ce que moi aussi je ne vais pas me faire manger ?

En écoutant un de tes anciens morceaux, Jeunesse d’occident (Esquisse1) on se sent plonger dans l’actualité avec les différentes révolutions et bouleversements du monde arabe. Qu’en penses-tu aujourd’hui ?

C’est dans l’air du temps. On a détruit la planète et l’humanité en 60 ans. Certains ont envie de se voiler la face mais la vérité c’est que ça n’a pas finis d’exploser. Si ce ne sont pas les peuples qui le feront, c’est la planète elle même qui va lâcher. Personnellement, j’ai du mal à imaginer encore deux générations après la mienne si il n’y a pas de changement. La situation est tendue, cette période plus que toutes les autres. Les hommes vont se révolter dans le monde entier. Il y a eu le Monde arabe, la Grèce, l’Espagne… Mais il y a aussi beaucoup d’autres pays où ça explose mais sur lesquels les médias ne communiquent pas, comme pour l’Iran actuellement.

Tu en parles dans « Une décennie d’un siècle ». Tu dis que les choses ont changé en si peu de temps, que tout va trop vite.

Depuis le 11 septembre beaucoup de choses ont changé. En 10 ans on a assisté au changement d’un siècle avec Internet, les portables etc. Il ya désormais un communautarisme mondial et une islamophobie forte. C’est le retour des croisades.

Dans ce morceau (Une décennie d’un siècle), on sent que ce dont tu parles est bien réel. Comme pour l’affaire DSK : un jour il est l’un des hommes les plus puissants, le lendemain il n’est plus personne.

Tout va vite. C’est aussi le côté spectacle, Politique hollywoodienne. Il n’existe plus de Politique maintenant, il n’y a que du business. La Politique à la base c’est la manière qu’on a de s’organiser ensemble. Seul l’être humain pourra réparer ses erreurs. On peut se voiler la face mais il arrive un moment où ça va nous claquer entres les doigts. C’est sûr que les peuples vont commencer de plus en plus à se réveiller, à résister et se rebeller contre les gens d’en haut. Mais il faut aussi penser à reconstruire derrière pour ne pas faire les mêmes erreurs sinon ça ne sert à rien.

source :  http://www.booska-p.com et http://www.lexpress.fr/

 

keny arkana

Au Printemps de Bourges le 18 avril, la rappeuse marseillaise radicale Keny Arkana, prône la désobéissance civiledans son troisième album. A ceux qui taxent son discours d’utopiste, elle répond cash que l’illusion est dans le camp néolibéral et qu’elle “se considère plutôt comme une idéaliste réaliste”.

Du haut de ses vingt-quatre ans, cette jeune pasionaria à la silhouette gracile, qui dit veiller à se tenir à la bonne distance des dogmes, des croyances et des idéologies, taille sa route dans une rare indépendance d’esprit. Contre toute attente, Keny Arkana se revendique d’NTM plutôt que des rappeurs marseillais d’IAM. Cette indépendance et sa légitimité, elle les a acquises dans la rue, au cœur de la cité phocéenne, où elle a atterri pour fuir le cauchemar de la vie de foyer. A douze ans, Keny Arkana délaisse le collège et commence à rapper pour ses potes et pour dénoncer l’absurdité d’un système qu’“il faut niquer“.

Gandhi, Luther King et le sous-commandant Marcos pour mentors…la rage keny arkana

Avec “
La Rage”, son flow péchu et persuasif et ses lyrics affûtés forcent le respect de son auditoire, Keny Arkana envahit
la Toile à la vitesse de la lumière bien avant que son label, Because, ne s’intéresse à elle.

Depuis, sa volonté sincère de changer le monde en prônant la désobéissance civile, l’autogestion et l’auto-organisation, loin de s’émousser avec le temps et la reconnaissance, reste sans faille. Keny Arkana s’entête à marcher dans les pas de ceux qui ont dit “non” avant elle, tels le Mahatma Gandhi, Martin Luther King, le sous-commandant Marcos(qu’elle est allée rencontrer dans le Chiapas) et “tous les anonymes qui sont morts dans la lutte”, comme elle n’oublie jamais de le rappeler.

Pas étonnant que le sociologue Philippe Corcuff, en fin analyste de ses lyrics, ait écrit à son propos:

“La rhétorique de Keny Arkana est proche de celle du sous-commandant Marcos.”

Ses origines argentines héritées d’un père qu’elle ne connaît pas éclairent en partie le fait que son regard soit résolument tourné vers l’Amérique latine. L’engagement, la spiritualité et l’imaginaire de la rappeuse y ont trouvé leur source d’inspiration auprès des “piqueteros” argentins, des guérilleros et de la lutte zapatiste.

S’imposer dans l’univers masculin du rap hardcore

Keny Arkana occupe aujourd’hui une place à part au sein du hip hop français. Elle est, en effet, une des rares à s‘être imposée dans l’univers masculin de la scène rap et qui plus est dans celui du rap hardcore. De même que quand on parle avec cette contestataire altermondialiste, on réalise que la lutte dans laquelle elle s’inscrit n’est pas une vaine vue de l’esprit ni la rémanence d’une révolte adolescente, mais tout simplement sa raison d’être.

Alors que la plupart des rappeurs de sa génération se contentent (dans le meilleur des cas) de chanter la révolte, cette pasionaria, qui n’a de cesse de dénoncer un système prédateur pour l’homme et la planète, prône carrément la révolution. Et comme elle le martèle dans ce nouvel album, la désobéissance civile est selon elle le plus sûr chemin pour arriver au changement auquel elle croit “dur comme fer”.

Et si les jeunes et nombreux auditeurs de Skyrock (où, à son corps défendant, ses chansons passent en boucle) la vénèrent, Keny Arkana ne les caresse pas pour autant dans le sens du poil. Elle ne perd pas une occasion, en grande sœur soucieuse d’éveiller les consciences, de critiquer la radio qui a le mieux, selon elle, “neutralisé le rap en participant à sa récupération commerciale”. Pour elle, seul prime le message:

“Mon engagement est prioritaire. Je ne suis pas attachée au concret, ce qui m’importe c’est l’’être’ plus que l’’avoir’.”

Alors elle anticipe sur tout ce qui pourrait venir le brouiller ou le pervertir et refuse systématiquement “de participer à la société du spectacle”. Exception faite lors de la dernière cérémonie de remise du prix Constantin pour lequel elle était nommée et où elle a accepté de rapper devant la ministre de
la Culture, sur son très subversif “Nettoyage au Kärcher“, devant un public médusé… (Voir la vidéo)

 

 

Pas une rappeuse mais “une contestataire qui fait du rap“ Son nom est un pseudo et elle fuit les caméras et les micros comme la peste afin d’éviter toute récupération de son image et de son discours par les médias. Elle se fout de la notoriété et du vedettariat et ne manque jamais de rappeler qu’elle “n’est pas une rappeuse mais une contestataire qui fait du rap”.

Et elle le prouve depuis un an, en organisant en parallèle de ses concerts, à chaque nouvelle date, des appels aux sans-voix, pour “libérer la parole et créer des espaces de liberté et d’initiatives solidaire”. Au sein de ces assemblée populaires, elle retrouve notamment certains de ses fans qu’elle initie de fait à une forme de citoyenneté:

“Ça me permet aussi de mettre en pratique la démystification de la scène et de l’artiste.”  

source : rue 89

 

 

 

petit rappel :

Une personne mal-intentionnée a re-monté le clip de “La Rage” de Keny Arkana sur sa chanson “Nettoyage au Kärcher”, et ce faux a été  largement diffusé sur les sites et forums affiliés aux Font National, ainsi que le site officiel du Front National des alpes maritimes.

“COMMUNIQUE DE KENY ARKANA :”

J’ai appris avec horreur que le Front National a détourné le clip de “La Rage” et le morceau “Nettoyage au Karcher” à des fins électorales.

Défenseuse d’une révolution du bas et anti-institutionnelle, je tiens à rappeller que je ne soutiens aucun candidat, encore moins le Front National et tous les partisans du racisme de la xénophobie et de la haine.

Je ne reste pas indifférente à ce détournement perfide et scandaleux mais cela prouve encore une fois que le seul moyen de propagande du Front National reste le mensonge et la calomnie.

Le Combat Continue, Vive La Résistance !

par : Keny Arkana