Archive for Keny Arkana

Keny Arkana, l’utopiste du rap

// juillet 2nd, 2011 // No Comments » // Keny Arkana

esquisse 2

Son franc-parler en bandoulière, la rappeuse marseillaise remet le pied à l’étrier avec L’Esquisse 2. Objectif 2012 pour Keny Arkana avec la sortie d’un nouvel album qui s’annonce orageux.

Buenos Dias, le premier titre de L’Esquisse 2,commence par « Quoi de neuf depuis la dernière fois? ». On vous retourne la question: Quoi de neuf depuisL’Esquisse, sortie en 2005? Qu’est-ce qui a changé pour vous?

J’ai fait des disques, des tournées. J’ai constaté que mon message résonnait chez certaines personnes. J’avais rapidement enchaînéL’EsquisseEntre ciment et belle étoile et Désobéissance civile. J’avais besoin de faire un break. L’Equisse 2, c’est quelque chose d’assez instinctif, qui permet de revenir tranquillement, sans que cela soit très lourd au niveau de la promotion et des concerts.

 

Où étiez-vous passé pendant tout ce temps?

J’ai voyagé en Amérique du Sud. J’ai suivi des projets en France. Trois ans, ça passe vite. Même si on ne m’a pas entendu j’ai continué à écrire des textes, à faire des morceaux.

 

Vous êtes toujours en colère ?

J’ai grandi depuis L’Esquisse. Ma réflexion s’est affinée. Elle est moins brute. La rage est toujours présente, mais elle part moins dans tous les sens. Peut-être qu’il y a plus de spiritualité en moi qu’à l’époque, moins de destruction. Quand j’ai commencé, j’abordais des sujets rarement exprimés dans la musique en France. Je ne savais pas trop si les gens allaient me comprendre. C’était une prise de risque pour moi de me livrer autant.

 

Quels genres d’initiatives menez-vous ?

Je suis pour une réappropriation de la terre. Je pense qu’il faut recréer une autonomie alimentaire. La menace de demain c’est la main mise des graines par des sociétés comme Monsanto. Il est important de se réapproprier l’espace, de pouvoir créer des villages qui nous ressemblent, avec des habitats alternatifs. Il faut pouvoir établir des microsociétés qui fonctionnent comme elles en ont envie et qui peuvent s’organiser en réseaux. En Amérique du Sud, j’ai vu des jeunes qui mettaient en commun leurs économies pour pouvoir s’acheter un terrain et vivre de manière autonome, simplement.

Quelles sont les personnalités qui vous inspirent?

Pierre Rabhi et les nouvelles manières de cultiver. Il pourrait faire pousser du riz sur la banquise.

 

Et sur le plan politique, à qui pourriez-vous vous rallier?

Le seul en qui je peux me reconnaître, c’est Evo Morales, le président de la Bolivie qui a créé la déclaration des droits de la Terre Mère. En France, il n’y a pas grand monde.

 

Dans le dernier morceau de L’Esquisse 2, Odyssée d’une incomprise, vous dîtes que « la connaissance est une arme ». Comment nourrissez-vous vos connaissances ?

J’ai plus appris à travers les voyages et les rencontres que dans les livres. Je crois que le premier livre que j’ai lu c’était en 2008! Plus jeune, je voulais apprendre à « être ». A l’école on nous apprend seulement à « avoir », avoir des bonnes notes, avoir un travail… On nous empêche de penser par nous même. Mes meilleurs enseignants, ce sont mes erreurs.

Vous êtes parti en tournée avec Manu Chao, qui participe à un titre sur L’Esquisse 2. Qu’avez-vous appris à ses côtés ?

J’ai appris avec lui que l’on pouvait garder la passion même après trente ans passés dans l’industrie musicale. Combien ne font plus ce métier que pour gagner de l’argent ? Lui, il vibre toujours, joue pendant trois heures, parle avec les gens.

 

Quel regard portez-vous sur le Printemps arabe, le mouvement des jeunes Espagnols en Espagne ?

Il n’y a pas d’avenir. Ni social, ni écologique, ni politique, ni humain. Au bout d’un moment on fait quoi? On subit? On se voile la face? C’est vrai que c’est facile de se voiler la face, il y a des écrans et des néons partout. Mais la réalité du monde, ce n’est pas ça. La réalité, c’est que la planète est en train de crever et qu’on a de moins en moins de liberté. Qui sème la frustration récolte l’ouragan. Est-ce que cela peut arriver en France ? Le problème c’est qu’on est très divisé. Ici, on a plus un potentiel pour la guerre civile que pour la révolution. Le pays est traversé par des fractures. Les étudiants, les mecs des quartiers, les sans papiers forment des mouvements qui ne se rejoignent pas.

 

Le ton de vos chansons est souvent dur. Qu’est ce qui vous fait rire et sourire dans la vie ?

Je suis ému par les actes de solidarité. Franchement, l’humain il est beau, il a un potentiel de fou. La vie, elle est belle.

 

Dans un morceau présent sur ce dernier projet tu en parles justement de cette volonté de vivre, A la vibe & Mektoub. Qu’est ce que tu entends par mentalité mektoub ?

C’est un peut ça en fait. Tous les endroits où je peux être, aussi bien le quartier que Mexico où Je sais pas où.

 

Comment ils le vivent ça tes proches, le fait que tu sois injoignable la plupart du temps ?

Ils savent que s’ils veulent me joindre, il faut qu’ils passent par l’un de mes collègues. Je sais que ce n’est pas toujours simple. Mais quand tu as un téléphone et que tu n’es pas joignable, les gens deviennent vite paranos. Je suis comme ça, mentalité mektoub.

 

Tu délivres beaucoup de messages pourtant tu refuses de rentrer dans la sphère des médias. Comment penses-tu pouvoir délivrer un message à un grand nombre si tu ne passes pas par cette étape?


Les médias, la télé etc… ce n’est pas toujours bon. Tu peux avoir un morceau très fort demain s’il passe en boucle sur les médias, il perdra automatiquement de sa puissance. Je suis peut-être un peu Old School dans ma tête je préfère faire parler la musique parce que c’est la musique le plus important. Aujourd’hui c’est beaucoup le paraitre, les gens vont kiffer un artiste pour le paraitre, c’est tout un pack même s’il ne savait pas rapper et que sa musique c’est de la merde les gens vont quand même kiffer. Avant on ne connaissait même pas la tête qu’avaient les rappeurs, on s’en foutait, ça rappait ou ça rappait pas on en avait rien à foutre de savoir comment le gars était. Moi je suis un peu à l’ancienne, je préfère que Ma musique soit plus connue que ma tête. J’ai confiance aux bouches à oreilles. Si Ma musique est « utile » les gens la feront tourner quoi qu’il arrive. J’ai toujours eu une vision de la musique « thérapeutique », quand j’étais petite j’étais toujours en fugue, ça m’a vachement apporté, des fois ça m’a freiné quand je voulais faire des grosses conneries ou que j’avais la haine. Après le rap de l’époque c’est pas le même que le rap d’aujourd’hui, le rap de l’époque les MC’s étaient plus jeunes mais ils disaient des vraies choses je me dit « putain heureusement je suis pas ado aujourd’hui avec le rap actuel » Moi j’étais une paumée et le rap ça m’a aidé Tu vois, donc maintenant que je suis de l’autre côté de la barrière, j’aimerais que Mon rap puisse aider lui aussi, « rende service » amener les gens un peu plus vers le haut.  Ça sera ça ma satisfaction et comme je suis partie sur cette optique à la base je me suis dit que je ne vais pas matraquer les gens pour que d’un coup ils aiment et ils achètent. Je veux que le disque soit dans les bacs, qu’il tourne sur internet qu’il tourne là où ça doit tourner et où les gens veulent bien le faire tourner.

Et ça a marché puisque la 1ère semaine tu as déjà vendu 6000 albums. Les gens avaient visiblement envie d’écouter ton message. Sans aucune promo c’est énorme.

Oui ça fait plaisir de voir qu’après quelques années de silence les gens soient resté, mine de rien ça fait 3 années de silence, même le site internet n’était pas mis à jour. Ça m’a touché que les gens soient toujours là.

Ça t’a étonné ce score, ou tu t’y attendais ?

Je ne sais pas trop si c’est bien ou pas bien, je suis un peu loin de tout ça. J’ai eu les échos des gens que j’ai eu l’occasion de croiser et ils m’ont dit que le projet leur avait plu. Après, peu être qu’ils n’osent pas me dire que ça ne leur plait pas. Moi ce que je me dis c’est que 6000 personnes sont sorties de chez eux pour aller acheter le disque. Ça fait du monde, ça fait plaisir. Puis si 6000 personnes l’ont acheté peu être que 30 000 – 40 000 personnes l’ont écouté.

 

Tu en parles justement dans Odyssée d’une incomprise, tu dis « j’ai eu peur de me trahir quand j’ai vu arriver la gloire »

Au début, je ne savais pas comment je réagirai avec l’argent, la gloire etc. On peut être intègre avec plein de bonnes idées puis les oublier au bout d’un moment… Nous ne sommes que des êtres humains, on peut « vriller ».

 

Ça t’a fait peur le succès, les disques d’or, l’argent, la gloire ? C’est pour ça que tu t’es mise en retrait ?

Je crois que tout est lié. J’avais besoin de prendre du recul par rapport à tout ça. Et quand ça a marché à l’époque de « Entre ciment et belle étoile » je me suis posé la question, est-ce que moi aussi je ne vais pas me faire manger ?

En écoutant un de tes anciens morceaux, Jeunesse d’occident (Esquisse1) on se sent plonger dans l’actualité avec les différentes révolutions et bouleversements du monde arabe. Qu’en penses-tu aujourd’hui ?

C’est dans l’air du temps. On a détruit la planète et l’humanité en 60 ans. Certains ont envie de se voiler la face mais la vérité c’est que ça n’a pas finis d’exploser. Si ce ne sont pas les peuples qui le feront, c’est la planète elle même qui va lâcher. Personnellement, j’ai du mal à imaginer encore deux générations après la mienne si il n’y a pas de changement. La situation est tendue, cette période plus que toutes les autres. Les hommes vont se révolter dans le monde entier. Il y a eu le Monde arabe, la Grèce, l’Espagne… Mais il y a aussi beaucoup d’autres pays où ça explose mais sur lesquels les médias ne communiquent pas, comme pour l’Iran actuellement.

Tu en parles dans « Une décennie d’un siècle ». Tu dis que les choses ont changé en si peu de temps, que tout va trop vite.

Depuis le 11 septembre beaucoup de choses ont changé. En 10 ans on a assisté au changement d’un siècle avec Internet, les portables etc. Il ya désormais un communautarisme mondial et une islamophobie forte. C’est le retour des croisades.

Dans ce morceau (Une décennie d’un siècle), on sent que ce dont tu parles est bien réel. Comme pour l’affaire DSK : un jour il est l’un des hommes les plus puissants, le lendemain il n’est plus personne.

Tout va vite. C’est aussi le côté spectacle, Politique hollywoodienne. Il n’existe plus de Politique maintenant, il n’y a que du business. La Politique à la base c’est la manière qu’on a de s’organiser ensemble. Seul l’être humain pourra réparer ses erreurs. On peut se voiler la face mais il arrive un moment où ça va nous claquer entres les doigts. C’est sûr que les peuples vont commencer de plus en plus à se réveiller, à résister et se rebeller contre les gens d’en haut. Mais il faut aussi penser à reconstruire derrière pour ne pas faire les mêmes erreurs sinon ça ne sert à rien.

source :  http://www.booska-p.com et http://www.lexpress.fr/

 

keny arkana

Au Printemps de Bourges le 18 avril, la rappeuse marseillaise radicale Keny Arkana, prône la désobéissance civiledans son troisième album. A ceux qui taxent son discours d’utopiste, elle répond cash que l’illusion est dans le camp néolibéral et qu’elle “se considère plutôt comme une idéaliste réaliste”.

Du haut de ses vingt-quatre ans, cette jeune pasionaria à la silhouette gracile, qui dit veiller à se tenir à la bonne distance des dogmes, des croyances et des idéologies, taille sa route dans une rare indépendance d’esprit. Contre toute attente, Keny Arkana se revendique d’NTM plutôt que des rappeurs marseillais d’IAM. Cette indépendance et sa légitimité, elle les a acquises dans la rue, au cœur de la cité phocéenne, où elle a atterri pour fuir le cauchemar de la vie de foyer. A douze ans, Keny Arkana délaisse le collège et commence à rapper pour ses potes et pour dénoncer l’absurdité d’un système qu’“il faut niquer“.

Gandhi, Luther King et le sous-commandant Marcos pour mentors…la rage keny arkana

Avec “
La Rage”, son flow péchu et persuasif et ses lyrics affûtés forcent le respect de son auditoire, Keny Arkana envahit
la Toile à la vitesse de la lumière bien avant que son label, Because, ne s’intéresse à elle.

Depuis, sa volonté sincère de changer le monde en prônant la désobéissance civile, l’autogestion et l’auto-organisation, loin de s’émousser avec le temps et la reconnaissance, reste sans faille. Keny Arkana s’entête à marcher dans les pas de ceux qui ont dit “non” avant elle, tels le Mahatma Gandhi, Martin Luther King, le sous-commandant Marcos(qu’elle est allée rencontrer dans le Chiapas) et “tous les anonymes qui sont morts dans la lutte”, comme elle n’oublie jamais de le rappeler.

Pas étonnant que le sociologue Philippe Corcuff, en fin analyste de ses lyrics, ait écrit à son propos:

“La rhétorique de Keny Arkana est proche de celle du sous-commandant Marcos.”

Ses origines argentines héritées d’un père qu’elle ne connaît pas éclairent en partie le fait que son regard soit résolument tourné vers l’Amérique latine. L’engagement, la spiritualité et l’imaginaire de la rappeuse y ont trouvé leur source d’inspiration auprès des “piqueteros” argentins, des guérilleros et de la lutte zapatiste.

S’imposer dans l’univers masculin du rap hardcore

Keny Arkana occupe aujourd’hui une place à part au sein du hip hop français. Elle est, en effet, une des rares à s‘être imposée dans l’univers masculin de la scène rap et qui plus est dans celui du rap hardcore. De même que quand on parle avec cette contestataire altermondialiste, on réalise que la lutte dans laquelle elle s’inscrit n’est pas une vaine vue de l’esprit ni la rémanence d’une révolte adolescente, mais tout simplement sa raison d’être.

Alors que la plupart des rappeurs de sa génération se contentent (dans le meilleur des cas) de chanter la révolte, cette pasionaria, qui n’a de cesse de dénoncer un système prédateur pour l’homme et la planète, prône carrément la révolution. Et comme elle le martèle dans ce nouvel album, la désobéissance civile est selon elle le plus sûr chemin pour arriver au changement auquel elle croit “dur comme fer”.

Et si les jeunes et nombreux auditeurs de Skyrock (où, à son corps défendant, ses chansons passent en boucle) la vénèrent, Keny Arkana ne les caresse pas pour autant dans le sens du poil. Elle ne perd pas une occasion, en grande sœur soucieuse d’éveiller les consciences, de critiquer la radio qui a le mieux, selon elle, “neutralisé le rap en participant à sa récupération commerciale”. Pour elle, seul prime le message:

“Mon engagement est prioritaire. Je ne suis pas attachée au concret, ce qui m’importe c’est l’’être’ plus que l’’avoir’.”

Alors elle anticipe sur tout ce qui pourrait venir le brouiller ou le pervertir et refuse systématiquement “de participer à la société du spectacle”. Exception faite lors de la dernière cérémonie de remise du prix Constantin pour lequel elle était nommée et où elle a accepté de rapper devant la ministre de
la Culture, sur son très subversif “Nettoyage au Kärcher“, devant un public médusé… (Voir la vidéo)

 

 

Pas une rappeuse mais “une contestataire qui fait du rap“ Son nom est un pseudo et elle fuit les caméras et les micros comme la peste afin d’éviter toute récupération de son image et de son discours par les médias. Elle se fout de la notoriété et du vedettariat et ne manque jamais de rappeler qu’elle “n’est pas une rappeuse mais une contestataire qui fait du rap”.

Et elle le prouve depuis un an, en organisant en parallèle de ses concerts, à chaque nouvelle date, des appels aux sans-voix, pour “libérer la parole et créer des espaces de liberté et d’initiatives solidaire”. Au sein de ces assemblée populaires, elle retrouve notamment certains de ses fans qu’elle initie de fait à une forme de citoyenneté:

“Ça me permet aussi de mettre en pratique la démystification de la scène et de l’artiste.”  

source : rue 89

 

 

 

petit rappel :

Une personne mal-intentionnée a re-monté le clip de “La Rage” de Keny Arkana sur sa chanson “Nettoyage au Kärcher”, et ce faux a été  largement diffusé sur les sites et forums affiliés aux Font National, ainsi que le site officiel du Front National des alpes maritimes.

“COMMUNIQUE DE KENY ARKANA :”

J’ai appris avec horreur que le Front National a détourné le clip de “La Rage” et le morceau “Nettoyage au Karcher” à des fins électorales.

Défenseuse d’une révolution du bas et anti-institutionnelle, je tiens à rappeller que je ne soutiens aucun candidat, encore moins le Front National et tous les partisans du racisme de la xénophobie et de la haine.

Je ne reste pas indifférente à ce détournement perfide et scandaleux mais cela prouve encore une fois que le seul moyen de propagande du Front National reste le mensonge et la calomnie.

Le Combat Continue, Vive La Résistance !

par : Keny Arkana

 

L’ABC de la lutte selon la rappeuse Keny Arkana

// octobre 9th, 2010 // No Comments » // Keny Arkana

La rappeuse marseillaise Keny Arkana nous livre l’alpha et l’oméga de la lutte selon elle, dans un abécédaire au propos résolument engagé qui peut sérieusement énerver ou faire rêver à un “grand ” version XXIe siècle .




A comme Appel aux sans voix

Ça fait un peu plus d’un an que les forums Appel aux sans–voix existent. Je crois que le bilan est positif. C’était un travail de fond nécessaire pour ouvrir des espaces de parole qui permettent d’engendrer des initiatives concrètes. Car c’est bien d’être contre, de râler mais il faut aussi à un moment donné être dans la proposition et dans l’action. Ces forums sont un outil qu’on met à la disposition de tous ceux qui veulent essayer de s’organiser pour construire des alternatives en marge du système. Si ces initiatives ne se font pas récupérer localement par un parti, un syndicat ou autre, elles peuvent devenir un outil essentiel pour construire une politique qui parte de la base.

D comme Désobéissance civile

Pour moi, l’obéissance de chacun d’entre nous est la clé de voute du système qui détruit l’homme et la planète. La désobéissance est, a contrario, la clé de la révolution humaine à laquelle je crois dur comme fer. Il faut que nous nous décidions à construire nos propres outils de lutte pour qu’un vrai changement puisse se produire. Alors j’essaie d’exhorter ceux qui m’écoutent à arrêter d’attendre. Mais pour ça, il faut commencer par faire un retour sur soi parce que je reste persuadée que changer le monde commence par se changer soi-même.

F comme Forum social

Je trouve que ce n’est pas plus mal qu’il n’y ait pas eu de forum social mondial cette année. Ça a permis de faire émerger une forme d’autonomie locale qui encourage des initiatives d’intérêt collectif. En plus, ça permet à ceux qui ne peuvent pas se payer ce genre de voyage mais qui se sentent concernés d’y participer. À l’issue des deux derniers forums, à Bamako et Porto Alegre, où j’étais, je n’ai pas constaté l’émergence d’alternatives concrètes. Ceux qui ont les moyens de se faire plaisir viennent aux forums pour évacuer leurs frustrations et rentrent ensuite satisfaits chez eux. Si cet espace de liberté ne sert plus qu’à ça, moins il y en aura et mieux on se portera. Plus on sera frustrés, plus on cherchera de réelles alternatives à notre niveau pour rendre la vie plus supportable.

U comme Utopiste

Ce sont, selon moi, ceux qui veulent croire que le système actuel est tenable qui sont dans l’illusion, le dogme et l’utopie. Je pense avoir comme beaucoup d’entre nous la conscience aiguë de l’urgence dans laquelle nous sommes si on pense encore pouvoir sauver les hommes et cette planète. Car je sais aussi que j’appartiens à la dernière génération qui peut encore espérer inverser la tendance avant qu’il ne soit trop tard.

 

Depuis la sortie du ep Désobéissance, un monolithe rouge vif largué en 2008, Keny avait ainsi une fois de plus quitté le studio : “J’en avais même oublié que je faisais du rap, que j’étais signée en maison de disques. Il y a des tas d’autres choses qui me passionnent, qui me préoccupent. Des choses importantes.” Spontanément mis en mots au terme de cette fausse retraite, L’Esquisse 2 replonge dans ces “choses importantes”, annonçant un nouvel album éloigné de ses dernières traces :

On m’a collé l’étiquette d’extrême gauche à cause de Désobéissance, mais ça me gêne. La politique politicienne, je n’y crois pas, l’affrontement direct avec le système non plus. Je suis dans quelque chose de plus quotidien, d’usuel, de constructif.

 

Depuis l’époque où les gauchistes en campagne ont cru pouvoir l’encarter à l’aise, la Marseillaise a évolué, mettant en veilleuse son opposition de principe au profit de visions moins grandioses mais plus concrètes : “Les écovillages, les mises en réseau, c’est un avenir qui me parle. Ce sont des formes de micro-démocratie, d’autonomie… Une lutte politique plus réaliste que d’aller tabasser les flics.” Un discours éloigné de la petite gloriole des contestataires de studio “mais tout aussi éloigné de la petite éthique des altermondialistes. Ils me font pas rêver avec leurs pancartes !”

Les yeux ouverts sur une autre réalité, Keny vit une liberté que peu s’autorisent, même si elle n’évite pas quelques manies françaises à base de samples un peu pompiers qui empêchent de pénétrer vraiment cette autre dimension que ses mots réclament pourtant. Elle n’est jamais aussi efficace que sur des instrumentations plus souples, sur ces sons quasi live qui s’effacent lorsque sa voix étranglée prend de la hauteur.

Dans la veine du crépusculaire Cinquième soleil, c’est cette liberté qui brille sur Au milieu du chaos ou Odyssée d’une incomprise, juste résumé de son chemin de traverse. Sur ces poèmes éventrés, elle chemine avec ses propres mots, sa trouille de l’argent et de la célébrité, sa peur maladive de se trahir ou de saisir la chance d’un autre et son souci du genre humain, dépassant les messes contestataires au profit de visions intimes : “Je ne suis pas en guerre contre les partis, ni contre les rappeurs, ni contre personne. Je suis juste pour autre chose, je construis, tu comprends ?

source : rue89 et lesinrocks

Arka du clan des wanted

Keny Arkana

// octobre 9th, 2010 // No Comments » // Keny Arkana

Keny Arkana, de son vrai nom O** D**, née le 20 décembre 1982 à Marseille, est une rappeuse française. Elle milite pour des causes proches de la philosophie altermondialiste et de la désobéissance civile, avec « La Rage Du Peuple », collectif créé en 2004 à Noailles, quartier du centre-ville de Marseille.



Les débuts

Sa mère, née à Marseille de parents méditerranéens (espagnol, italien, grec), a aussi taillé la route à sa majorité pour l’Argentine. Elle s’y marie une première fois, puis rencontre le père de ses deux enfants, dont Keny est l’aînée. Cette dernière manque de naître au Brésil, où sa mère travaille pour une compagnie aérienne. Elle rentre en France, accouche par accident à Boulogne-Billancourt, puis retour au bercail, à Marseille. La petite ne connaît pas son père, ni sa famille argentine.

Après le décès de son beau-père, sa mère déménage régulièrement, et Keny fait ses premières fugues à 9 ans. Au début, un après-midi, puis deux, trois jours : «Je me revois dans des cages d’escalier en train de me faire mon petit nid douillet, à trouver des trucs dehors pour faire ma chambre. Et puis finalement, une fois que la colère s’était estompée, je rentrais chez moi, vers ma mère. Ce n’était pas à cause d’elle que je partais.» A cause de quoi, alors ? Elle refuse de le dire. A 11 ans, un juge pour enfants décide de la placer en foyer. «C’est là que j’ai compris l’hypocrisie du système. On te parle de droits de l’homme alors qu’on ne respecte pas les droits de l’enfance. Ils nous disaient : Tu ne prends pas tes gouttes, tu as une piqûre dans le cul. Forcément, c’est plus facile de surveiller trente légumes que trente agités.» A l’école, elle n’aime que les maths, «bien carrées», mais se fait virer régulièrement à force de sortir des cours intempestivement. A 12 ans, elle est déscolarisée et commence à rapper ses premiers textes.

En 1996, elle commence à se produire devant ses camarades de foyer. Elle se fait connaître dans l’underground, à la Friche de la Belle de Mai. Deux collectifs auxquels elle appartient successivement se forment : Mars Patrie et État-Major.

État Major, initialement composé de 13 personnes (8 MCs, 2 DJs et 3 danseurs) est un tremplin pour Keny Arkana. Un premier maxi vinyle paraît en 2003, porté par une formation État Major alors composée de Kao Domb’s, Chakra Alpha et DJ Truk. Ce groupe lui permet de se faire connaître du public marseillais. Elle participe à de nombreuses Mix-tapes, concerts ou encore à des émissions de radio, d’abord sous le nom de Keny, avant d’y apposer le nom d’Arkana, personnage de la série d’animation Les Mondes Engloutis.

En solo depuis 2003, Keny Arkana sort son premier maxi vinyle en 2004, Le Missile est Lancé. Début décembre 2004, elle apparaît sur la compilation Om All Stars, aux côtés d’artistes et groupes marseillais tels que IAM ou Psy4 De La Rime. Elle y interprète Les Murs de ma ville, où elle rend hommage à sa ville. Elle fonde par ailleurs avec son manager LTK sa propre structure de production nommée La Callita avant de signer un contrat en 2006 chez Because Music.


Elle réalise en solo la street-tape CD intitulée L’Esquisse.

Keny Arkana retranscrit, à travers ses écrits, son mal de vivre, et aussi sa vision du monde (la rabia del pueblo, la rage du peuple), ce qui lui vaut d’être assimilée aux mouvances altermondialiste, anticapitaliste, anarchiste, révolutionnaire et anticolonialiste du rap français. Elle refusera cependant toute étiquette politique, se décrivant comme « impossible à encarter ».

Elle voyage, fait le tour de l’Espagne, de l’Italie, passe un accord tacite avec sa mère : la liberté contre des nouvelles régulières. Elle s’intéresse à l’Argentine : «Souvent chez les métis, on a tendance à se retourner vers la racine qu’on connaît le moins. En plus, avec ma tête de rebeu, je me mangeais toutes les insultes racistes.Il y a ceux qui ne comprenaient pas pourquoi je ne parlais pas arabe, et à qui il fallait que je justifie que j’étais argentine.»

Keny assiste à une conférence d’exilés argentins qui racontent la faillite du pays. Elle y entend pour la première fois les mots OMC, FMI : «Quand tu comprends ce qui s’est passé là-bas, tu réalises ce qui va se passer partout.» En Italie, elle squatte un centre social tenu par des Kurdes, qui paie les billets de train pour le contre-sommet du G8 à Gênes. Elle n’y va pas mais participe à l’effort de guerre pour acheter les tickets «en détroussant les touristes». «Je ne leur ai pas dit [aux responsables du centre social], je ne voulais pas qu’ils aient des ennuis. De toute façon, à chaque fois que j’arrivais dans un pays, je faisais de fausses déclarations de perte de papiers, et je me donnais plus que mon âge.»


Elle se prétend Hors système et spirituelle, sans obédience précise. Elle vote depuis sa majorité «même aux cantonales, alors que je ne sais pas à quoi ça sert», «parce que des gens sont morts pour ça». Elle s’est abstenue à la dernière présidentielle pour la même raison : «Ils ne sont pas morts pour qu’on choisisse entre le pire et le moins pire.» Dans les squats, elle s’est imprégnée du discours altermondialiste, l’a ensuite affiné en allant en Amérique du Sud, en Argentine, au Brésil et puis au Chiapas : «Mexico-Chiapas, en stop, plus jamais ça. J’ai dormi dans des bidonvilles, mais c’est moins dangereux là-bas que dans une cité en France. Ils n’ont pas la malatripa , la haine.» Elle en est revenue avec la conviction que la révolution ne peut pas être que politique mais humaine : «Je me suis dit : Tu veux renverser le pouvoir pour quoi faire, tu veux mettre quoi à la place ? Tant que nous-mêmes, on n’est pas redevenus humains, tant que le bonheur des autres n’est pas aussi important que le nôtre, on ne construira rien de différent.» Elle a annulé sa première tournée à la dernière minute pour se consacrer à l’organisation de forums citoyens, «L’appel des sans voix» : «Des assemblées populaires où on libère la parole, met les gens en connexion. On y parle autogestion.» C’est en ça qu’elle est hip-hop, Keny Arkana : elle prône la prise en main, ne remet pas en cause le système. En revanche, c’est inédit, presque punk, elle ne réclame pas sa part du gâteau.

Carrière

Après de nombreux titres et apparitions, Keny Arkana écrit son premier album. L’album, produit par Enterprise, Karl Colson, et Kilomaître, sort en octobre 2000 sous le titre de L’esquisse, chez Because Music. Cet album retrace ses nombreux combats, notamment celui contre la globalisation capitaliste et contre l’oppression de l’État et du racisme institutionnel, mais aussi les moments difficiles de son enfance. Dans Eh connard elle s’en prend au directeur d’un foyer qui considérait qu’elle n’avait pas d’avenir. Elle rend aussi un hommage à l’Argentine sur le titre Victoria (avec des paroles en espagnol de Claudio Ernesto Gonzalez) et « distille des touches d’espoir et de conscience ».

Elle privilégie le militantisme, se définissant non comme une rappeuse, mais comme une contestataire qui fait du rap.

Elle participe en 2004 à la fondation du collectif La Rage du Peuple, qui milite pour « une colère positive, fédératrice, porteuse d’espoir et de changement. » Elle intervient ainsi dans de nombreux forums altermondialistes en Afrique et en Amérique du Sud et en tire un documentaire vidéo intitulé Un autre monde est possible tourné au fil de ses pérégrinations au Brésil, au Mali, au Mexique et en France.

Le sociologue Philippe Corcuff rapproche alors ses textes altermondialistes du langage néo-zapatiste du sous-commandant Marcos au Mexique et de la mélancolie radicale du philosophe allemand Walter Benjamin.

Au printemps 2007, Keny Arkana annule ses concerts en raison d’une organisation défaillante (« les gens honnêtes ne sont pas très compétents, et les gens compétents pas très honnêtes ») en lançant un « appel aux sans-voix » afin de construire un autre monde pour la jeunesse. Durant l’été, elle participe à plusieurs festivals (Vieilles Charrues, Dour, .. ) et fait à l’automne une tournée française s’arrêtant notamment à l’Olympia de Paris. Le 23 septembre 2007 elle se produit en pleine rue dans le quartier populaire des Pâquis à Genève en Suisse. Ce concert sauvage tenu sur un carrefour, au plein milieu de la rue, est en soutien à l’intersquat de Genève (en réponse à l’évacuation par la force de la quasi-totalité des squats genevois). En octobre 2007 son premier album l’Esquisse déjà vendu à plus de 60 000 exemplaires est réédité.

En novembre 2007, alors qu’elle poursuit sa tournée nationale « La Tête dans la Lutte », Keny Arkana interprète au Prix Constantin 2007 Nettoyage au Kärcher. Selon le magazine L’Express « Keny Arkana lance les hostilités. La rappeuse déboule tel un pitbull : « Elle est où la plus grande racaille ? À l’Elysée ! » Ses partenaires sortent des Kärcher et font mine de nettoyer un acolyte affublé d’un masque de Nicolas Sarkozy. On cherche en vain du regard la ministre de la Culture. On découvrira le lendemain, dans les colonnes du Parisien, qu’il fut sagement conseillé à Christine Albanel de s’installer dans la salle après la prestation de Keny Arkana. ».

En 2008, Keny Arkana fait la première partie de plusieurs concerts de Manu Chao et se produit dans de nombreux festivals comme les Eurockéennes. Elle lance son nouvel album « Désobéissance » où elle fustige l’établissement d’un Nouvel ordre mondial (« Nouvel Ordre Officieux, terrorisme Officiel ! ») contre lequel elle appelle à la « désobéissance civile ».

Elle dénonce l’usage des organismes génétiquement modifiés, les problématiques environnementales majeures telles que la surexploitation des milieux par l’Homme, la pollution de l’air, des mers, des rivières et des sols, la crise de la biodiversité et l’extinction de masse des espèces animales, la déforestation, le brevetage du vivant et notamment d’espèces végétales par de grandes multinationales américaines ; la globalisation de la surveillance électronique (parmi les images illustrant la pochette de l’album se trouve notamment le bras d’un bébé sur lequel est tatoué un code-barre et le sigle RFID) et plus généralement la guerre économique orchestrée par les puissants de ce monde.

L’album s’achève sur une prise de conscience sombre et cependant teintée d’espoir et de solidarité (Cinquième soleil), adressée à la « dernière génération à pouvoir tout changer ».

Le 23 avril 2011 sort le clip « V pour Vérités », qui totalise près de 200.000 vues sur Youtube, une semaine après publication. Le 11 mai elle sort un nouveau clip intitulé « Marseille » en featuring avec RPZ et Kalash l’Afro. Le 23 mai est donc sorti son 4ème album (deuxième MixTape) L’Esquisse 2