Essayer, un verbe qui ne fait rien que semblant


"Essai Gratuit" Cachet (rouge)Ceux qui « essayent » à tous les coins de phrase, ne s’impliquent qu’à titre très exceptionnel. Ils échouent la plupart du temps dans leurs entreprises ou abandonnent avant la ligne d’arrivée. Le verbe essayer est le verbe de la simulation. Observons-le d’un peu plus près.


Lorsque vous essayez un vêtement dans une boutique de prêt-à-porter rien ne vous oblige à l’acheter, à rémunérer le temps de la vendeuse. Vous avez le droit de ne pas vous engager. Quand un concessionnaire vous tend les clefs d’une voiture neuve, vous vous engagez à l’essayer, à la tester, pas à passer à la caisse. « Je vais faire un petit essai » est une manière comme une autre de prendre son pied sans en payer le prix. Si votre ami vous propose d’essayer de vivre ensemble, ne lui donnez jamais les clefs de votre appart’, vous vous éviterez bien des déceptions à venir. Tout ce qui est du ressort de l’essai est assimilé dans l’esprit de tout le monde à un tour de piste pour rien.


Les essayeurs en paroles sont légion. Vous êtes cerné. De plus, ils associent souvent ce verbe au verbe aller, champion toutes catégories de la procrastination: « Je vais essayer », formule de la démotivation par excellence et de l’échec annoncé.

Etre attentif à l’usage courant de ce verbe banal à pleurer n’est pas une sinécure, je vous l’accorde. Les mots franchissent la frontière de vos lèvres sans que vous en ayez véritablement conscience. Il ne s’agit pas de s’écouter parler avec componction mais de censurer les formulations contaminées avant qu’elles ne s’expriment à votre insu.

Gardez en mémoire que celui qui essaie ne prend aucun risque. Il ne s’engage pas. Il s’expose le plus souvent à de multiples déboires. Le verbe essayer est porteur du virus de l’échec parce qu’il contamine votre confiance en soi, affaiblit vos convictions, handicape votre capacité d’investissement. Le tout, sans l’ombre d’un sentiment de culpabilité. En parfaite bonne conscience, il vous évite de prendre la responsabilité d’une réussite trop encombrante. Et il vous épargne le stress de devoir la pérenniser. Si vous faites partie des « essayeurs » majoritaires, prenez conscience de la pollution de ce verbe dans son usage connoté, il s’estompera de lui-même pour autant que vous choisissiez votre camp. Soit vous décidez de faire, soit de ne pas faire, ça c’est à vous de voir. Mais vous n’essayez pas d’arrêter d’essayer…

Je sens déjà que vous écouterez d’une autre oreille les discours de nos politiques ;-

Par Caroline Messinger