Arrêtons de nous culpabiliser

Le problème, ce n’est ni l’autre, ni nous-mêmes ; ce sont les réactions qui se produisent en nous et que nous ne parvenons pas à piloter. Oui, il nous arrive de déraper. Oui, c’est pénible et cela a des conséquences. Oui, cela se répète et se re-répète. Et il n’y a pas de quoi culpabiliser !

Nous ne sommes pas responsables de nos états de défense, nous ne sommes pas non plus limités à nos états de défense.

Ce point est particulièrement important. En effet, nos réactions de défense sont des réactions instinctives qui répondent à un événement perçu comme menaçant. Il n’y a aucun mal à les ressentir. Ce sont des réactions de survie. L’objectif, en revanche, consiste à ne plus passer automatiquement de la réaction instinctive dictée par notre crocodile à sa mise en œuvre. Bref, il est sain de ressentir ces signaux sans pour autant les extérioriser à tous les coups, dans leur forme ou leur intensité originale.

Culpabiliser nous fait souffrir et n’apporte aucune efficacité. L’attitude la plus saine consiste au contraire à « remercier » notre crocodile de la vigilance dont il fait preuve à notre égard et de lui montrer que nous prenons en considération son message d’alerte.

Ainsi, l’objectif n’est pas d’arrêter d’être ce que nous sommes, mais de devenir davantage qui nous sommes… en mieux !

source et plus : le pouvoir des emotions

 


LES SIX  » CRIMES IMAGINAIRES  » LES PLUS COURANTS


Un thérapeute constate parfois qu’un client se sent coupable d’un ou plusieurs crimes imaginaires. Ces crimes, qu’il n’a pas commis, sont souvent fondés sur des auto?accusations erronées et des messages destructeurs provenant de ses parents. Il se punit comme si ces crimes étaient réels.

1. Surpasser les membres de sa famille

Le client se sent coupable de dépasser un de ses proches, par exemple s’il est heureux alors que sa mère était dépressive, s’il est séduisant alors que son frère n’avait aucun succès auprès des filles, s’il est devenu cadre supérieur alors que son père est manœuvre.

Ce crime repose sur deux convictions inconscientes et erronées :

– Si je jouis des joies de l’existence, cela signifie que je les prends toutes, sans en laisser pour ma famille.
– Si j’atteins mes buts, j’humilie mes proches qui, eux, n’y sont pas parvenus.

Le sentiment de culpabilité du client dépend de la réaction de ses parents à sa réussite. S’ils en sont contrariés ou si leur vie est une suite d’échecs, il pensera que c’est de sa faute et il sabotera sa propre vie avec d’autant plus d’énergie.

2. Être un fardeau

Votre client peut croire qu’il a été une charge pour ses parents et que, s’il avait été plus intelligent, en meilleure santé ou plus discipliné, ceux-ci auraient été plus heureux. S’il a été un enfant débordant d’activité, il pense avoir fatigué sa mère qui aimait le calme. Il aurait aimé ressembler à son frère qui, lui, était un enfant tranquille et satisfaisait sa mère.

Le client doit comprendre que son tempérament est d’ordre génétique, il n’en est nullement responsable, même si ses parents le trouvaient difficile à élever. Si son père et sa mère ont divorcé, ce n’est pas non plus sa faute ; c’est pourtant ce que croient environ un tiers des enfants de divorcés.

3. Voler l’amour de ses parents

Ce crime imaginaire est celui dont s’accuse le client qui était le préféré de ses parents. Il pense qu’en recevant l’amour dont un frère, ou une sœur, semblait avoir besoin pour s’épanouir, il lui a volé la force vitale qui l’aurait rendu heureux. C’est un peu comme si sa mère l’avait trop nourri en laissant son frère mourir de faim.

Le client a aussi parfois l’impression d’avoir volé de l’amour si l’un de ses parents l’aimait plus tendrement qu’il n’aimait son conjoint. La culpabilité ici risque d’être forte, car liée au plaisir.

4. Abandonner ses parents

Ce crime imaginaire est le fait de devenir indépendant, d’avoir ses propres opinions et de se séparer de ses parents, physiquement et émotionnellement. Certains parents, en se plaignant et en jouant aux martyrs, font comprendre à leur enfant qui devient indépendant, qu’il fait preuve de cruauté. Ils s’attendent à ce qu’il prenne soin d’eux et ne les quitte jamais.

Si votre client a eu de tels parents, il peut se sentir affreusement coupable et se punir en sabotant sa vie pour expier ce soi-disant crime d’avoir abandonné ses parents.

5. Trahir les siens

Une personne se sent coupable de ce crime si elle a déçu les espoirs et les attentes de ses parents. Elle a enfreint les règles familiales en ayant des opinions politiques ou religieuses différentes ou en choisissant un métier à l’opposé de celui qu’auraient espéré ses parents. Ceux-ci sont déçus de ce qu’est devenu leur enfant réel par rapport à l’enfant dont ils rêvaient.
La manière la plus fréquente de trahir les siens est de se montrer critique envers eux. Certains parents refusent toute critique, ou en sont bouleversés, alors qu’après tout ils ne sont pas parfaits et sont critiquables. Même devenu adulte, l’enfant n’ose pas admettre les défauts de ses parents, casser leur image idéalisée.

Commencer une relation d’aide ou une thérapie semble pour certains une trahison à l’égard de leurs parents : ils ont du mal à reconnaître que ceux-ci ont parfois mal agi envers eux.

6. Être fondamentalement mauvais

Certains parents voudraient que leur enfant soit parfait, avant même qu’il ait grandi. Un enfant de trois ans qui laisse tomber une assiette s’entend dire qu’il est méchant, alors qu’il est seulement maladroit. Lorsque ces remarques dévalorisantes sont répétées durant des années, l’enfant en conclut qu’il est réellement et foncièrement mauvais. Plus un enfant est négligé affectivement, mal traité physiquement, voire abusé sexuellement, plus il est convaincu qu’il n’est pas aimé parce qu’il n’est pas digne de l’être. Un enfant serait terrifié d’admettre que ses parents sont psychologiquement perturbés ou pervers, il prend donc tout le blâme sur lui.

Cette conviction qu’il est fondamentalement mauvais n’est pas transmise uniquement par les parents : les frères et sœurs, les professeurs, la société dans son ensemble, jouent aussi un rôle.

Il est possible qu’un client se sente coupable de plusieurs crimes imaginaires à la fois.

Gilbert, qui est médecin, se reprochera par exemple : 

  • D’avoir surpassé son père qui était ouvrier en réussissant mieux que lui professionnellement.
  • D’avoir abandonné sa mère pour suivre des études médicales.
  • D’avoir été un fardeau pour elle.
  • D’avoir volé son amour parce que sa mère le préférait à sa jeune sœur moins douée.

Le thérapeute doit savoir que le processus qui permet à son client de devenir conscient de ces fausses culpabilités jusqu’alors inconscientes, est complexe et demande du temps. Ce n’est qu’en comprenant peu à peu ce qui lui est arrivé étant enfant, qu’il pourra comprendre aussi ses crimes imaginaires et, par conséquent, s’en absoudre.

Au fur et à mesure que se relâchera l’emprise de ses sentiments de culpabilité, les conduites d’échec, d’autopunition, de sabotage du succès et d’inaptitude au bonheur régresseront d’autant. S’il ne doit pas s’attendre à une transformation rapide ou facile, il doit cependant être assuré qu’avec le temps, le changement s’opèrera.

Se libérer de la  » fausse  » culpabilité est un processus de longue haleine, mais la récompense est grande, puisqu’il s’agit de la liberté d’être soi?même.

Par : Jacques et Claire Poujol 

10 conseils pour augmenter sa confiance en soi


La confiance en soi est essentielle dans tous les domaines de la vie. En effet, elle permet de s’épanouir, de saisir les opportunités qui s’offrent à nous, de ne pas être stoppé par la peur de l’échec ou encore d’accepter et d’utiliser les critiques que l’on reçoit. Voici quelques conseils qui fonctionnent pour retrouver ou augmenter sa confiance en soi.

  1. Faire semblant : se tenir droit, relever la tête, sourire et regarder les gens dans les yeux. Feindre l’assurance va permettre de se sentir plus confiant.
  2. Soigner son apparence : si on se trouve à son avantage, on se sent tout de suite plus confiant. Il faut se faire beau, et pourquoi pas faire du sport ou perdre du poids pour se sentir mieux dans son corps et retrouver confiance.
  3. Écouter de la musique entraînante : la musique entraînante remonte le moral et dope la confiance en soi. Avant un rendez-vous, une présentation ou tout autre événement où il faut paraître sûr de soi, quelques chansons bien choisies parmi ses préférées permettront de se gonfler à bloc.
  4. Éviter de se comparer aux autres : se comparer aux autres est très néfaste pour la confiance en soi car on peut toujours trouver quelqu’un de meilleur que soi dans un domaine. Il faut essayer de s’accepter comme on est.
  5. Stopper ses pensées négatives : les pensées négatives érodent petit à petit la confiance en soi. Ce n’est pas en se traitant de nul à tout bout de champ que l’on pourra être confiant. Il faut essayer de stopper ces pensées négatives et s’entraîner à penser de façon positive et à s’encourager plutôt que de se descendre.
  6. Se préparer : le manque de confiance en soi peut venir d’un manque de préparation. En se préparant le plus possible pour ce que l’on redoute, on peut donc augmenter sa confiance en soi.
  7. Se former : il peut être bon également de se former dans des domaines particuliers. On peut par exemple se demander ce qu’on envie aux autres ou observer à quel moment les pensées négatives apparaissent pour trouver ces domaines et se former en conséquence.
  8. Se concentrer sur ses succès : il faut se concentrer sur ses réussites même si les échecs peuvent être riches en apprentissage. On peut par exemple tenir un petit carnet de toutes ses réussites, petites ou grandes. Ainsi, quand on perd confiance, on peut l’ouvrir et se replonger à l’intérieur pour regonfler sa confiance.
  9. Atteindre de petits objectifs : on peut se donner de petits objectifs facilement atteignables, sur lesquels on procrastine depuis longtemps, pour se sentir soulagé et plus sûr de soi en les atteignant.
  10. Se récompenser : à chaque petit succès ou victoire sur soi-même, il faut se donner une petite récompense et ne pas oublier de se féliciter, de se regarder dans la glace et se dire quelque chose comme “je suis fier de toi”.

 

De nombreux penseurs ayant réfléchi sur le sentiment de culpabilité, il fallait faire un choix ! Voici donc les théories de quelques auteurs sur ce sujet.

1. Freud

C’est à partir de deux situations cliniques, la névrose obsessionnelle et la mélancolie, que Freud s’est interrogé sur le sentiment de culpabilité.

Si pour lui, ce sentiment est le pain quotidien des psychanalystes, s’il en mesure l’importance, il n’a jamais écrit de synthèse de ses réflexions sur ce thème qu’il reconnaissait être « embrouillé ». Il s’est contenté d’en relever l’existence dans la littérature (son étude sur Dostoïevski) dans les mythes, la religion, l’art, et d’affirmer que nous sommes tous coupables et plus immoraux que nous le croyons.

Pour lui, la culpabilité n’est ni bonne ni mauvaise, c’est la source qui l’alimente qui la rend destructive ou non.

Freud trouve à ce sentiment une pluralité de sources : 

  • Le meurtre du père primitif (voir « Totem et tabou », « Moïse et le monothéisme »). La culpabilité apparaît sous forme d’angoisse de castration. L’angoisse est ici la répétition fantasmée (puisque le père est mort) d’une angoisse suscitée par la menace réelle que le père faisait peser sur les fils quand il voulait garder toutes les femmes pour lui.
  • La civilisation, en ce qu’elle réprime les pulsions agressives.
  • La prématuration et l’état de détresse originaire, très prolongé chez l’enfant.
  • L’angoisse du Moi devant le Surmoi (l’autorité parentale intérieure). Il y a un double mouvement sado-masochiste : le Moi jouit de subir et le Surmoi jouit de punir.

Pour Freud, le sentiment de culpabilité est ambivalent : il peut être morbide et naître du refoulement mais aussi être sain, valable et moral, s’il est l’expression de ce Je qui est en nous un véritable pouvoir d’examen, de jugement. Il n’existe pas, pour Freud, de moyen direct de combattre la culpabilité. On peut seulement en faire progressivement un sentiment conscient.

2. Alfred Adler

Il lie la culpabilité au sentiment d’infériorité qui nous habite tous, et au désir de toute-puissance compensatoire.

3. C. G. Jung

Il parle de culpabilité de soi vis-à-vis de soi, du refus de s’accepter soi-même. 

3. Jacques Lacan

Pour lui la culpabilité n’est pas forcément liée à l’Oedipe, mais au désir et à la place qu’occupe le sujet dans l’ordre du signifiant de son désir. Lacan désigne la source la plus profonde de la culpabilité lorsqu’il dit que le sujet se sent coupable toutes les fois où il en vient à « céder sur son désir ».

Lacan met l’accent sur l’impossible plus que sur l’interdit, qui n’est qu’une défense contre l’impossible, car il est plus facile de se confronter à l’interdit que de reconnaître l’impossible. En fait la culpabilité a à voir avec l’impossible et non l’interdit (alors que le péché a à voir avec l’interdit en premier).

Pour Lacan la culpabilité est l’expression du manque, le « signifiant » de la finitude.

4. Mélanie Klein (« L’amour et la haine ») et D. W. Winnicott (« De la pédiatrie à la psychanalyse »)

Ces deux analystes nous ramènent à la relation du nourrisson avec sa mère. Cette relation est ambivalente, car l’enfant simultanément a peur de la fusion avec sa mère (alors que la vie le pousse à grandir, il craint de rester un avec sa mère) et désire aimer et être aimé de cette mère qui est la source de tous ses plaisirs. Il y a donc tout à la fois attirance vers la mère et rejet de celle-ci.

Son conflit peut s’exprimer ainsi : s’il est, il n’est plus aimé de sa mère (car indépendant d’elle), et s’il en est aimé, il n’est pas. Cela se résume à être ou être aimé. L’enfant croit qu’il y a opposition entre ces deux termes et se demande s’il peut exister en dehors de sa mère.

La culpabilité naît de ce sentiment d’ambivalence affective. S’il est bien géré par la mère et plus tard par le père, ce sentiment normal de culpabilité ne sera pas une source de problèmes à l’âge adulte. La mère devra être nourricière et en même temps sécurisante pour son enfant, qui vit mal le fait d’aimer le plaisir qu’elle lui procure et le fait qu’elle est aussi celle qui le frustre.
Par exemple, quand elle le recouche après la tétée, l’enfant, qui est allé vers cette mère source de tout bonheur, se retrouve profondément frustré de l’arrêt du plaisir. Cette frustration qui lui est imposée le rend agressif, il pleure et hurle de colère.

Et cette agressivité entraîne chez lui une culpabilité de vouloir détruire ce qu’il aime et lui procure du plaisir : cette mère, puis-je l’aimer pour ce qu’elle donne et dois-je la haïr pour ce qu’elle refuse ? Suis-je normal de ressentir envers elle deux sentiments aussi opposés, l’amour et la haine ?

Cette culpabilité inconsciente sera réactivée au moment de l’Oedipe, quand la mère sera l’objet désiré mais interdit.

Revenons au nourrisson : si la mère reste nourricière et continue à donner toujours la même qualité de soins à son bébé, celui-ci sera sécurisé par ses paroles, ses retours fréquents et bienfaisants vers lui, il verra que sa mère n’a pas été détruite par son agressivité : celle-ci n’est donc pas mauvaise, il peut l’exprimer.

L’enfant, puis l’adolescent, doit apprendre qu’il peut exister en dehors de sa mère, sans que celle-ci cesse d’exister.

Cette culpabilité qui est l’expression d’une ambivalence affective doit être considérée comme un élément normal de notre personnalité. Bien gérée par notre mère, elle va nous construire, mal gérée (c’est-à-dire si la mère ne réapparaît pas, si elle donne les soins de manière irrégulière), elle risque de nous détruire.

6. Lewis Engel et Tom Ferguson (« La culpabilité »)

Pour ces deux psychologues cliniciens réputés, c’est l’altruisme excessif et mal dirigé qui est parfois source de culpabilité.

Nous avons tous un besoin inné de venir en aide aux autres, une tendance à être Sauveteurs. Même un bébé est bouleversé quand il en voit un autre pleurer. Mû par une sorte d’empathie rudimentaire, il se met aussi à pleurer. Un enfant peut se rendre malheureux par empathie avec ses parents qu’il voit tristes. Il se sent, il se croit responsable de ce qui leur arrive (maladie, conflit). Il se croit obligé de les aider et n’y arrivant pas, il culpabilise. Il se sent coupable parce qu’il ne se sent pas capable.

Cette formule : pas capable/coupable se vérifie aussi pour les adultes dans la vie quotidienne comme en relation d’aide, et elle fonctionne aussi en sens inverse : coupable/pas capable.
Expliquons-la : quand une personne ne se sent pas capable de faire quelque chose, elle se sent coupable de son incapacité. Inversement, lorsqu’elle se sent coupable, cela la rend souvent incapable d’agir.

Par exemple : cela fait longtemps que vous auriez dû rendre visite à votre grand-tante Eugénie, mais vous n’en trouvez pas le temps, et cela vous culpabilise.

A l’inverse, vous vous sentez vaguement coupable parce que vous n’êtes pas allé à la dernière réunion pour les parents organisée par l’instituteur de votre enfant, si bien que vous ne vous sentez pas capable de croiser le regard de cet instituteur et vous évitez soigneusement de le rencontrer.

A l’âge adulte, nous nous sentons tellement responsables de ceux que nous aimons que nous culpabilisons de leurs malheurs au lieu de les aider efficacement.

Mais sommes-nous responsables des souffrances de nos proches ? Il est plus facile de nous reprocher des fautes, les incompétences des autres que de reconnaître qu’ils ont mal agi avec nous, d’admettre la réalité : leurs limites, leurs erreurs.

Nous venons de voir que pour les analystes, il existe une culpabilité morbide et une autre qui est normale, voire utile et nécessaire. C’est un sentiment archaïque, latent en nous.

Qu’en pensent les philosophes ? Si certains (nous ne citerons que Nietzsche) récusent radicalement toute notion de sentiment de culpabilité, la plupart affirment son existence.

7. Nietzsche

C’est lui qui a dénoncé le plus fortement le sentiment de culpabilité et critiqué le christianisme qui a fait le malheur de l’homme en le culpabilisant.

La source de la mauvaise conscience, c’est la notion d’un Dieu saint envers lequel on aurait une dette. Nietzche n’a pas entièrement tort ! Dans « Le péché et la peur », Jean Delumeau montre bien comment au cours des siècles l’Église a diffusé un message culpabilisant, insistant sur un Dieu inquisiteur, comptable et vengeur.

8. Spinoza

Pour lui, nous sentons et nous éprouvons que nous sommes éternels, mais c’est dans le sentiment de culpabilité d’abord que nous le sentons et l’éprouvons. C’est ce sentiment qui provoque la prise en charge de soi par soi (la responsabilité).

9. Sören Kierkegaard

Ce philosophe chrétien estime que la culpabilité est communication, communion, qu’elle est le fondement de toute vie sociale. « Jésus a tellement aimé les hommes qu’il a épousé leurs péchés », dit-il.

Pour lui l’idée-force du christianisme est la rémission des péchés. Exister, c’est exister « devant Dieu », c’est prendre conscience du péché. C’est en se sentant coupable qu’il se place devant Dieu. L’humanité est donc une société de pécheurs pardonnés.

10. Henri Bergson

Pour ce penseur spiritualiste, la liberté est l’accord d’une conscience avec ses actes, et la culpabilité le rapport des actes à la conscience. Le souvenir de la faute est ce qu’il y a de plus ancien dans l’humanité.

11. Martin Buber

Cet auteur évoque, à côté d’une culpabilité névrotique, une culpabilité authentique qui porte toujours sur la violation d’une relation interpersonnelle, qui constitue une blessure du rapport Moi-Toi. C’est donc une culpabilité à l’égard d’autrui.

12. Jean Guitton

Le penseur catholique parle de la culpabilité de l’inachevé en nous, du relatif, du non-épanouissement, voire de la trahison de soi, de ses convictions, de sa vocation : par exemple, un père qui n’a pas été le père qu’il aurait voulu être (ou une mère, une épouse, un mari).

Tout acte peut donc être culpabilisant, parce qu’aucun acte n’est parfait. Jean Guitton pense que pour Dieu, c’est au contraire la marche, le chemin parcouru, l’acte accompli, qui comptent avant tout, et non la culpabilité de l’inachevé dans nos actes.

Effectivement certains ont du mal à accepter la finitude de leur nature humaine, qui les culpabilise face à un Dieu infini et parfait. Ils se croient coupables de ne pas être comme Dieu, de ne pas être des dieux. Alors que cette prétention est précisément la tentation du serpent en Genèse 3.5 : « Vous serez comme des dieux. » 

Pour certains même, c’est un désir de toute-puissance qui les culpabilise parce que c’est toujours plus difficile d’accepter la réalité de leur finitude que l’imaginaire de leur toute-puissance. Dieu avait précisément posé un interdit (= ce qui est dit entre Dieu et l’homme) pour empêcher la confusion et la fusion et éviter à l’homme de chercher à devenir Dieu.

13. Paul Ricoeur

Ce philosophe protestant, auteur de « Finitude et culpabilité », distingue la culpabilité réelle et la culpabilité irréelle et essaie de comprendre comment il y a quelque chose en nous (le péché originel) qui toujours précède la défaillance individuelle.

Par : Jacques et Claire Poujol