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Pierre Rabhi

// octobre 7th, 2010 // No Comments » // Pierre Rabhi

Agriculteur, écrivain et penseur français d’origine algérienne, Pierre Rabhi est l’un des pionniers de l’agriculture écologique. Très tôt confronté à la problématique de l’agriculture intensive et convaincu des impacts de cette pratique sur les écosystèmes, il décide, dans les années soixante, de développer avec sa femme un système expérimental d’agriculture écologique en Ardèche. colibris, philosophe, agriculture biologique

Depuis 1981, il transmet son savoir-faire partout dans le monde pour redonner une autonomie alimentaire aux plus démunis et les former à la sauvegarde de leur patrimoine nourricier. En 1985, il crée le premier centre de formation à l’agroécologie au Burkina Faso, en partenariat avec le Point Mulhouse et avec le soutien du président Sankara (aujourd’hui, plus de 90 000 paysans burkinabés pratiquent la technique qu’il enseigne).

Il a initié le CIEPAD (Carrefour International d’Echanges et de Pratiques Appliquées au Développement) en collaboration avec le Conseil Général de l’Hérault et l’a présidé jusqu’en 1998. Chevalier de l’Ordre National de la Légion d’Honneur, il est reconnu comme expert international pour la sécurité alimentaire. Il a participé à l’élaboration de la Convention des Nations Unies pour la lutte contre la désertification.
Il dirige aujourd’hui l’association Terre et Humanisme et le mouvement Colibris (qui est co-producteur du film) qui a pour vocation d’encourager, valoriser, relier les solutions qui créent un autre futur.

Il a participé à la création de plusieurs autres associations comme les Amanins, les Amis de Solans ou les Oasis en tous lieux.

Désireux de partager son expérience, il donne de nombreuses conférences dans le cadre de l’association Colibris et a publié de nombreux ouvrages dont «L’Offrande au crépuscule», primé par le Ministère de l’Agriculture français, «Graine de possibles» avec Nicolas Hulot, «La part du colibri, Manifeste pour la Terre et l’Humanisme» (Actes Sud). Son nouveau livre «La sobriété heureuse» sera disponible en avril 2010 aux éditions Actes Sud.

Qu’est ce que vivre par Pierre Rabhi ?

Il ne faut pas s’accrocher aux alternatives en se disant qu’elles vont changer la société. La société changera quand la morale et l’éthique investiront notre réflexion. Chacun doit travailler en profondeur pour parvenir à un certain niveau de responsabilité et de conscience et surtout à cette dimension sacrée qui nous fait regarder la vie comme un don magnifique à préserver. Il s’agit d’un état d’une nature simple : J’appartiens au mystère de la vie et rien ne me sépare de rien. Je suis relié, conscient et heureux de l’être.

L’éducation :

Peut-on changer de société sans changer d’éducation ? Jamais cette question ne s’est posée d’une façon aussi cruciale et décisive qu’aujourd’hui. Cruciale parce qu’elle est sous-tendue par la souffrance de nombreux jeunes en désarroi face à un avenir sans visage. Décisive parce qu’une réponse erronée dans la complexité et les mutations rapides de notre époque aurait des conséquences quasi irrattrapables.

Réflexion sur le développement…

Le développement est le maître mot de la modernité. Dans les pays dits « en développement », il est de tous les sigles, il justifie l’organisation de groupes, d’associations, d’ONG. Il est présent dans la coopération, bilatérale (entre les états) ou décentralisée, par exemple entre un département, une région française et une région administrative d’un pays partenaire en développement. Depuis quelques années, nous avons une classification nouvelle du niveau de développement des pays tiers. On les dit « émergents » lorsque leur essor économique se rapproche des pays industrialisés, « en développement » quand leur dynamique laisse espérer un essor, ou encore « sous-développés » lorsque leur niveau économique est considéré comme très faible – l’indice d’évaluation du niveau de prospérité des nations étant exprimé par le PNB.

Aujourd’hui, chacun de nous peut constater objectivement que les tentatives pour hausser le niveau de prospérité et de bien-être équitablement partagé des nations sont en échec. Seul le G7 fait exception, et encore faut-il n’être pas dupe des iniquités et des aliénations qui le minent de l’intérieur. Etre citoyen d’une nation prospère ne garantit pas la prospérité de chacun ! L’idéologie du progrès et du développement a considérablement aggravé les disparités entre les humains. Les mécanismes qui sous-tendent la logique du modèle en vigueur ont permis à une catégorie très restreinte d’êtres humains d’accaparer toujours plus de ressources au détriment d’une masse de plus en plus considérable à qui ces ressources sont confisquées. Comment, par exemple, expliquer que huit êtres humains aient pu détenir des richesses équivalant à celles de quarante états ?

Le concept de développement tel qu’il est intégré dans la pensée collective semble avoir été inspiré par l’avènement de l’industrialisation. Le PNB, seul critère d’évaluation, ne peut être envisagé que par rapport au capital financier. Ce parti pris a occulté tous les biens, activités ou efforts non valorisables selon ce critère. Cependant, aucune société ne pourrait exister sans un substrat d’activité « gratuite ». Si cela n’avait été le cas, il y a belle lurette que plus aucune collectivité humaine ne serait debout. Le tiers-monde, fortement atteint dans ses fondements par la monétarisation de l’économie et ses mécanismes, doit encore sa survie à ses pratiques vernaculaires. Il en va de même de toute société, même des pays dits développés.

En réalité, nous sommes dans une tragique méprise : le développement est un fait millénaire qui a pris naissance dès que l’être humain a pu tirer parti des ressources que la nature offrait à sa créativité pour améliorer sa propre condition. Le développement humain est par définition multiforme. Il concerne en tout premier lieu la survie biologique, mais aussi l’éveil de l’intelligence, la connaissance, l’acquisition de savoirs, tout ce qui a trait à la métaphysique, la symbolique, l’affectif, l’esthétique…etc. Si on admet cette conception du développement, on peut dire que tous les peuples ont su se développer. Ils se sont adaptés à toutes les latitudes et conditions, même les plus extrêmes. Ils ont traversé les siècles jusqu’aux rivages de la modernité. Pour beaucoup, ces rivages ont été parsemés d’écueils sur lesquels leurs nefs séculaires se sont fracassées. Le nombre des peuples naufragés ne cesse de s’accroître. Même ceux qui croyaient avoir saisi les rampes d’un grand essor moderne n’ont entre les mains qu’une tragique déconvenue, d’autant plus difficile à surmonter qu’elle s’accompagne de grandes ruptures avec la nature, seule garante de la survie. Et sous le paravent de la belle démocratie elle-même se poursuivent les pires exactions contre l’humain.

Avec la Renaissance et les « bricoleurs géniaux », l’ère du perfectionnement mécanique prend son essor, jusqu’à la combinaison de la mécanique et de l’énergie combustible qui aboutit à la thermodynamique. Cette innovation constitue un événement d’une amplitude considérable car il nous fait passer du cheval animal, avec ses limites, au cheval-vapeur qui brise ces limites pour nous permettre de démultiplier, à discrétion et selon les perfectionnements technologiques, la puissance entre nos mains. Pour la première fois, la matière inanimée peut se mouvoir et c’est l’automobile, le train, et jusqu’à ce vieux rêve d’Icare sans cesse ajourné qui enfin se réalise. Les prouesses se multiplient dans de nombreux domaines d’application. L’homme devient démiurge. La science et la technique promettent à l’humanité un progrès sans précédent et la résolution de la quasi-totalité de ses problèmes. Le « miracle » industriel s’impose grâce à la conjonction de la maîtrise de la technique, de l’épargne financière européenne, de la force de travail de populations rurales défavorisées pour les tâches subalternes (prolétariat), des ressources presque illimitées des empires coloniaux. La coalition du feu et de l’acier a, comme on sait, servi également à instrumentaliser la violence, comme en témoignent les deux guerres mondiales, celles qui ont suivi et qui se poursuivent.

Nous sommes cependant de plus en plus nombreux à nous rejoindre et à conjuguer nos efforts et nos imaginations pour construire avec les forces considérables de la vie et non contre elles.