Archive for PERSONALITE

maximes de Omraam Mikhaël Aïvanhov

// février 12th, 2012 // No Comments » // Omraam Mikhaël Aïvanhov, PERSONALITE

« Très peu se doutent des dégâts considérables produits par cette manie qu’ils ont de toujours regarder le côté négatif des êtres et des choses.
Beaucoup d’amitiés, de relations sont brisées à cause de cette tendance à chercher les défauts d’autrui, à ne regarder que ce qui est mauvais, critiquable, et même à prendre plaisir à fouiller dans la vie des gens pour y découvrir des détails compromettants.

Le sage, lui, tâche de voir les deux côtés à la fois : le bien et le mal. Il n’est pas aveugle, il ne se laisse pas tromper, mais il considère que la partie essentielle des êtres, leur essence, c’est le bien. En fixant son attention sur le bien, il attire ses forces et le fait grandir en lui-même et chez les autres. » 

« Comme le soleil qui est toujours nouveau, notre vie doit être toujours nouvelle. La vie d’hier est déjà du passé, le soleil d’aujourd’hui n’est pas celui d’hier et il renouvelle aussi nos richesses, il nous apporte chaque jour quelque chose qui n’existait pas la veille. En se levant chaque matin il nous invite à entrer dans un autre rythme, à nous mettre au diapason de sa lumière qui jaillit à l’horizon. »

« Tu aimeras ton prochain comme toi-même » – mais comment l’homme s’aime-t-il lui-même ?
« Qui ne connaît pas ce commandement donné par Jésus : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » ? Même si on considère qu’il est difficile à mettre en pratique, on croit généralement qu’il est facile à comprendre. Mais je vous demande : comment les gens s’aiment-ils eux-mêmes ? Ils font des excès de toutes sortes, maltraitent leur estomac, leurs poumons, leur cœur, leur cerveau… Si on demandait à tous ces organes ce qu’ils pensent de l’amour des humains, ils vous diraient leurs souffrances et leur mécontentement.
L’être humain oublie trop souvent que son corps physique représente toute une population, des millions de cellules avec des fonctions bien définies : on y trouve des soldats, des médecins, des ministres, des architectes, des évêques, des pharmaciens… exactement comme dans la société. Et l’homme qui est le roi de ce peuple ne se soucie pas beaucoup de lui ; c’est pourquoi ses cellules se plaignent sans cesse de ce roi injuste, ignorant, paresseux, qui les nourrit mal et les laisse sans lumière, sans chaleur, sans air pur. Alors, quel amour peut-il avoir pour les autres quand il s’aime si mal lui-même ? »

« Vous avez certainement remarqué que, lorsque vous êtes triste ou découragé, penser à une personne que vous aimez ou admirez vous réconforte. Pourquoi ? Parce que les images que nous avons dans la tête ou dans le cœur ne restent pas inactives ; elles possèdent une vie, des pouvoirs, elles sont comme des transformateurs, des sources d’énergie.
Une image peut vous perdre et une image peut vous sauver. Une image peut vous intoxiquer et une image peut agir comme un contrepoison. Toute image est liée à une idée, et lorsque vous vous concentrez sur une image, elle agit sur vous, elle pose son sceau sur vous. Ne négligez jamais ce travail intérieur tellement bénéfique que vous pouvez faire avec les images. » 

« L’homme est-il libre, ou bien est-il soumis au destin ? Cette question est discutée depuis des millénaires. L’erreur, c’est de croire que tous les individus ont à subir les mêmes lois. Ceux qui, comme des animaux, n’obéissent qu’à leurs impulsions purement instinctives, sont inévitablement soumis aux lois de la fatalité ; c’est leur propre nature qui crée pour eux cette fatalité. Tandis que ceux qui ont acquis la maîtrise de leurs instincts, de leurs passions, échappent à la fatalité pour entrer dans le monde de la Providence, de la grâce, où ils connaissent la lumière et la liberté.
Il ne faut pas s’imaginer que tout le monde peut être libre ou que tout le monde doit subir un destin inexorable. Non, la liberté dépend du degré d’évolution de chacun. D’après sa façon de penser ou d’agir, l’être humain tombe sous le coup de la fatalité, ou s’attire les bénédictions de la Providence. Donc, dans certains domaines il est ligoté, il est soumis au destin, et dans d’autres il y échappe, il est libre…Jusqu’au jour où il disposera pleinement de sa liberté. » 

« Quelques grains de poussière s’introduisent dans un appareil : il ne peut plus fonctionner. L’appareil est intact, toutes les pièces sont là, oui, mais un rien a suffit pour entraver son fonctionnement. Et vous, vous êtes là avec votre tête, vos jambes et tous vos organes, rien ne vous manque ; mais votre voisin ne vous a pas salué en passant, vous n’avez pas reçu une réponse que vous espériez, un ami vous a dit une parole blessante, vous avez dû attendre plus longtemps que prévu chez le dentiste ou chez le coiffeur ( la liste de tous ces petits inconvénients de la vie quotidienne est interminable !)…et vous êtes de mauvaise humeur pour la journée. Ce ne sont là que quelques grains de poussière, mais voilà qu’ils paralysent et font grincer les rouages de vos centres psychiques.
Alors, réfléchissez : est-ce que ça vaut vraiment la peine de gâcher une journée pour si peu ? Apprenez à souffler sur toutes ces poussières et vous vous sentirez tellement plus léger et en paix ! »

erreurs sacrées…
« Quelles que soient les erreurs que vous avez commises, rien ne peut vous empêcher de retrouver la voie du salut si vous le désirez vraiment . Dites-vous même que le Ciel a davantage confiance en un être qui a commis des fautes et qui s’est repenti, qu’en celui qui n’en a jamais commis. Pourquoi ? Parce que celui qui n’est jamais tombé ne sait pas qu’il doit prendre des précautions : il n’a pas d’exp érience, il n’est donc pas encore solide, il peut aller n’importe où, aveuglément, et un jour c’est la chute. Tandis que celui qui est passé par les griffes du diable, qui a souffert et qui prend la résolution de sortir de là pour accomplir la volonté de Dieu, s’il réussit, le Ciel le prendra à son service. Il dira : « Enfin , en voilà un sur qui on peut compter ! »
De ce que je vous dis là, vous devez seulement retenir que, quelles que soient vos chutes, il vous est toujours possible de vous redresser. N’en concluez pas que vous pouvez vous permettre tous les égarements afin de mieux vous améliorer ensuite ! De toute façon, vous avez tous commis suffisamment d’erreurs jusqu’à maintenant : il est temps de vous assagir et de vous mettre au service du Ciel. » 

« Vous voulez qu’on ait plaisir à vous recevoir, à vous rencontrer ? Au lieu d’apporter vos tristesses, vos soucis, votre mauvaise humeur aux autres, pensez comment vous pouvez leur apporter la joie. On s’écarte de ceux qui empestent l’atmosphère de leurs plaintes et de leurs récriminations. Mais ce qui est pire encore, c’est qu’ils empoisonnent leur propre existence.
La tristesse est une fumée noire qui, après avoir envahi l’âme, finit par étendre son ombre sur tout le visage. A la longue, même le fonctionnement de l’organisme est troublé et l’intelligence obscurcie. Vous direz que la bonne humeur, la gaieté sont souvent une question de tempérament et qu’il est difficile de changer son tempérament. C’est vrai, mais par la pensée, avec l’amour et la volonté, on peut y arriver…
Pour apporter le bonheur aux autres, il faut surtout remplir son cœur d’amour. Appelez donc l’amour de toutes vos forces, et non seulement vous serez heureux, mais le bonheur que vous donnerez vous reviendra amplifié. » 

« A quoi cela sert-il de toujours souligner les défauts des humains ? Est-ce qu’on les voit pour autant s’améliorer ? Non. Alors, désormais, tâchez plutôt de vous concentrer sur le principe divin, immortel, éternel, qui vit aussi en eux et d’avoir pour ce principe divin des sentiments sacrés : vous les aiderez et vous ferez aussi un bon travail sur vous-même. Tandis qu’en vous occupant de leurs défauts, vous vous faites du mal, car vous vous nourrissez de saletés, et vous empêchez aussi les autres d’évoluer. Ensuite, ne vous étonnez pas de vous sentir seul. En critiquant les autres, en soulignant leurs faiblesses et leurs lacunes, vous ne faites que creuser un fossé entre eux et vous.
Quand par votre âme et votre esprit vous saurez entrer en relation avec toutes les âmes et tous les esprits sur la terre, quand ce qu’il y a de meilleur en vous rencontrera ce qu’il y a de meilleur chez les autres, croyez-moi, vous ne vous sentirez plus seul. » 

« Le pouvoir de l’homme réside dans les petits efforts renouvelés chaque jour. Malheureusement, c’est justement là qu’il capitule. De temps à autre, il peut être capable de se surpasser et d’accomplir des exploits. Mais vaincre chaque jour l’inertie, la paresse, se contrôler… que c’est difficile ! Et pourtant, la vraie puissance est là, dans la ténacité. Rien ne résiste à celui qui ne se laisse pas arrêter en chemin, car il déclenche de puissantes lois devant lesquelles les obstacles finissent par céder.
La plupart des gens concentrent toutes leurs énergies dans l’effort d’un instant et s’ils ne réussissent pas, ils renoncent, c’est pourquoi ils restent faibles. La force, la puissance ne s’acquièrent qu’avec de petits efforts renouvelés chaque jour. Si vous parvenez à travailler dans la continuité, vous saurez trouver le rythme convenable qui permet de gagner peu à peu du terrain, et quelles énergies vous recevrez pour poursuivre votre travail ! » 

Spinoza

// octobre 15th, 2011 // No Comments » // Spinoza

Liberté et puissance d’agir :

Spinoza montre (Ethique, partie III) que, dans l’expérience humaine, il y a au moins une valeur incontestable. C’est la joie. Elle est un sentiment qui, lorsqu’il se manifeste chez un individu, consacre une augmentation de sa puissance d’agir. Pour Spinoza, en effet, l’humain se réalise dans l’action. L’action, c’est la capacité pour un individu d’engendrer des effets dont il est la cause adéquate, c’est-à-dire qui peuvent être expliqués par ce qu’il est. Par l’action l’individu réalise ses désirs.

Or ses désirs expriment tous un désir
essentiel, qui le définit, et que Spinoza désigne par le mot latin conatus – son effort pour persévérer dans son être. Persévérer dans son être c’est entrer en rapport avec les réalités qui sont favorables à son existence et éviter celles qui sont défavorables.

Or, il se trouve que très souvent, et même exclusivement dans la première enfance, on poursuit les réalités qui nous sont favorables par réaction à des événements qui nous sont imposés.

Nos désirs sont alors des passions. Nous ne sommes pas la cause adéquate de notre comportement. Nous ne sommes pas maîtres de notre vie, nous ne sommes pas sûrs d’assurer la prospérité de notre être.

Supposons que mon patron m’affecte délibérément à une tâche qui ne correspond pas à ma qualification. Je vais le voir, je m’engueule avec lui ; je l’insulte. J’ai ainsi exprimé mon « conatus » de façon passionnelle : l’insulter, c’était rejeter un rapport humain qui m’était défavorable ; mais c’était aussi m’exposer au risque d’être licencié ; je n’ai pas maîtrisé, en fin de compte, mon rapport à la réalité de façon à le rendre sûrement favorable.

Mais si, au lieu de réagir par un affrontement individuel avec mon patron, je réfléchis à la cause de cet acte de pouvoir arbitraire et comprends qu’il s’explique par mon isolement, je puis décider alors de m’engager dans une action collective avec mon syndicat pour imposer des règles qui respectent les salariés ; mon engagement syndical est une authentique action qui s’explique par ce que je suis ; si celle-ci réussit, et elle réussira si elle a été correctement pensée, j’en éprouverai de la joie (et mes collègues aussi), ma puissance d’agir (et la leur) aura été augmentée et mon (notre) avenir sera d’autant plus assuré.

Pour Spinoza on est d’autant plus capable d’agir qu’on a des idées adéquates sur les phénomènes qui nous affectent ; l’idée adéquate est l’idée de la cause qui permet de rendre compte du phénomène, elle nous permet d’agir – de nous ménager des bonnes rencontres – en connaissance de cause.

La puissance d’agir est donc à proportion de la capacité de penser. Elle rentre dans le cadre d’une « action pensée », que nous avons établi comme pertinent pour penser la liberté.

La notion spinoziste de puissance d’agir peut-elle apporter à la liberté la signification que nous lui cherchons ?

 

Sens commun

    Elle est conforme à l’intuition commune donnée au mot liberté : être capable d’engendrer des effets qui expriment ce que nous sommes en notre singularité, c’est effectivement se sentir libre.

 

Humanité

    Dans la mesure où elle implique l’usage de la pensée, plus précisément de la raison, afin de former des idées adéquates sur le monde, la notion de puissance d’agir dégage clairement l’idée de liberté de toutes les contradictions liées à son interprétation en termes de spontanéité/absence de contraintes.

    En particulier elle donne à la liberté une signification proprement humaine. Je ne puis plus confondre la liberté que je veux pour moi avec la liberté du loup dans la steppe.

 

Souverain Bien

    En spécifiant l’action pensée comme puissance d’agir, on échappe au redoutable problème posé par l’impossibilité de penser le Souverain Bien.

    Dans le cadre du spinozisme, en effet, le but ultime de l’homme n’a pas à être défini, il est toujours déjà là, porté par notre nature même. C’est le « conatus », désir permanent d’être soi, d’affirmer sa nature, d’exprimer pleinement sa singularité. Autrement dit on ne peut pas ne pas poursuivre le Souverain Bien ; il n’est donc pas un problème pour la pensée.

Ce qui est un problème, c’est la manière de le poursuivre.

Soit on le fait par réaction aux événements qui s’imposent à nous, mais on n’est alors jamais assuré d’un avenir favorable, et, comme cela est très angoissant, on verse dans la superstition.

Soit, nous appuyant sur les bonnes rencontres que nous avons faites lesquelles augmentent notre puissance d’agir, nous formons une idée claire de ce qui cause notre malheur et de ce qui cause notre bonheur afin d’entrer sûrement en rapport avec ce qui nous est favorable.

Penser ses buts, c’est donc ici penser les meilleures rencontres réalisables – compte tenu de l’enchaînement des causes dans le monde – afin d’augmenter sa puissance d’agir.

Et le but final pourrait s’exprimer comme maximisation de sa puissance d’agir.

 

Pensée

    La conséquence en est que la pensée n’est plus alourdie par la perspective d’une mission infinie, impossible même. La pensée a une fonction précise, limitée, celle de saisir la cause adéquate d’un phénomène qui nous affecte. Nous avons chacun tous les moyens de mener à bien cette fonction grâce à notre raison et aux notions communes (saisie de ce qui est commun à plusieurs corps) que nous formons à partir des affinités qui se constatent entre certains corps et le nôtre. Cet exercice de la pensée a un aboutissement déterminé, l’acte de comprendre, lequel incluant un sentiment de joie apporte une satisfaction sans réserve.

    L’effort de penser – toute vie est effort – n’est pas triste, il contient la promesse d’une issue pleinement satisfaisante, c’est un effort joyeux.

 

Joie

    Dans le spinozisme, la joie joue le rôle de critère de l’augmentation de la puissance d’agir.

    C’est un critère universel – tout le monde connaît ce qu’est la joie et la juge positive sans restriction ; incontestable – la joie est de l’ordre du vécu et ne peut donc être illusoire ; et dénué de toute ambiguïté – tout subjectif que soit le sentiment de joie, il s’exprime de façon limpide, se communique, se partage.

    Au fond on ne peut rêver de critère plus sûr pour savoir où chercher la liberté.

    D’où la constance avec laquelle, au long des siècles, les pouvoirs sociaux s’efforcent d’étouffer ou tout au moins de canaliser les manifestations de joie, la ténacité aussi avec laquelle ils déploient des stratégies afin de faire valoir les passions tristes (peur, culpabilité, rivalité, haine, etc.).

    Mesurons la « réussite » de notre société à l’ampleur de la présence de tels sentiments et à la rareté des expressions authentiques de joie !

 

Société

    Etre actif dans le domaine de l’esprit, c’est former des idées adéquates. Spinoza établit assez vite dans le cours de l’Ethique (part.IV, prop.35) que rien ne favorise plus l’augmentation de la puissance d’agir d’un homme qu’un autre homme actif, c’est-à-dire vivant sous la conduite de la raison.

    La puissance d’agir, qui à première vue semblait indiquer une liberté simplement individuelle (agir c’est se comporter de telle façon que les résultats de ce comportement ne puissent venir que de soi), se révèle lorsqu’on considère le dynamisme de son développement, comme éminemment sociale (l’homme démultipliera d’autant plus sa puissance d’agir, qu’il sera plus capable d’entrer dans des relations d’entente avec autrui) ; il faut même dire qu’elle porte en elle la perspective d’une communauté des hommes (plus la puissance d’agir s’accroît, plus cet accroissement est commun à tous les hommes, et réciproquement).

    La liberté signifiée par la puissance d’agir propose véritablement un idéal social et unificateur.

 

Individu

    Le Bien qui est impliqué dans l’idéal d’une pleine possession de sa puissance d’agir, ne pourra jamais tyranniser un individu puisqu’il est immanent à sa nature même ; il en sera au contraire la meilleure expression.

 

Histoire

    Cela a pour conséquence qu’il n’est pas possible de concevoir un profil général de l’histoire humaine qui manifesterait un progrès vers une libération au sens de l’augmentation globale de la puissance d’agir.

    Pas de transcendance du Bien, donc pas de transcendance de l’Histoire. Nul destin qui prédéterminerait l’avenir de l’homme du point de vue de l’évolution de sa puissance d’agir.

    Il peut y avoir des périodes de progression, il peut y avoir des périodes de régression. Tout dépend de l’action ou de l’absence d’action (être simplement réactif comme le consommateur-téléspectateur-travailleur-voteur que l’on chérit en nous) de chaque individu, mais aussi des conditions naturelles qui sont faites à l’homme : un tremblement de terre, une épidémie mortelle et ce sont les sentiments où entre de la tristesse qui gagnent, et c’est le niveau global des puissances d’agir qui diminue.

    Pas de rachat à envisager, une vie triste, c’est de l’existence perdue, et aussi un facteur de dévalorisation d’autres existences.

 

Idéal

    On peut envisager comme idéal de liberté un état de l’individu où celui-ci aurait développé sa puissance d’agir au maximum. Mais cet idéal n’est alors pas déterminable, ne serait-ce que parce que «personne jusqu’à présent n’a déterminé quel est le pouvoir du corps» (Ethique, part.III, prop.2, scolie), et que l’esprit est l’idée du corps (cf. part.II, prop.13).

    Spinoza thématise pourtant la puissance d’agir maximum sous les termes de «béatitude», «amour intellectuel de Dieu», «connaissance du troisième genre». On le voit, il s’agit pour lui essentiellement d’un état d’esprit, à la fois comme connaissance de toutes les choses singulières en tant qu’elles sont expression de la puissance divine, et comme sentiment qui est de l’ordre de la joie (Spinoza définit l’amour comme «joie accompagnée de l’idée d’une cause extérieure» cf. part.II, prop.13) mais qui ne peut être simplement de la joie parce que la joie manifeste une augmentation de la puissance d’agir, ce qui est impossible si elle est, c’est notre hypothèse, à son maximum.

    Spinoza nomme béatitude cet état le plus parfait que l’homme puisse atteindre, sans qu’il puisse en dire autre chose sinon qu’il est la satisfaction de l’individu qui vit dans l’éternité des essences des réalités que son esprit connaît.

    On le voit, cet idéal reste très indéterminé. Il est hypothétique dans la mesure où il ne se fonde que sur l’expérience spirituelle d’un individu, Spinoza. Il est en tous cas trop loin de nos intuitions communes pour être largement partagé.

    Nous proposons de négliger la béatitude, de nous en tenir à l’expérience de la joie.

    Elle est un fondement aussi solide que souhaitable pour savoir quelle direction prendre pour devenir plus libre.

    Elle donne du prix à la simple progression vers plus de liberté, sans d’ailleurs laisser apparaître un terme à cette progression.

    Elle nous permet de former un idéal de libération qui pourrait bien être plus consistant que tout ce qu’on pourrait mettre sous l’expression « idéal de liberté ».

    Nous pouvons donc conclure qu’il est possible de donner une signification satisfaisante à la liberté dont nous écrivons sans cesse le nom sur les murs de nos prisons, aujourd’hui si bariolées qu’elles en deviennent difficilement identifiables.

    Le spinozisme nous en donne les moyens.

    L’idéal de liberté pourrait exprimer un investissement positif de l’avenir. Il se déterminerait comme augmentation de la puissance d’agir de chacun.. Il se référerait à un processus de libération de l’individu qui serait aussi, nécessairement, un processus de libération collective. Il serait pleinement humain en ce qu’il impliquerait totalement la capacité de penser rationnellement propre à l’homme. Il ne sacrifierait pas les sentiments aux idées car il serait totalement satisfaisant au plan affectif. Ne partant pas de l’homme tel qu’il devrait être mais visant la réalisation de l’homme tel qu’il est, il ne pourrait se renverser en instance tyrannisant les individus.

    Adopter cette signification de l’idéal de liberté impliquerait prioritairement une action théorique publique. Promouvoir la pensée rationnelle. Acquérir l’idée adéquate de la présence de tant de sentiments composés de tristesse, et de si peu joie de vivre, dans notre monde de cette fin de millénaire.

    A Spinoza revient le dernier mot :

« Ni pleurer, ni rire, ni maudire, mais comprendre »

 

source : http://pjdesser.free.fr/histoire/spin-lib.html

Spinoza refuse l’obscurantisme religieux

« Mais si le grand secret du régime monarchique et son intérêt majeur est de tromper les hommes et de colorer du nom de religion la crainte qui doit les maîtriser, afin qu’ils combattent pour leur servitude, comme s’il s’agissait de leur salut, et croient non pas honteux, mais honorable au plus haut point de répandre leur sang et leur vie pour satisfaire la vanité d’un seul homme, on ne peut, en revanche, rien concevoir ni tenter de plus fâcheux dans une libre république, puisqu’il est entièrement contraire à la liberté commune que le libre jugement propre soit asservi aux préjugés ou subisse aucune contrainte ».

Dans sa préface au Traité théologico-politique dont il est l’auteur, Spinoza oppose le régime monarchique à la république dite libre. Son propos condamne la superstition et l’emprise des autorités religieuses sur les esprits, qui voient ainsi leur liberté de jugement corrompue par la peur inspirée d’une interprétation intéressée des textes bibliques. Spinoza cependant n’est pas un révolutionnaire. Il souhaite un état de droit qui puisse assurer à chacun l’exercice de sa liberté de pensée et de jugement : « Puis donc que ce rare bonheur nous est échu de vivre dans une République, où une entière liberté de juger et d’honorer Dieu selon sa complexion propre est donnée à chacun, et où tous tiennent la liberté pour le plus cher et le plus doux des biens, j’ai cru ne pas entreprendre une œuvre d’ingratitude ou sans utilité, en montrant que non seulement cette liberté peut être accordée sans danger pour la piété et la paix de l’Etat, mais que même on ne pourrait la supprimer sans détruire la paix de l’Etat et la piété ».  Spinoza est ainsi convaincu que la liberté individuelle est un socle pour toute société permettant d’assurer sa pérennité. Il critique l’exploitation du divin à des fins de puissance par corruption de la foi, laquelle dans ce cas entretient l’homme dans un obscurantisme l’empêchant d’employer la raison : « Il n’y a donc à s’étonner si rien n’est demeuré de la Religion même, sauf le culte extérieur, plus semblable à une adulation qu’à une adoration de Dieu par le vulgaire, et si la foi ne consiste plus qu’en crédulité et préjugés. Et quels préjugés ? Des préjugés qui réduisent des hommes raisonnables à l’état de bêtes brutes, puisqu’ils empêchent tout libre usage du jugement, toute distinction du vrai et du faux, et semblent inventés tout exprès pour éteindre la lumière de l’entendement ». Cependant, Spinoza ne refuse pas Dieu. Mais il porte le projet de réviser la méthode de lecture des écritures saintes car celles-ci, pour le philosophe, ne portent pas en elle l’aversion de l’entendement. C’est ainsi l’annonce d’un monde libre qui anime Spinoza, et cette promesse constitue l’un des points de départ des Lumières

source : philosophie.initiation

Au coeur des archives foulcadiennes

// juillet 20th, 2011 // No Comments » // Michel Foucault


Icône intellectuelle. Figure incontournable de la pensée du vingtième siècle aussi bien en France qu’à l’étranger. Penseur pluridisciplinaire cité dans pléthore de disciplines : philosophie, sociologie, travail social, anthropologie, psychiatrie, économie, droit, études de genre et post colonial studies, géographie, critique littéraire… Michel Foucault est incontestablement une figure à l’identité éclatée, omniprésente, fuyante. 

Il était à la fois « historien des Sciences, théoricien de la littérature, libéral, libertaire, figure incontrôlable de la pensée critique des années 1970, pape du structuralisme, intellectuel gauchiste, théoricien de la cause gay, anarchiste, nietzschéen, braudélien, deleuzien…. »

Michel Foucault est bien tout cela. Et même davantage… Un homme au visage à multiples facettes : Chercheur, penseur, créateur, inventeur, producteur de savoir. Il creusait. Fouillait. Cherchait. Explorait. Découvrait. Avançait lentement. Testait des hypothèses. Doutait de ses résultats. S’arrêtait. Déconstruisait. Creusait encore. Fouillait toujours. Cherchait sans répit. Explorait indéfiniment. Reconstruisait encore et toujours. Une posture qui laisse transparaître l’image d’un penseur travaillant au quotidien. Un homme à la pensée vivante, riche, diverse, multiple. Et par dessus tout aux usages étendus comme le soulignent Philippe Artières, Jean-François Bert, Frédéric Gros et Judith Revel dans l’avant-propos de l’ouvrage collectif et transdisciplinaire que les éditions de l’Herne (1) consacrent à celui qui refusait « l’assignation à une identité stable et la réduction à l’unité rassurante.« 

Vingt sept années après sa mort, Michel Foucault, l’être humain, le penseur, le philosophe, l’ami, le confident, le généreux, l’homme du lien, le critique de cinéma, l’acteur, le militant, l’engagé, l’impliqué dans les affaires de son époque,le défenseur des sans voix et des sans droits, le dissident politique qui avait l’art de déconcerter les lecteurs trop fidèles – et qui « aimait décevoir les attentes… » (Jean-Claude Passeron), le chercheur au travail est mis à l’honneur à travers la masse documentaire qui constitue les archives de la recherche foulcadienne.

Et c’est une plongée dans l’atelier de M. Foucault qui prend l’allure d’un laboratoire, d’un chantier, d’un lieu d’exploration et de recherche active, que propose ce projet collectif.

L’archive de la recherche foucaldienne et son lot de textes inédits, de notes de travail, de cours, de manuscrits préparatoires, de dossiers de travail mettent en lumière les arts de faire du philosophe. C’est-à-dire ses pratiques savantes de recherche, de lecture, de prise de notes, d’écriture, d’analyse qui informent sur « les gestes matériels – de son-travail intellectuel ». 

Montrées pour la première fois dans leur état premier, ces archives permettent, d’une part, de comprendre la manière dont procède la pensée foucaldienne : « par avancées, hypothèses et révélations successives« . Et d’autre part, d’enrichir les connaissances sur les pratiques intellectuelles de l’auteur d’une « pensée du discontinu » (Judith Revel) ; de celui qui a inventé une philosophie « attentive aux minorités – et – aux marges » (J. Derrida).

Outre les textes écrits par M. Foucault, ce cahier, structuré en sept grandes parties, met en évidence, d’une part, les textes des usagers de la pensée foucaldienne sous la plume de chercheurs, d’étudiants, de collègues, de spécialistes et de tous ceux et de celles qui s’approprient les notions et les concepts forgés par M. Foucault, « les font vivre – et – montrent leurs dimension protéiforme et inventive« . Et d’autre part, les usages de M. Foucault. C’est-à-dire l’effet-Foucault ou la manière dont la pensée foucaldienne a produit des effets dans une multitude de disciplines, dans la manière de penser, d’agir, dans les pratiques, les formes d’engagement et les modes de lutte…

Cet ouvrage regroupe également des témoignages qui se déclinent sous forme d’entretiens menés auprès du frère de M. Foucault, de ses amis, de ses camarades de lutte et des usagers de sa pensée : Denys Foucault, Daniel Defert, Danielle Rancière, Thierry Voelzel et bien d’autres témoins précieux qui l’ont connu de près et côtoyé. Les discours de ces témoins-informateurs révèlent le personnage et nous invitent à l’apprécier dans ses multiples facettes.

Denys Foucault : Un frère. Un mentor. Un répétiteur. Un maître.

C’est en ces termes que Denys Foucault parle de son frère à Philippe Artières. Tout au long de cette interview, D. Foucault nous livre des éléments relatifs à l’environnement familial du philosophe, à son éducation, à sa scolarité. Il évoque également les souvenirs d’enfance dans la maison familiale et les rapports qu’il entretenait avec son frère, son père, sa mère. Bien que court, ce récit biographique est intéressant pour deux raisons essentielles. D’une part, il propose des éléments d’ordre intime relatifs à la vie familiale et scolaire de M. Foucault. 

D’autre part, ce regard à la fois intérieur et extérieur d’un être proche du penseur permet d’avoir accès à la sphère privée et familiale de l’enfance et de l’adolescence de M. Foucault et de comprendre le contexte dans lequel il a grandi et a évolué avant de devenir un  maître pour toute une génération.

Daniel Defert : Le souci de croiser la philosophie et la non philosophie

C’est lors d’un dîner, invité par Robert Mauri, camarade d’école de M. Foucault, que Daniel Defert a rencontré pour la première fois celui qui allait devenir son compagnon. Lors de l’entretien accordé à Mathieu Potte-Bonneville, D. Defert livre des informations qui servent à cerner le milieu universitaire et intellectuel qui a influencé et nourri la pensée de M. Foucault. Tout au long du témoignage, il restitue le contexte d’une époque foisonnante d’idées et d’innovations intellectuelles. 

C’est ainsi qu’il révèle les noms des philosophes avec lesquels M. Foucault a entretenu des liens forts tels que jules Vuillemin, Jean Wahl, Gérard Lebrun, Jean Hyppolite qui a légué au philosophe une partie de sa bibliothèque notamment les oeuvres de S. Beckett. Ceux avec qui il a eu des polémiques : J.P. Sartre, J. Derrida… Et les écrivains français qu’il découvre, en l’occurrence Nathalie Sarraute, Philippe Sollers…


Par ailleurs, D. Defert met en lumière la méthode de travail de M. Foucault. Une démarche qui montre un être qui « pense en lisant et en écrivant -un chercheur dont la – pensée se formule dans une sorte de corpus textuel permanent« . Bien que connaissant parfaitement les textes de référence en philosophie : Nietzsche, Heidegger, Spinoza, Descartes, Aristolte… M. Foucault faisait des retours fréquents sur ces écrits.

L’un des points importants de cet entretien concerne la manière dont s’est opéré le croisement des disciplines pour M. Foucault. L’influence de son enseignant, Ignace Meyerson (1888-1983), fondateur de la psychologie historique et comparative est déterminante. C’était également l’époque où la circulation entre philosophie et sciences humaines était importante pour toute une génération. A titre d’exemple, le travail de Jean Pierre Vernant relève de la psychologie historique et d’une histoire de la raison. Les travaux de Duzémil croisent l’histoire grecque et le structuralisme. Par ailleurs, M. Foucault a été l’élève de Merleau-Ponty à l’Ecole Normale Supérieure. Il a notamment suivi son cours sur la phénoménologie et les sciences humaines. Ce dernier qui accordait une place importante à la formation des philosophes et des psychologues a influencé

M. Foucault qui était l’un des premiers à passer une licence en psychologie.  Le philosophe avait la double habilitation en philosophie et en psychologie et a contribué à créer le premier département de psychanalyse à Vincennes avec le psychanalyste, Serge Leclaire (1924-1994).

Danielle Rancière : le droit à l’information en prison

Pendant l’été 1970 naissait l’organisation des prisonniers politiques (O.P.P.). Son objectif consistait à revendiquer l’obtention du régime politique pour les prisonniers, la coordination de leur action et la protection contre les conditions de vie pénitentiaires. Lors de la grève de la faim des prisonniers, la Gauche prolétaire a sollicité le soutien de M. Foucault. Ce dernier a participé de manière indépendante et autonome en créant, en 1971, le Groupe d’information sur les prisons (G.I.P). Issu du manifeste du 8 février 1971, ce mouvement d’action et d’information servait de relais entre les prisonniers et l’opinion. Il était patronné par des personnalités telles que Jean-Marie Domenach, Pierre Vidal Naquet et M. Foucault. Il visait à développer la recherche d’informations sur les conditions pénitentiaires et à assurer leur diffusion.

Selon le témoignage de Danielle Rancière qui a milité aux côtés de M. Foucault, ce dernier a joué un rôle actif dans la lutte contre les barreaux du silence et ce, en rédigeant des tracts et en accompagnant parfois les militants aux portes des prisons pour distribuer ces tracts.

M. Foucault avait notamment contribué à l’élaboration de questionnaires qu’une équipe indépendante avait pour mission d’introduire dans les prisons afin qu’ils soient complétés par les détenus. Les données recueillies relatives aux conditions de détention, aux brimades, aux violations des droits des prisonniers, à leurs révoltes, à leurs colères devaient servir à la rédaction d’un rapport sur les prisons.

L’autre objectif de M. Foucault était de diffuser les questionnaires dans la presse afin de « restituer la parole des détenus de la façon la plus authentique », affirme D. Rancière. D’une manière générale, M. Foucault développait l’idée selon laquelle : « la privation de liberté que représente la détention pénale ne signifie pas la perte de tous les droits du citoyen« , explique D. Rancière.

Thierry Voelzel : l’émergence de la parole des sans voix

Dans son témoignage, Thierry Voelzel, le garçon de vingt ans parle du rôle que M. Foucault a joué pour faire émerger la parole des sans voix notamment par le travail qu’il faisait sur les prisonniers, les asiles, les immigrés, les homosexuels… Il a permis ainsi à ceux qui n’avaient pas la parole de faire entendre leurs voix. C’est ainsi qu’il raconte comment M. Foucault a participé à la création de Gai pied, hebdomadaire français fondé par Jean Le Bitoux en 1979.

Par ailleurs, à la demande de Corriere della Sera, quotidien italien, il a joué un rôle déterminant dans la production d’un travail intellectuel sur l’actualité en constituant une petite équipe pour mener des enquêtes sur des sujets d’actualité. C’est ainsi qu’il a voyagé en Iran à deux reprises après la révolution iranienne. Tout au long de sa présence dans ce pays qui vivait une période de recomposition politique, il a accumulé des informations et interviewé des Iraniens. M. Foucault prenait des notes. Puis il en reparlait avec T. Voeltzer qui l’avait accompagné dans ses voyages. Dans un troisième temps, il revoyait les personnes interviewées pour préciser leurs dires. Lorsqu’il revenait à Paris, il rédigeait ses articles. C’est ainsi qu’il a publié plusieurs écrits dans la presse sur la situation politique et l’homosexualité en Iran.

Notes  :

1) Les Cahiers de l’Herne se présentent sous forme de monographies mettant en lumière des poètes, écrivains et penseurs contemporains et classiques. Ces cahiers regroupent des textes inédits, des articles thématiques, biographiques et critiques de l’oeuvre…  Bibliographie

* Chomsky/Foucault, De la nature humaine : justice contre pouvoir, Editions de l’Herne, 2006, 110 p., 9,50 €

  • Jean-François Bert, Introduction à M. Foucault, Coll. « Repères », La Découverte, 2011, 128 p.- 9,50 € 

* Michel Foucault, Leçon sur la volonté de savoir : cours au Collège de France : 1970 – 1971, coll. « Hautes Etudes,Ed. du Seuil, 2011, 280 p.- 23,00 €

* Judith Revel, Une pensée du discontinu, Coll. « Essais », Editions Mille et unes nuits, 2010, 300 p.- 18,00 €

* Isabelle Boinot, Didier Ottaviani, l’humanisme de Michel Foucault, Coll. « Sens figure », Ollendorff et Desseins, 2008

A consulter : 

michel-foucault-archives.org