Demandeur d’emploi

Avez-vous déjà franchi les portes d’un Pole emploi ? Il y a déjà longtemps de cela, j’avais demandé à mon patron de me licencier, compte tenu de la voie de garage dans laquelle il m’avait confinée. J’étais fermement opposée à l’idée de déposer ma démission sur son bureau, après dix ans de bons et loyaux services ! Après tout, j’avais payé mes cotisations comme n’importe quel salarié de l’entreprise. Après avoir négocié pied à pied, l’affaire fut entendue, je pouvais envisager une reconversion sereine et efficace avec le soutien de mes allocations chômage. Je n’imaginais pas, à l’époque, ce que signifiait « humainement » d’entrer de plain-pied dans la caste des « demandeurs d’emploi » ; je mesurais encore moins le niveau de pollution véhiculé par cette appellation très contrôlée…
Et si le fléau du chômage commençait avec ces deux mots contaminés qui polluent les perspectives ?

« DEMANDEUR D’EMPLOI » : Somme toute, rien de plus que la désignation d’une personne qui cherche un job. Pas de quoi en faire un fromage ! Mais, du verbe demander à ses associés synonymiques : réclamer, quémander ou mendier, la connotation du verbe demander s’immisce pernicieusement dans les esprits. Le rendez vous des mauvais esprits !
Le verbe demander place toujours l’individu en position d’infériorité par rapport à celui qui est sollicité. L’autre dispose du pouvoir, de la compétence ou du savoir-faire que le « demandeur » ne possède pas. Le chef d’entreprise est en position de supériorité par rapport au « demandeur d’emploi », coupable de n’avoir pas su garder le sien. Ce substantif, « demandeur », fait valoir ce que l’individu ne possède pas et oblitère ce dont il est pourvu : ses compétences ou son expérience. L’expression est, c’est un fait, insidieusement dévalorisante voire humiliante pour la personne sans travail, au demeurant détentrice de qualités et de compétences multiples, mais étiqueté de cette dénomination peu gratifiante : « demandeur d’emploi ». Mendiant, quoi !
Une appellation qui sape l’image de soi, gangrène la confiance en soi de l’individu et annihile l’estime qu’il s’accordait avant de se retrouver sans emploi. Résultat : la motivation du « demandeur d’emploi » se dégrade à la vitesse grand V et devient encore plus précaire que sa situation professionnelle. Car de quel emploi parle-t-on ? Le « demandeur d’emploi » devrait-il se satisfaire de n’importe quel job sous prétexte qu’il demande au lieu d’offrir ? La formulation rabaisse le niveau d’exigence de l’individu. Son impact émotionnel est, par conséquent, préjudiciable en terme d’image de soi, de combativité, de réactivité de l’individu sans travail, bref, préjudiciable à sa capacité de s’en sortir. Mais, à quoi ressemble l’avenir d’un dénommé « demandeur d’emploi » ?
La motivation de tout individu passe par son ego, donc par la reconnaissance des autres. Est-il gratifiant pour cet ego de se voir étiqueté de la sorte ? Comment ne pas devenir un perdant, un assisté, un SBF (sans boulot fixe) lorsque vous êtes confondu avec un statut dévalorisant : « demandeur d’emploi » ? Un chien perdu sans collier.  
Revisiter cette appellation serait un premier pas capital pour redonner une  image en valeur ajoutée à celui qui cherche un emploi et faire évoluer les mentalités. Qu’il ait des diplômes ou non, une expérience ou qu’il soit débutant, tout individu est le dépositaire d’un certain nombre de qualités et de compétences, effectives ou potentielles. C’est cela qu’il est indispensable de valoriser. Dans l’esprit du patron comme dans celui du salarié en quête d’un nouveau poste, celui-ci doit représenter une entreprise individuelle qui vend ses compétences au meilleur prix à une autre entreprise. Et si, le « demandeur d’emploi » se convertissait en « FOURNISSEUR DE COMPÉTENCES» ?

Quelle est la différence entre ces deux appellations ?

Le demandeur d’emploi accepte ou refuse le salaire qu’on lui propose sans songer à évaluer sa valeur financière. Le salaire lui convient ou non. Point.
Un fournisseur de compétences fonctionne comme un artisan. Il en a la mentalité tout en restant un salarié. Il est capable d’estimer ce qu‘il vaut sur le plan financier, c’est-à-dire la valeur argent du service qu’il est susceptible de rendre à l’entreprise qui l’embauche. Le fournisseur de compétences est motivé et vise un objectif précis, a priori. Le demandeur d’emploi cherche un travail. Sa motivation se limite à toucher un salaire à la fin du mois pour le temps qu’il accorde à sa fonction.

Caroline Messinger