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Insatisfaction, matérialisme et addiction : un conte de Noël moderne

// février 21st, 2012 // No Comments » // Insatisfaction, matérialisme et addiction

Rien de mieux qu’un conte pour cette période de fêtes de fin d’année. Nous avons donc choisi de remettre en avant une histoire proposée par David voilà plusieurs mois. Cette histoire, inspirée d’une lecture de André Comte-Sponville avait éveillé en lui des réflexions qui sont plus que jamais d’actualité aujourd’hui encore.

Histoire de l’enfant de Noël

« Tous les enfants sont différents, mais il y en a beaucoup dans nos pays riches, qui dès le début du mois de novembre, pour ne pas dire dès la fin du mois d’octobre, choisissent dans tel ou tel catalogue de vente par correspondance, ou à la vitrine de tel ou tel magasin, le jouet qu’ils vont demander pour Noël. Ils le désirent tellement, ce jouet leur manque tellement, qu’il est exclu qu’ils soient heureux un instant d’ici Noël.

On est à la fin du mois d’octobre : le bonheur est différé pour deux mois. Par chance, les enfants oublient de temps en temps que ce jouet leur manque ; il leur arrive donc, parfois, d’être heureux par inadvertance. Mais dès qu’ils y pensent, ce n’est plus possible : il leur manque trop !

Ils se disent : ” Qu’est-ce que je serais heureux si je l’avais, ou quand je l’aurai !

Or ils ne l’ont pas, et donc ils ne sont pas heureux. Ils sont séparés du bonheur par son attente.

Arrive le matin de Noël… Quand tout va bien, lorsque les parents ont pu acheter le cadeau, lorsque le papa arrive à le monter, quand la notice est intelligible, quand on a pensé à acheter les piles, etc., le matin de Noël fait partie des moments qui sont plutôt faciles à vivre. Quoique… Mais bon, disons qu’il y a pire et l’on ne va pas tarder à s’en rendre compte.

C’est qu’après le matin de Noël, inévitablement, il y a l’après midi de Noël. Et là, quelque chose commence obscurément à se corrompre, à s’assombrir, à se gâter… L’enfant devient un peu plus nerveux, grognon, bougon, comme mécontent.

Les parents s’énervent à leur tour : ” Qu’est-ce qu’il y a ? Tu n’es pas content ? Ce n’est pas ce que tu voulais ?

Le gamin répond : ” Si, c’est exactement ce que je voulais… ”

Alors quoi ?

Comme il n’a pas lu Platon, il ne peut pas vraiment vous répondre. Mais s’il l’avait lu, il vous dirait : ” Ce que je suis en train de comprendre, tu vois, c’est qu’il est très facile de désirer le jouet que l’on n’a pas, celui qui nous manque, et de se dire que l’on serait heureux si on l’avait… Mais qu’il est bien plus difficile de désirer le jouet qu’on a, celui qui ne manque plus !

Au fond, c’est ce qu’explique Platon : le désir est manque. Ce jouet que tu m’as donné ne me manque plus, puisque je l’ai, et donc je ne le désire plus… Comment serais-je heureux ? Je n’ai pas ce que je désire, mais simplement ce que je désirais… ”

Comme il n’a pas lu Platon et comme il est gentil, il se contente de jouer comme il peut, pour vous faire plaisir, il fait semblant d’être heureux…

L’après-midi se passe, puis le dîner…

Les enfants vont se coucher et, lorsque vous allez faire les câlins d’usage, le gamin vous demande : “ Dis, papa, c’est quand Noël ?

Le père est un peu désarçonné : ” Attends, tu me fais peur… Noël, c’était aujourd’hui !

Oui, je sais, répond le gamin, mais je veux dire… le Noël prochain ?

Extrait de “Le Bonheur, désespérément” de André Comte-Sponville

Sommes-nous des éternels insatisfaits ?

Je trouve cette histoire révélatrice de notre société d’aujourd’hui.

Ne ressemblons-nous pas à certains égards à cet enfant de Noël dans notre manière de consommer? Ne nous est-il pas arrivé comme cet enfant d’avoir eu ce sentiment de vide, une fois le désir réalisé et « consommé » ? Des “frustrés permanents”…

Sommes-nous restés des enfants en terme de consommation?

Consommateurs-enfants ?

Il y a quelques années de cela, lors d’une conférence en vente à distance, Anne-Sophie et moi posions la question à un professionnel de la vente à distance: « D’après ce que vous dites, il ne semble pas possible de vendre par correspondance autrement qu’avec un cadeau? Est-ce le cas? ».

Ce dernier nous répliquait qu’en France, le consommateur achetait avec du cadeau (de la réduc ou autres) mais qu’il connaissait d’autres pays où les consommateurs étaient plus « matures » et donc que l’impact d’un cadeau/d’une réduction n’avait aucune ou peu d’incidence sur les ventes.

Alors, en France, somme- nous des consommateurs-enfants? Ou des consommateurs « raisonnées »? Mes actes d’achat sont-ils guidés par mes pulsions du désir ou de la raison?

De l’insatisfaction à l’addiction, il n’y a qu’un pas

Parfois, pour certaines personnes, ce sentiment d’insatisfaction répété (et permanent à terme) se transforme en addiction: accros du shopping, qui ont besoin de renouveler leurs garde-robes sans cesse, les technophiles, qui se doivent d’avoir les dernières nouveautés technologiques, accros aux produits sucrés et salés, voire pour certains des accros du sexe, du tabac, de l’alcool, de la nourriture, à l’information voir même le travail.

On parle d’addiction quand on ne peut plus se passer d’un produit ou d’un comportement, malgré leur effet gravement délétère sur sa santé ou sa vie sociale.

Serions nous collectivement des accros à un mode de vie, “malgré les effets gravement délétères sur notre santé ou notre vie sociale … et notre environnement”.

Le matérialisme, fuite en avant?

Dans une étude de 2005 sur le matérialisme, la satisfaction et le bien-être, une association de psychologues américains évoque l’exemple d’un homme qui souhaitait désespérément acquérir une piscine afin de pouvoir améliorer sa relation avec sa fille de 13 ans…

Conclusion

Le bonheur consiste-t-il à faire tout ce qui nous fait plaisir ou plaisir aux autres (notamment plaisirs matériels) ?

La surconsommation, le matérialisme, une fuite en avant? Le symptôme d’une société malade? Cela pose la question centrale du bonheur. Quelle définition ai-je du bonheur? Qu’est ce que mon bonheur? Se résume t-il au « bonheur matériel » ? Est-ce que la richesse apporte du bonheur? L’éternelle question philosophique: l’argent fait-il le bonheur?

Voilà de quoi se lancer dans une quête personnelle, spirituelle et/ou philosophique?

Et vous, êtes-vous heureux? Votre bonheur, c’est quoi? Que vous inspire cette histoire de l’enfant de Noël?

Quelques citations sur le bonheur

“Il est bien vrai que nous devons penser au bonheur d’autrui ; mais on ne dit pas assez que ce que nous pouvons faire de mieux pour ceux qui nous aiment, c’est encore d’être heureux”. (Alain)

“Le plus grand secret pour le bonheur, c’est d’être bien avec soi”. (Bernard Fontenelle)

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