// avril 18th, 2011 // No Comments » // la spiritualité du sexe
Questionnant les liens profonds entre l’amour, le sexe et la spiritualité, quelle tradition a des réponses simples ? Les âges chamaniques ? C’est ce qu’aiment penser les artistes post-modernes, qui soutiennent qu’avant l’âge de l’écriture, du fer et du patriarcat, la femme et la féminité constituaient le sommet de la culture humaine. Ils s’imaginent volontiers qu’à ces époques lointaines les femmes initièrent les hommes au rire et aux jeux de l’amour (seuls à prendre l’initiative, les mâles seraient restés englués dans des manières strictement animales). Ces rêves nous font du bien. Mais des dizaines de milliers d’années plus tard, la question de l’incarnation de l’amour – de l’amour en son épicentre – reste aussi brûlante et drue que l’énigme de la vie. Il se pourrait donc en effet que vivre et aimer soient synonymes. Il se pourrait qu’à l’heure de mourir nous nous posions la question : “Ai-je vécu ?” et que cela veuille immédiatement dire pour nous, sans la moindre hésitation : “Ai-je aimé ?”, et “Comment ai-je aimé ?”, et “Qui ai-je aimé ?”, et “Ai-je saisi toutes les occasions d’aimer ?”, et “Ai-je réellement aimé l’être (ou les êtres) avec qui je prétendais ‘faire l’amour’ ?” Chaque grande culture se situe de façon particulière face à ces questions. Le bouddhisme répond par la pacification. Le judaïsme par la jubilation. Le christianisme par la sublimation… Mais, au-delà des clichés, dans la vraie vie, que les traditions éclairent de leur mieux, et pas toujours de la façon qu’on croit (les chapitres qui suivent nous semblent en être la preuve), la question est d’abord de survivre aux affres de la passion – ou de son absence ! C’est si compliqué d’aimer. Si contradictoire. Si piégeant. Et si merveilleusement inattendu. Avec ce paradoxe insondable : en son cœur se rejoignent la stimulation de l’autre, toujours inconnu, et la tendresse du même, qui se connaît depuis la nuit des temps.
Forces sexuelles vénérées par nous comment ?
Par abstention et sublimation absolues ? Pour très peu d’entre nous, je pense… De celui-là, des abstentionnistes, on pourrait se dire : « Quelle folie ! « , ou bien : « Quel courage ! » Mais il semble qu’il n’en faille pas moins (de courage) pour jouer le grand jeu du sexe assumé, la coupe et la coupure vécues de part en part, du bout de l’horizon au plus intime du dedans de nous. “ De quel « courage » parles-tu, prétentieux ? se moque aussitôt une voix insolente.
- Eh bien, suppute le gueux dans son ignorance, je parle du courage… que dire… d’ éprouver d’ineffables plaisirs, ou bien, au-delà, d’incommensurables joies. Ou peut-être du courage de… mourir de jubilation ?” Bah, je ne parle de toute façon que de rumeurs, d’informations de seconde main, de contes angélo-sataniques circulant de-ci de-là. De tout cela je ne connais rien moi-même. Certes, les temps infâmes sont révolus où les pulsions étaient, en soi, vécues comme diaboliques. Récemment, travaillant à l’illustration d’un article sur le diable, je suis tombé sur une fresque venue d’un temple shivaïte, en Inde, montrant une admirable danseuse, dont le sexe ouvert comme un soleil laissait passer un énorme cobra, symbole d’énergie vitale.
Troublé, j’ai essayé d’imaginer l’impression qu’aurait fait cette fresque sur d’anciens esprits catholiques… et j’ai trouvé : sur une peinture de Grünewald, l’admirable auteur du Retable d’Issenheim, une femme nue, en voie de cadavérisation, laissait échapper de son corps des serpents diaboliques, dont la présence ne faisait aucun doute : il s’agissait d’une damnée.
De cela nous semblons guéris aujourd’hui. Mais rien n’est simple. En retour de flamme, la fornication est devenue un must, une démonstration, une routine sans inspiration. Beaucoup, un quart de siècle après la grande révolution sexuelle, continuent de se sentir frustrés, insatisfaits, persuadés que l’on pourrait faire beaucoup mieux. D’où le succès fantasmatique grandissant des écoles de » sexe spirituel » , qui offrent l’avantage considérable de garantir à la fois santé, jouissance, relations et salut de l’âme. Évidemment, on imagine sans problème toutes les arnaques possibles. A l’inverse, la critique systématique est sans doute trop facile.
“Mince, se dit le gueux, il y aurait donc un secret divin dans la pratique de la baise ? Quelque chose de plus fort encore que l’ivresse qui m’emporte quand ma belle et moi nous étreignons furieusement ? Holà, mais je veux tout de suite savoir comment atteindre cette chose incroyable, ce rubis inconcevable, ce prodigieux secret.”
J’ai rencontré des sanyasins venus de chez Rajneesh, à Poona, qui m’assuraient avoir rencontré l’illumination au cours d’un orgasme de trois heures. Et je n’avais aucune raison de ne pas les croire. Dans la plupart des cas, pourtant, qu’il ait été mal informé, ou mal formé, mal déniaisé, le gueux se décourage vite, sur cette voie. Il désespère.
Alors il s’offre une petite enquête journalistique : qui donc, parmi tous les frères et sœurs de tous les réseaux auxquels il participe, pourrait diable lui dire comment se comporter, de façon concrète et explicite, pour vivre « spirituellement » cet acte qu’il considère souvent comme le plus précieux de sa vie : faire l’amour ? Bien sûr, tout de suite, il a pensé « tantrisme », lui aussi. Même s’il en ignore tout. « The tantric love » est, de nos jours, une mythologie de masse. Les mythologies sont des fantasmes collectifs. Le fantasme tantrique circule bien, chez les industrieux « en quête d’Éveil ».
Du fantasme tantrique
Au centre, vous avez un premier sphynx : le célèbre Coïtus Reservatus.
Une étrangeté, du moins pour la plèbe où vit le gueux, c’est-à-dire hors du cercle des initiés, des moines, rouges – ou blancs, ou noirs -, hors du cercle des demi-dieux.
Dans la plèbe, même quand on n’est pas resté névrotiquement coincé dans les jeux guerriers – transperçant les hommes de pointes d’acier au lieu de faire l’amour aux femmes -, même quand on a dissous les crispations des « matrices périnatales » dont Stanislas Grof a si bien su décrypter les ancrages, même dans ce cas, eh bien Coïtus Reservatus demeure une énigme pour la majorité. Nous autres, Gaulois, éjaculons tout notre saoul et, Bon Dieu, nous en sommes joliment contents ! Pourtant… reservatus quoi, avez-vous dit ? Il y aurait bien une ancienne réminiscence familiale qui pourrait nous éclairer, une arcane médiévale secrète, venue de je ne sais quel Languedoc mauresque – mal- heureusement si peu enseignée par notre Histoire : l’amour courtois, dont Denis de Rougemont parle bien dans son célèbre Amour en Occident.
“Alors Tristan se retint en yseut, et les deux mies formant enfin l’Un, fondirent dans la lumière…” “Cette fusion, mais c’est l’ange ! me souffle un copain kabbaliste dans le creux de l’oreille.
- Je pense qu’il s’agit plutôt du Messie ! corrige un ami businessman, souriant sous sa moustache.
- Allons, rigole un troisième interviewé (proche des Tibétains, il prend de ce fait des mines entendues), ceux qui savent quoi que ce soit de ces questions n’en diront pas un mot, et ceux qui parlent ne savent évidemment rien.
- Pourquoi tant de mystère ?
- On joue là avec des forces trop puissantes, mon vieux.
C’est comme le yoga royal : sans maître expérimenté et équilibré on risque tout bonnement de se détruire ; lis donc l’avertissement qu’un groupe d’instructeurs bouddhiques français vient de publier. Ils ont été approuvés par le Dalaï Lama !”
L’enquêteur s’en va donc à la recherche d’amis plus explicites : “S’il vous plaît, éclairez ma pauvre lanterne, vous qui détenez un si formidable secret.”
Une amie sud-américaine, versée en pratique soufie, m’annonce que la France doit jouer un rôle essentiel dans le prochain éveil du monde, avec ce joli programme : “L’énergie gauloise va se sublimer.” Cyrano découvrant le tantra !
Je me souviens d’autres rumeurs. Autour de Fela par exemple ; le grand rebelle musico-spirito-politique nigérian venait d ’ épouser ses vingt-huit danseuses. Vingt-huit femmes-panthères au port de reine et aux hanches turbo, assurant une noria sacrée jusque dans le lit d’un seul homme !
Bonne mère, une par jour pendant un mois ! Transpiration du petit Blanc. Cris de fureur aussi – cris des femmes africaines vivant la chose félinement, cris des femmes occidentales apprenant la chose féministement. Ne jugeons pas, il s’agit d’une autre culture, d’un autre business humain… De toute façon, au centre de l’affaire, qui douterait que le jeu de feu soit strictement le même que chez nous ?
Or donc, on dit que Pela Anikulapo Kuti pratique la fameuse « rétention tibétaine ». Il n’éjacule pas. Cela seul lui permettrait d’entretenir des rapports réguliers avec tant de femmes.
Il conserverait ainsi sa belle énergie et soumettrait celle-ci à une métamorphose alchimique.
Lorsqu’on raconte ce genre d’histoires, beaucoup visualisent aussitôt le feu atomique de la mystérieuse (et pourtant omniprésente) Kundalini. Apocalypse en puissance qui dort au centre du bassin de chacun d’entre nous, en pleine zone de radiance sexuelle. Vertigineuse possibilité. Cette énergie colossale se mettrait soudain à danser le long de votre colonne vertébrale… Bref, vous connaissez la chanson.
“Allez écrase, Mimile, me dit la voix effrontée, c’est encore un truc pour demi-dieu. C’est pas pour toi. Chez nous, les gueux, on ne connaît pas ces trucs-là.
- C’est parce que tu es trop avare ! lui rétorque, inattendue, une autre voix, dans l’ombre.”
Une voix de reine, une voix de rêve qui, pour mieux se faire comprendre, et par je ne sais quelle magie, dissipe illico en moi, le bref instant d’une miséricorde, les milliers de tensions inutiles qui, toute la journée, toute la semaine, toute l’année durant, torturent lentement mon être musculaire.
Dissoutes, les milliers de peurs tétanisantes. Disparue, la cuirasse de souffrance et de paresse. Je m’étire en arc au plus grand de ma résistance des matériaux. L’amour détend et, dans la détente, l’amour s’éveille de plus belle. J e suis aspiré, je tombe dans le regard de l’autre, à la fois envoûtant et si familier, se transformant à chaque seconde en quelqu’un d’autre et pourtant éternellement la même.
“Qui es-tu ? demande en moi le gueux maintenant ravi.
- Peut-être la danse de Shiva et de Shakti, répond la voix, et je peux « te danser » à condition que tu sois à la fois totalement actif et totalement passif dans ton adhésion à la jubilation du monde
- Euh, OK… essayons.”
La musique qui fait danser la viande
Rares instants bénis. Pouvoir se laisser aller à être un arc bandé en contemplation adorante de l’infini dans les yeux, la bouche, le visage, les seins, le ventre, les jambes de l’autre. Survoler sa luxuriante cité de nacre, au cœur de laquelle coule le nectar. y plonger. y nager éperdument… Qui ne fantasme sur l’existence d’un art qui nous livrerait à ce ravissement à volonté ? A volonté ! ?! Uri art qui, alliant le lâcher-prise à la mise en résonance des respirations, jetterait les amants dans une extase dont le plaisir ne serait, à ce qu’on raconte, que l’aimable portail, le corridor sensoriel par où le dehors rejoindrait le dedans et débouchant ? sur… sur quoi ?! Restons-en un instant au passage entre dehors et dedans. De cela, Didier Dumas, psychanalyste inspiré – par le taoïsme, par la Bible, par les Évangiles, par Françoise Dolto – parle de manière claire et forte. (Didier Dumas est l’auteur de L’Ange et le fantôme (éd. Minuit)
“Le membre viril, explique l’analyste, permet la pénétration, mais ce n’est que d’un point de vue mécanique que l’homme pénètre et que la femme se fait pénétrer. Au niveau des échanges corporels, il s’agit d’une compénétration, énergétique et réciproque : l’intensité des sensations érotiques est étroitement liée au contact des muqueuses et, dans le coït, le pénis n’est guère plus extérieur que le vagin, puisque l’érection se présente avant tout comme une sortie de muqueuse permettant un contact d’intérieur à intérieur. Affaire de compénétration, la jouissance sexuelle consiste alors à aller chercher, au plus profond de soi-même et de l’autre, les énergies et les images à travers lesquelles elle se représente.
- Quel sens a ce contact d’intérieur à intérieur ?
- Dans la vie quotidienne, la continuité de la peau et des muqueuses est verrouillée par les sphincters qui protègent le corps de toute intrusion. La sexualité consiste en l’ouverture de ces serrures. Elle renoue ainsi avec une continuité de la peau et des muqueuses qui renvoie à l’érogénéïté fœtale et à la sexualité embryonnaire. Pour le fœtus, les serrures du corps ne sont pas fonctionnelles.
- Comme le ruban de Moebius, son dehors et son dedans ne forment qu’une seule surface…
- En se transmettant de la bouche à l’ entrejambes, les vibrations sexuelles remettent donc en jeu des énergies qui se construisent dès le stade fœtal. Petite mort ou état d’apesanteur, la jouissance orgastique ne fait rien d’autre que de rejouer des partitions vibratoires qui, revenant des états les plus antérieurs de l’être, en célèbrent l’origine. L’impression de légèreté qu’acquiert le corps en train de faire l’amour va de pair avec la sensation d ’ atemporalité.
Là encore, c’est le temps fœtal qui est de retour. Comme lorsqu’on dort. Le délassement que procure la sexualité provient d’un bouleversement radical des rapports de l’espace et du temps.”
Est-ce par cette sortie de notre espace-temps ordinaire que l’amour physique peut nous faire rejoindre des niveaux d’ être supérieurs ? Didier Dumas imagine un violon et un violoncelle à la recherche d’un air commun…
“Comme dans l’amour, poursuit-il, la façon dont ils s’accordent ne provient pas des instruments mais de la virtuosité de ceux qui en jouent. La jouissance que procure la compénétration des chairs et qui est donc avant tout un phénomène psychique, dépend de l’esprit, de sa capacité à assumer l’intimité d’une communication muette, c’est-à-dire que la jouissance dépend de la liberté qu’on a de rejeter l’usage des mots au profit d’un dialogue vibratoire dont les corps deviennent les caisses de résonance.
- Dans cet au-delà des mots, on trouve quoi ?
- La jouissance vibratoire serait une langue divine, une langue universelle semblable à celle qui était en usage avant l’ effondrement de la tour de Babel. Le mythe biblique peut se comprendre ainsi. Le dé- sir des hommes de construire cette gigantesque tour, pour atteindre le ciel, fait penser à la façon dont on désigne le coÏt – on « s’envoie en l’air », on « atteint le septième ciel ». Or cela n’est possible que si les deux êtres parlent la même langue vibratoire.
L’amour charnel devient alors la tentative de retrouvailles de cette langue céleste faite d’une énergie dont la pureté conduit à d’incroyables envolées…
- Vers la spiritualité ?
- Le problème, c’est que, comme la tour de Babel, l’accès au monde paradisiaque et divin par le biais de la simple jouissance est destiné à s’écrouler avec… l’éjaculation qui, semblable à la foudre de Dieu, fait retomber les amoureux sur terre.
- D’où l’idée du coïtus reservatus ? Reservatus au bénéfice de qui, d’ailleurs, ou de quoi ?”
Le serpent et l’ange : l’adulte et l’enfant …
Avant d’accéder à une réponse, l’enquêteur, maintenant au pied de cette inquiétante tour de Babel branlante, doit d’abord en passer par une autre mythologie biblique, capitale dans la constitution du paysage fantasmatique des peuples chrétiens : mythologie d’un couple, Joseph et Marie, cachée derrière le premier de tous les couples mythiques, Adam et Ève.“ Avec Adam et Ève, explique Didier Dumas, la sexualité est considérée dans son expansion horizontale, son rapport au corps et au plaisir, mais aussi au Diable, symbole des mille et une ruses permettant à la jouissance de s’éterniser dans la stérilité. Féminité et virilité y sont situées par rapport à la puissance qui les révèle : celle des énergies de la terre représentées par le serpent.
“Avec Joseph et Marie, le mythe religieux ne traite plus du sexe dans son rapport au plaisir. Il en traite dans son expansion verticale qui l’associe à la mort, aux ancêtres, à la descendance et au désir d’enfant. Dans son expansion horizontale, la sexualité est gouvernée par la seule jouissance. Dans son expansion verticale, elle s’en détourne pour n’être plus qu’au service de la survie de l’espèce. Ces deux dimensions de la sexualité sont hétérogènes l’une à l’autre, elles ne répondent ni aux même désirs, ni aux mêmes valeurs. Il n’existe en fait aucune continuité entre le plaisir érotique et l’élevage d’enfants. Voilà la première chose dont traite le mythe de Marie et Joseph, dans lequel la puissance de l’enfant, la force avec laquelle il crée ses parents se substitue à celle du Diable qui, au jardin d’Eden, présidait à la rencontre de l’homme et de la femme.
- Mais comment concilier maternité et virginité ?
- Ève et Adam étaient tout aux affres de l’amour. Joseph et Marie ne sont que père et mère. Mais ils ne se sont jamais touchés.
Cela veut dire que, d’entrée de jeu, le couple est posé à travers les yeux de l’enfant.
Qui d’autre, en effet, que l’enfant lui-même peut regarder ses parents comme s’ils étaient toujours vierges ?
Lorsque le ciel leur annonce la venue de Jésus, ni Marie ni Joseph n’ont encore « succombé au péché ». Le mythe de l’immaculée conception ne concerne pas que Marie, il concerne tout autant Joseph, puisque la figure allégorique qui rend compte du miracle de l’incarnation -l’ange -leur apparaît à tous les deux.
“Au jardin d’Eden, Adam est en pleine adolescence. Comme on le fait à cet âge, il affronte la découverte de sa maturité sexuelle. Or, pour assumer cet état nouveau, l’adolescent doit se défaire de sa peau d’enfant. Devant affronter sa propre virilité, le garçon se détourne de son père.
Il s’y oppose ou le rejette. Ce n’est pas qu’il ait quelque chose de particulier à lui reprocher. C’est qu’il lui faut dès lors se défaire de sa féminité d’enfant qui l’avait jusqu’ici fixé sur un père.
- Mais comment passe-t-on de cette sexualité assumée à la virginité étrange de Marie et de Joseph ?
- Assumer ses désirs érotiques demande d’abandonner ses parents. Mais à l’inverse, sitôt que l’on procrée, le modèle qu’ont été les parents revient au grand galop. Qu’on le veuille ou non, il est impossible de se concevoir dans le rôle de parents sans aucune référence à ceux qui ont été les siens.
En retrouvant avec son enfant la puissance de l’amour platonique qui a régné dans sa propre enfance, celui qui devient père renoue par là même avec sa féminité d’enfant. Voilà ce dont traite le mythe évangélique lorsqu’il y implique Joseph.
- Il y a du féminin dans Joseph, y a-t-il alors du masculin dans Marie ?
- A l’inverse de la « féminité d’enfant » du mâle devenant père, le point culminant de phallicité féminine est, en effet, l’érection du ventre au cours de la grossesse. La créativité corporelle de la femme fait alors passer celle du pénis au second plan. Ce petit accouchement qu’est l’éjaculation peut difficilement rivaliser avec celui du ventre qui enfante ! La grossesse implique ainsi pour l ’homme une certaine passivité corporelle qui préside à son désir d’enfant, lui laissant tout loisir de méditer sur cette attente.
” Passivité non exempte d’assauts fougueux – O charme singulier de l’attrait sexuel pour une femme enceinte ! Karine Lou Matignon nous parlera prochainement du triangle amants fœtus, vu par la femme. Mais il y a tant de façons de considérer l’attrait sexuel. Même du point de vue des anges ! Celui de Gitta Mallasz, à qui celle-ci avait demandé : “Qu’est-ce qui a corrompu la vie sexuelle de l ’homme ?”, répondit : “L ’homme a reçu ce « plus » qui comble le manque sur terre (la sexualité), non pour faire beaucoup de corps, mais pour faire l’Homme.”
Que dirait le terrible Jean-Paul II d’un ange qui repousserait l’enfantement comme obstacle à une sexualité véritablement spirituelle ???
Parlant d’une lente montée de sève pour évoquer l’accomplissement de l’Homme à travers les âges, Annick de Souzenelle nous disait, voici peu : “Être amoureux tient d’une magie dont la folie, en l’homme ou en la femme, résulte de cette même « montée de sève ». Mais en l’occurrence, cette sève est totalement investie « à l’horizontale », récupérée dans les relations humaines ; elle ne fait plus l’objet du mariage intérieur qui, lui, assure la verticalisation de l’être et le conduit jusqu’à l’expérience de la « folie en Dieu »”. (Interview recueillie par Nathalie Calmé, Nouvelles Clés N°23)
Comment, concrètement, parvenir à ce mariage intérieur dont parle Annick de Souzenelle ? Fasciné par tant d’ éblouissantes évocations, notre pauvre gueux ne le sait toujours pas.
Qui diable pourrait lui répondre ?
Port utile, découvre-t-il : la lecture du Chemin de l’extase, de Mitsou Naslednikov, alias Ma Anand Margo, qui raconte la quête tantrique d’une femme de notre temps avec passion, humour et sens pratique. Plus inattendue : la rencontre avec Katya et Volodia Bagriansky, qui enseignent le tantra de l’accouchement. Juste au croisement des axes liant Ève à Adam et Joseph à Marie…
Le désir purement érotique, l’axe horizontal qui relie l’homme et la femme, est-il, par nature, étranger au désir d’enfanter, à l’axe vertical reliant la Terre- Mère et Dieu-le-Père ?
Sexualité et accomplissement de l’homme
“Ce sont deux axes étrangers l’un à l’ autre, sauf au point où ils se coupent”, répondent Katya et Volodia Bagriansky.
Pour eux, tout le message tantrique se retrouve concentré en ce point de croisement. Adeptes du yoga et influencés notamment par la pensée de NikolaÏ Berdiaev, maître spirituel russe, les Bagriansky s’intéressent à l’application du tantrisme à la préparation à l’accouchement.
“Il s’agit d’utiliser la période privilégiée de la grossesse (cela concerne la femme et l’enfant, mais aussi l’homme), pour mettre en route le travail « d’alchimie intérieure » que propose le tantrisme. Transformer l’ombre en lumière, et la souffrance en jouissance. Un accouchement vraiment réussi provoque chez la femme un immense orgasme.
A l’inverse, la frigidité commune à beaucoup de femmes s’explique, quoi qu’on en dise, par la peur de faire un enfant.
- Malgré les contraceptifs garantis 100% ?
- Il s’agit d’un phénomène profondément ancré dans notre inconscient, et qui prend à rebours beaucoup de préjugés modernes.
La femme ne jouit jamais autant que lorsqu’elle sait qu’elle est en train de procréer et lorsque cela lui plaît. Si elle accomplit cet acte en s’ouvrant à Dieu, l’extase devient gigantesque. Tout le travail que nous avons fait jusqu’ici dans le champ périnatal, en France comme en Russie, nous montre malheureusement que ces idées sont encore tabou.
La sexualité de la femme enceinte englobe évidemment l’enfant qu’elle porte et influence celui-ci de manière indélébile. Mais beaucoup de femmes, et surtout beaucoup d’hommes sont fermés à l’idée de vivre cette « sexualité à trois » de manière lucide. Elle débouche pourtant sur des espaces d’une haute spiritualité.
- Ne risque-t-on pas de croire que vous voulez réduire la sexualité à l’enfantement, ce dont nous avons mis des siècles à nous défaire ?
- Quand on aide vraiment une femme à préparer son accouchement, en compagnie du père de l’enfant, on fait forcément se croiser, à des profondeurs intimes, l’horizontalité érotique de leur vie à la verticalité de l’enfantement. Et là, la véritable situation sexuelle des gens apparaît au grand jour. C’est souvent assez misérable. Les sociétés occidentales se croient « libérées sexuellement », alors que, sitôt un vrai travail entamé, même avec des gens « spirituellement conscients », on constate que la sexualité pose encore d’énormes problèmes. Le sexe reste beaucoup plus lié qu’on croit, en Occident, à des notions négatives – et le fait de les transgresser en devenant « obsédé de sexe », ne résout évidemment rien.
- A quoi devinez-vous des blocages sexuels quand vous travaillez avec un couple qui attend un enfant ?
- A des tas de signes, de refus, de gènes, et jusqu’à la naissance. Là vous avez des hommes qui, au dernier moment, doivent quitter la pièce, car ils empêchent littéralement leur femme de mettre le bébé au monde.
Quant aux femmes, énormément d’accouchements difficiles, mauvaise ouverture du col, déchirures du périnée… sont directement liés à leur sexualité insatisfaisante.
C’est pourquoi la grossesse est un moment extraordinairement privilégié, où le couple peut accomplir un travail à la fois sexuel et spirituel d’un haut niveau. L’idée que la femme enceinte doive se laisser aller à ses caprices est idiote. C’est juste l’inverse, il s’agit d’une période propice à une grande discipline intérieure.”
L’alchimie Intérieure
Traite-t-on toutes ces questions chez nos cousins tantriques les taoÏstes ? C’est ce que notre collaboratrice Catherine Chevassu est allée demander Catherine Despeux, auteur de plusieurs ouvrages sur le Taoïsme et la sexualité. (Éditions du Trigramme)
Catherine Despeux : Du point de vue chinois (et malgré l’énorme puritanisme confucéen), si l’homme et la femme ne font pas l’amour, Yin et Yang sont séparés, le Ciel et la Terre se tournent le dos, et le monde arrête de tourner. “Peut-on se passer de la sexualité ? demande l’Empereur à la belle immortelle Su Nü. – Impossible, lui répond-elle, sans sexualité l’esprit ne peut s’épanouir.”
Nouvelles Clés : Que veut-elle dire par là ?
C.D : La spiritualité chinoise se vit dans l’action et le quotidien. Chaque fois que j’ ai demandé à des Chinois ce qu’était le Qi, ils m’ont répondu : “Le Qi c’est le Qi, vous n’avez qu’à faire des exercices et vous finirez par comprendre.” L’individu et lui seul doit expérimenter un certain nombre d’états de conscience, de sensations touchant le corps mais aussi l’environnement social ou naturel. Conçue comme la succession des saisons, la sexualité concourt à l’ordre naturel. Elle est, du même coup, codifiée dans des rituels et des fêtes. La sexualité de l’empereur est soumise a une étiquette qui soutient cet ordre saisonnier, car l’empereur est avant tout le grand entremetteur entre le Ciel et la Terre. Mais pour tous, les fêtes de printemps sont des rites de passage de saisons où l’on célèbre la sexualité.
N.C : Quel est l’objectif réel de la technique de rétention spermatique ?
C.D : Les Chinois disent qu’elle permet « d’inverser le cours des souffles », c’est-à-dire de faire circuler l’énergie sexuelle dans un mouvement appelé « petite révolution céleste », dont le but est la remontée de cette énergie le long de la colonne vertébrale jusqu’au cerveau (dont elle stimule certaines zones, notamment la glande pinéale, traditionnellement associée au « troisième œil »). Dans la pensée chinoise, l’ homme et la femme peuvent se nourrir mutuellement de l’énergie et de la substance de l’autre. Il y a donc aussi une peur, plus chez l’homme d’ailleurs que chez la femme, d’être vampirisé et de perdre toute son énergie lors de l’acte sexuel. D’où ces images de femmes capables de vider petit à petit un homme de sa substance vitale jusqu’à le tuer. Ce sont les légendes des femmes renardes, esprits démoniaques qui prennent l’aspect de très belles séductrices pour perdre les jeunes lettrés. Cette peur constitue l’une des motivations négatives des pratiques de rétention spermatique. Mais les Chinois considèrent ces dernières comme très dangereuses si elles sont pratiquées de manière volontaire, car il y a blocage des énergies.
N.C : Dans cette transformation alchimique, on définit souvent trois éléments essentiels qui sont l’essence, le souffle et la force spirituelle. Pourriez-vous nous les situer ?
C.D : Ce sont les trois ingrédients de base de la transformation, en relation avec trois niveaux du corps et trois aspects de la personne. Il y a d’abord l’essence (Jing) qui est commune à l’homme et à la femme et va produire l’essence spermatique et les menstrues. Le travail sur l’essence est lié à ce qu’on appelle le « champ de cinabre inférieur », c’est-à-dire la partie située sous l’ombilic, incluant le système génito-urinaire et, chez la femme, les seins. L’objectif est de transmuter le Jing en Qi, c’est-à-dire l’essence en souffle ( ce faisant, on va passer d’un état liquide à un état un peu plus gazeux, plus subtil, moins lourd), puis le Qi en Shen, qui est la force psychologique et spirituelle, l’énergie subtile liée à la tête.
N.C : Comment se traduit la sublimation de l’essence chez l’homme et chez fa femme ?
C.D : Chez l’homme, on va transformer l’essence en souffle en essayant de ne pas perdre le sperme – la rétention est plus conçue comme une maîtrise de l’ écoulement qu’un arrêt total. Chez la femme, c’est l’écoulement des règles qui sera maîtrisé. De toute façon, la rétention n’est pas un but en soi. Il s’agit de repères pour aider l’adepte dans sa pratique. Ce qui compte, c’est l’état d’esprit. Lorsque l’ homme ou la femme ne se laissent pas emporter par l’aspect extérieur et sensoriel de la sexualité, mais sont au contraire dans un état de non agir et de calme, alors les choses deviennent plus subtiles. C’est certainement de cette violence charnelle, avec laquelle nous avons l ’habitude de sentir les choses, que nous avons le plus de mal à nous détacher. Dans les textes d’alchimie intérieure, au départ, il faut travailler sur le feu ordinaire, qui est celui des passions, pour le maîtriser par la fraîcheur de l’eau qui coule, produite par l’apaisement du cœur. Il s’agit de maîtriser la relation entre le cœur et les reins, entre l’état de conscience et l’ énergie sexuelle. Il faut parvenir à garder cette pureté, ce calme de l’esprit où l’on ne cherche rien mais où, simplement, on observe comme on regarderait un beau paysage, sans intervenir dans ce qui se passe.
N.C : Un état d’harmonie absolument vide de pensées ?
C.D : Oui. L’une des raisons pour lesquelles la sexualité est un champ de travail privilégié, c’est que naturellement, lors de l’acte sexuel, les pensées ont tendance à s’estomper et deviennent moins tumul- tueuses. C’est donc un état privilégié pour la sublimation.
N.C : Et après cette dernière transformation, après que l’essence a été sublimée en Yin ou en Yang purs, quelles sont les autres étapes jusqu’au retour dans la vacuité ?
C.D : Pendant la sublimation de l’essence, il y a eu conception d’un embryon de lumière, appelé embryon d’immortalité. Le cours normal ayant été inversé, l’énergie sexuelle, au lieu de donner un être à l’ extérieur va donner un être à l’intérieur. Cet embryon d’immortalité va être nourri au niveau du cœur et de la poitrine et va se développer pendant neuf mois symboliques. Après cette période, il est transféré dans le champ de cinabre supérieur, situé au niveau de la tête. Une fois accompli, il va pouvoir naître, ce qui se traduit d’une manière concrète par la possibilité de dé- passer les limites de son corps de chair pour être identifié à la nature et se trouver partout et nulle part. A ce stade-là, les textes donnent très peu de descriptions car il s’agit d’un niveau beaucoup plus spirituel, proche de ce qu’on appelle la vacuité, c’est-à-dire un espace dans lequel peuvent se dérouler tous les phénomènes de la vie d’une manière tout à fait libre. On a alors formé une personne détachée du corps, une personne de luminosité pure. On parle de corps d’arc-en-ciel…”
Au bord de l’autoroute céleste
Inutile de préciser qu’à ce « stade », le gueux ne dit plus rien depuis longtemps.
Il écoute, bouche ouverte, l’époustouflant récit de ses propres potentialités, et contemple, ahuri, l’autoroute intérieure qui se perd dans le ciel. L’autoroute au bord duquel tous les très grands mystiques ont fait du stop un jour, Ibn Arabi, Hallaj, Thérèse d’Avila…
Ici, tout semble devenu possible et le gueux s’interroge gravement sur la sexualité de Jésus-Christ, c’est-à-dire de l ’Homme accompli – mystère apparemment insondable, qui hypnotisa toute une civilisation… Le gueux serait menacé de perdition si, par chance, de nouveaux interlocuteurs ne surgissaient inopinément sur une bretelle de l’autoroute céleste. Interlocuteurs simples, clairs et drôles. Pierre Feuga, par exemple, professeur de yoga et de tai-chi, qui multiplie les conseils de grand frère à l’adresse, précisé-ment, du gueux ( et de toute la plèbe où celui-ci zone), notamment dans un joli petit ouvrage intitulé Chemin des flammes 6, où il raconte avec pas mal d’humour quarante années de quête acharnée de l’absolu, notamment par la voie tantrique.
“On me demande souvent, s’amuse Feuga, par où commencer ? (la pratique tantrique).
Je suis tenté de répondre : “Par n’importe quoi.” Rien ne fait obstacle, sinon le manque de détermination. Chacun doit partir du lieu où, pour lui, est ramassée la plus grande intensité d’énergie. Si ton problème est la peur, pars de ta peur ; si ta passion est les femmes, ou les hommes, travaille sur cette passion ; Si tu es jaloux ou coléreux ou haineux, pénètre ta jalousie, ta colère ou ta haine jusqu’à la pulvériser. Ne cherche pas à remplacer le mal par le bien. Surtout ne fuis pas ce qui surgit en toi, n’imite personne, ne t’accroche à aucun modèle ni aucun idéal. Ne remplace pas davantage la moralité par l’immoralité ou l’amoralité. N’imagine pas qu’en te jetant soudain dans la débauche ou en te droguant ou en braquant ton banquier, tu vas devenir tantrique. Comprends une fois pour toute que là n’est pas la question.
- Qu’est-ce qui compte alors ?
- Ce n’est pas en remplaçant un mode de vie par un autre, en troquant l’ordre pour le désordre, qu’on atteint l’Éveil. C’est l’Éveil qui, une fois atteint ou seulement pressenti, commencera à transformer, sans effort de ta part, l’ensemble de ton existence. Mais pour cela, aie un peu d’audace. Ne me parle pas de ce que tu aurais voulu être mais de ce que tu veux, là, maintenant.
“Rien n’est plus important que de faire émerger le désir profond d’un être et rien n’est plus dangereux. Lorsque quelqu’un peut reconnaître, sinon nommer, ce qu’il cherche au plus intime, il est aux trois quarts libérés. Mais c’est le dernier quart qui est difficile et distingue le tantra de la psychanalyse. Le monstre une fois découvert, il ne s’agit pas simplement d’accepter de vivre en paix avec lui en lui donnant sa ration de nourriture.
Il faut apprendre à le chevaucher pour s’envoler dans les étoiles.
” Mais quid de l’aspect sexuel du tantra ?
“La conscience qu’il existe un « mystère » dans le sexe serait plutôt une qualification positive pour le tantra, sinon la marque d’une vocation.
“Cette puissance obscure, rebelle à l’explication, qui aimante un être vers un autre ou vers plusieurs autres, qui bouleverse sa morale, détruit sa vie familiale et sociale, lui fait parfois risquer sa « vie » tout court ; cette puissance est celle-là même que cherche à éveiller, posséder, absorber l’adepte tantrique. C’est la Shakti, la Déesse, l’Oblique, la Lovée, la Blanche, la Fauve, la Souveraine, la Sauvage, la Nue, la Furieuse, la Sombre, la Terrible, la Violente, la Bénéfique, l’Abeille, la Mère du monde, la Plus jeune, Celle qui fait pleurer, selon les innombrables noms que lui a donnés l’Inde. Si l’on n’est pas émerveillé par Elle, si l’on ne tremble pas en entendant son souffle, en devinant son pas, si l’on n’est pas enivré par le tintement de ses bijoux et des parfums de sa chevelure, inutile de se lancer dans cette voie.” “Le tantra n’est pas un jeu cérébral, poursuit Pierre Feuga, une espèce de théologie charnelle pour intellectuels fatigués. Il part du cœur, illumine le cœur et c’est ce que l’on méconnaît souvent. Là est même, à mon sens, son principal ésotérisme. Les techniques sur lesquelles on insiste tant, que l’on recherche avidement auprès d’un livre ou d’un gourou, ces trucs plus ou moins magiques, on peut toujours se les approprier, voire les voler. Mais les mystères du cœur resteront, quant à eux, toujours impénétrables aux indignes. Leur meilleure protection, d’ailleurs, vient de leur transparence. Mis en leur présence, le curieux hausse les épaules et s’exclame : « Ah, ce n’était que cela ! » Il ne saura en revanche où donner de la tête et du portefeuille pour obtenir d’un charlatan l’art de faire monter au septième ciel quatre vierges en même temps sans perdre une seule goutte de son inestimable semence.
L’ésotérisme du cœur
Dans un style aussi revigorant et drôle, les pieds profondément ancrés dans la vie quotidienne et le cœur débordant d’amour, Lee Lozowick, le » gourou rocker », l’Américain hilarant formé à l’école des « Pous de Dieu » du Bengale (les Bauls), a publié L’alchimie du réel, dont un fort chapitre s’intitule « L’homme et la femme : le tantra, la sexualité, la relations et l’amour. » A lire absolument. (Éditions du Relié)
Comme Pierre Feuga, Lee Lozowick – même s’il accepte de décrire certains détails de l’alchimie intérieure – nous ramène au monde ordinaire. S’engager dans une sexualité tantrique n’aurait aucun sens pour quelqu’un qui serait encore prisonnier de ses névroses – ce qui, d’emblée, semble éliminer une énorme quantité de candidats. Quant au partenaire tantrique idéal, pas d’excitation : les partouzes hindoues lui semblent un idéal à peu près inaccessible à l’Occidental actuel ; le seul partenaire envisageable est tout bonnement l’époux, ou l’épouse, surtout après plusieurs années de vie commune fidèle ! Et même là, le rocker cosmique se montre assez sévère : l’homme et la femme qui ne s’entendent pas à merveille et continuent à se chamailler, même pour des broutilles, n’ont pas, selon lui, grande chance d ’ accéder à une quelconque transformation tantrique. Qu’ils commencent d’abord par travailler leur relation quotidienne. De même, prévient Lozowick, inutile de se lancer dans une sexualité régénératrice si, par ailleurs, votre vie est décousue, malsaine ou dégradante.
“La sexualité, ose lancer le maître rocker, devrait prendre place dans le cadre d’une relation entre deux personnes en tant qu’expression de la plénitude de leurs deux vies fondues en Dieu.”
Bref. Ayant bien écouté, le gueux est finalement rentré rejoindre sa femme et ses enfants, étonné d’avoir appris qu’il pratiquait un tantrisme sauvage, une sorte de karma-tantra : la vie ordinaire, vécue à pleins poumons.
Post-scriptum : dans un numéro de Question de, je trouve ce commentaire lapidaire d’adolescents du Languedoc- Roussillon, fondateurs d’une surprenante École de la Vie et de l’Amour (EV A) : “Finalement, la société d’aujourd’hui, c’est la société des B : Bouffer, Boire, Bronzer et Baiser. A l’École de la Vie et de l’Amour, ce que nous voulons construire, c’est la société des A : Apprendre, Agir, Aider et Aimer. ” Leur ami, le docteur Henri Joyeux, qui se consacre à la prévention du cancer et du sida, ajoute : “Pour ces jeunes de quinze ans les choses sont claires : la sexualité part du cœur et y revient ; elle exprime la relation à l’autre comme autre, irréductible à soi-même. Sexualité et spiritualité sont liées. Pas de sexualité sans engagement du « jardin intérieur » ; pas de « jardin intérieur » florissant sans sexualité harmonieusement assumée.” (Question de n° 92 : Être à deux)
source : http://www.cles.com/dossiers-thematiques/
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