Archive for science / scientisme

Science et technologie, est-ce un véritable danger pour la société ?

// octobre 10th, 2010 // No Comments » // science / scientisme


La science ou la technologie ne peuvent être bonnes ou mauvaises à la base. C’est un outil utilisé par les hommes qui eux, en font un outil bon ou mauvais.

Si je me permets de faire un peu d’histoire à mon humble niveau, je dirais que durant des siècles les hommes cherchaient la réponse à une question que tout le monde se pose, qui est “pourquoi”.  Depuis toujours l’homme se pose des questions de sens, c’est à dire se demande pourquoi il est sur Terre, pourquoi il est mortel, pourquoi… et pour répondre à cette question il a la religion, l’ontologie, la philosophie qui l’aide à se placer dans le monde et à lui donner des bribes de réponse sur le sens de la vie et de l’existence.  Puis est arrivé le Siècle des Lumières qui a amené la science et le scientisme en se basant sur la raison pour ce dire que le pourquoi est une question sans réponses la bonne question doit être le comment ? Question à laquelle la science a promis de donner une réponse à chaque fois. 

Cette différence vient du fait que le savoir et la pensée en général en occident peut se diviser en 3 styles.

La pensée scolastique : c’est-à-dire analyser le monde tel qu’on le perçoit (qui apporte des courants tels que le béhaviorisme qui ne s’appuie que sur ce qui est purement visible.). Décris le monde sensible, monde accessible par les sens, que l’on voit, entend, ressent au toucher, qui donne un type de connaissance particulier

Le monde basé sur des concepts, sur une rationalité , une mécanique reposant sur une méthode déductive par un raisonnement logique indépendant de l’expérience.  Le monde de la réflexion, de l’intellect, accessible par le biais des connaissances humaines :

Et pour terminer le monde des affects : « le monde des esprits », qui échappe au sens concret, au raisonnement. Laisse des traces qui viennent de l’extérieur, le monde spirituel, le monde surnaturel qui laisse des traces dans le monde spirituel). Monde indécomposable

L’époque des lumières a donc choisi la rationalité et la pensée scolastique apportant avec elle la prégnance de la science, le scientisme. Le scientisme, c’est deux ou trois choses très différentes : le positivisme, tel qu’il a existé au XIXe siècle, l’objectivisme tel qu’il existe, par exemple en médecine et le « néo-scientisme », tel qu’il existe actuellement. Il faut bien voir que ces trois « courants » sont diverses expressions d’une même évolution des savoirs : rationalisation du savoir d’une part, et monopole du « vrai » qui est dit sur le monde détenu par les sciences en tant que savoirs légitimes et rationnel.

Le positivisme, c’est de ne pas faire de différences (comme Auguste Comte, par exemple, je schématise un peu) entre le monde « supra-lunaire » et le monde « sub-lunaire ». C’est une distinction aristotélicienne qui fait pédant, mais je l’aime bien parce qu’elle est assez imagée pour que tout le monde comprenne ce que cela veut dire. Le monde supra-lunaire, c’est les astres, ce qui suit des lois strictes, vraies en tous lieux et en tous temps. Dont on peut prédire l’évolution avec les savoirs adéquats, etc. Le monde sublunaire, c’est ce qui n’obéit pas à ces lois si rigoureuses. En tant qu’humains ou animaux, on échappe aux lois « mathématiques ». On peut unifier toutes les sciences et trouver des principes communs. Il n’y a pas de différence entre un astre et un homme dans les lois qui régissent son comportement (pas de différence entre supra-lunaire et sublunaire). Outre Comte, en sociologie, il y a Gabriel Tarde qui est net sur ce point : il y a une continuité entre l’astronomie, la biologie, la psychologie, la sociologie, etc.

L’objectivisme, quant à lui, est plus directement lié aux sciences de l’homme. C’est le considérer comme un objet. En médecine, on guérit un organe ou un corps, pas un homme. En médecine, on ne demande pas au patient s’il va bien, on regarde ses constantes, c’est bien moins traître. L’objectivisme, ce n’est pas l’objectivation qui est un processus propre à chaque science : on construit son objet, on le délimite, etc. (qu’appelle-t-on un atome? qu’est-ce qu’un homme? Qu’est-ce qu’une société? Voilà plein de questions qui nécessitent une objectivation pour fonctionner, c’est-à-dire produire un discours sur leur « objet ») L’objectivisme, lui, est une forme de réification. C’est-à-dire qu’on prend vraiment les gens pour des objets. Qu’on pense vraiment pouvoir tout expliquer des gens comme s’ils n’avaient aucune singularité. Aucune spécificité, aucun caractère propre.

Le néo-scientisme, quant à lui, est marqué par l’illusion de sa toute-puissance. On a tout expliqué. Tout est connaissable. On est des dieux : on peut cloner des hommes, les créer de toutes pièces, on peut les manipuler comme bon nous semble, etc. Le cas le plus marquant, pour moi, ce sont les neurosciences. Elles donnent l’illusion que le cerveau est rempli de choses et qu’une électrode bien placée peut permettre de lire dans les pensées. Les idées seraient presque « matérielles », incluses dans les neurones. et si on cherche bien on peut les trouver.
On a tout trouvé, on sait tout. Et bien entendu, ce néo-scientisme n’admet pas les sciences humaines : elles sont molles, herméneutiques, donc leur méthode n’est pas scientifique, trop variable, etc. 

Ensuite, viens le problème du fait que les gens fétichisent trop LA « Science ». Comme si elle était une et unique. Comme s’il y avait qu’une méthode, comme s’il n’y avait pas de conflits entre scientifiques, comme si « la » science ne se trompait jamais. Le scientisme commence là, pour moi, dans ce fétichisme de LA science. LA science, pour moi, ça n’existe pas. Il y a des sciences, des méthodes, des énoncés que l’on peut dire « vrais », mais il n’y a pas de « Science » au sens où elle remplacerait presque Dieu. Il faut avoir foi dans la science, le progrès, bla bla. La science a toujours raison, la science ceci, la science cela.
Les sciences, même dures, sont des discours rationnels plus fiables que la moyenne. Plus « vrais » dans leur adéquation aux « faits ». Bref, dans leur saisie de l’objectivable. Ce qui ne veut pas dire que ce soient les discours les plus raisonnables, les plus sages (d’où la bioéthique, par exemple : certes, on sait cloner les gens, mais est-ce bien raisonnable?), les plus « vrais » dans l’absolu : ma dépression n’est qu’un dysfonctionnement hormonal, je ne produis plus assez de sérotonine, dopamine, etc. Oui, c’est vrai. En attendant, ma souffrance, en tant que dépressif, je ne la conçois pas comme ça. Ma douleur, c’est pas juste des hormones, c’est un ressenti. Et mon ressenti est « vrai » aussi. Sans ici rentrer dans les pourquoi de la dépression qui outre une explication hormonale peut trouver des explications sociale et spirituelle qui n’intéresse pas LA science. 

Ajoutons une remarque sur le rationnel. Le rationnel veut dire : ensemble des facultés intellectuelles considérées du point de vue de leur état et de leur usage par rapport à la norme. Il faut donc savoir que le rationnel est une notion totalement culturelle.  Un exemple avec la nature,  Selon notre culture on peut faire par exemple comme distinctions naturelles : un savoir des plantes, un savoir des animaux, un savoir des astres, etc. Mais dans une toute autre culture  ses critères n’auront aucune forme de logique et pourront paraître totalement irrationnel préférant mélanger science et ce que l’on nomme magie pour décrire la nature.  Le problème étant qu’une fois le cadre posé et dit comme scientifique en lien avec nos normes, ces savoirs apparaissent tout à fait naturels : cf savoir spécifique : zoologie, botanique, astronomie ; ce qui entraîne une volonté de retranscrire ça dans les autres sociétés, parce que logique pour nous : basé sur une éthnoscience.

Donc, se baser sur la rationalité comme modèle de base entrainent une vision ethnocentrée et donc évidemment des erreurs quant à l’analyse d’objet sortant du cadre et de la norme sociale exigée dans telle ou telle société. En prenant exemple sur un vieux texte grec qui parle de ce sujet, l’on peut voir que la différence entre rationnel et irrationnel n’est pas toujours évidente.  Jean-Pierre Vernant, (historien, travaille sur la psychologie) Travaille sur la Grèce antique, et en particulier sur la question de la mentalité des grecques. Il fait l’étude des systèmes de pensée qu’il a approché à partir de la tragédie, pour lui une source historique de premier plan, cf Les Bacchantes d’Euripide. Le conflit entre Penthée et Dyonisos révèle deux attitudes contraires : d’un côté le rationnel sophiste, le beau parleur, la maitrise rhétorique, la science, et de l’autre côté la folie, les pulsions irrationnelles. En fait, l’opposition n’est pas aussi nette que ça, car il y a en même temps un savoir de la folie. Dans Eloge de la folie, Erasme essaie de démontrer l’existence de sage-fous. Et de démontrer que la science au lieu d’être le couronnement de la raison « la science c’est la torture de la raison ».

Le problème viens donc du fait que notre société qui a choisis comme base de savoir, l’analyse rationnelle, en a discrédité complètement tout autre choix de savoir le faisant passé pour croyance ou connaissance dangereuse car non prouvable scientifiquement. De ce fait cette science a discrédité  par exemple l’ontologie, la spiritualité, la philosophie, la psychologie… Elle en a donc oublié le pourquoi c’est-à-dire le sens.  À partir de là si l’homme se pose pas de question sur le sens (de ce qu’il fait par exemple) il n’a plus de limites et du coup des outils tels que la technologie ou la science peuvent devenir extrêmement dangereux, car sans limites. Et plus on s’éloigne du sens plus on va chercher ailleurs le manque et du coup on risque de faire des dégâts avec la technologie et la science.

Conclusion je pense que c’est en remettant l’importance du sens dans nos vies que les outils tels que la technologie, la science, l’écologie pourront apporter une énorme aide et ne plus être un danger pour notre société, en l’auto détruisant tel que c’est le cas aujourd’hui.

Pour terminer, j’aurais envie de vous amener à une autre réflexion. Un outil est utile tant qu’il reste à sa place d’outil, seulement il peut vite nous emprisonner lorsque l’on devient dépendant de lui. Alors demandez-vous si dans votre vie de tous les jours, il n’y a pas des outils (de communication comme le téléphone, la télévision…) auxquels vous êtes devenu dépendant et qui vous emprisonnent plus qu’ils ne vous aident.


Par : Le Veilleur