Archive for révolution monétaire démocratie

RÉVOLUTION MONÉTAIRE DE LA DÉMOCRATIE

// juin 4th, 2011 // No Comments » // révolution monétaire démocratie

Le problème de la valeur réelle

Depuis Aristote, la monnaie est unité de compte pour calculer des prix ; moyen de règlement des échanges dans le temps et dans l’espace ; et réserve de valeur pour accéder à l’utilité future de biens réels. Depuis vingt-trois siècles la monnaie est un outil de mise en équivalence de tous les objets qui s’offrent et se demandent à la satisfaction des besoins économiques. Pour que cet outil créé par l’intelligence humaine soit la contrepartie effective des échanges dans l’espace et dans le temps, il est matérialisé par des espèces physiques, par des titres de créances ou par des comptes centralisés chez un intermédiaire financier. Quelle que soit sa représentation et son mode d’utilisation, la monnaie exprime la finalité humaine de l’échange de la valeur raisonnée.

Depuis l’origine le problème essentiel et existentiel de la monnaie est la fixation stable dans le temps et dans l’espace du lien entre l’unité de compte formelle et la valeur matérielle qu’elle représente. La matérialisation de la valeur en dehors d’un objet concret réel de satisfaction est nécessairement conventionnelle. Chaque individu est libre de la valeur qu’il accorde à toute chose. Le problème de l’étalonnage monétaire de la valeur est qu’il soit accepté et reconnu entre toutes les personnes qui échangent dans un même espace de valeur. L’étalon est stable s’il existe une société de valeurs communes ; si tous les objets échangés par cet étalon s’inscrivent dans le même système de valeur ; et si tous les objets échangeables trouvent effectivement leur contrepartie étalonnée dans la règle de prix admise par la société.

 

Équilibre monétaire de subjectivité objective

Il ne peut pas exister d’étalon monétaire sans des règles de valorisation des objets communes aux utilisateurs ; sans que les utilisateurs de l’étalon soient liés par un même pacte de droit ; enfin sans que l’étalon soit matérialisé dans les limites de la règle commune conforme au pacte collectif. A l’époque où la monnaie était matérialisée par des pièces de métal, le pacte des utilisateurs de la monnaie consistait simplement à reconnaître le prix de leurs échanges par les mêmes pièces dont la valeur était celle du métal physique contenu dans l’espèce du règlement. L’inconvénient de la monnaie métallique était que le prix du métal était fixe indépendamment de sa valeur variable pour les consommateurs effectifs du métal. Et la disponibilité physique du métal n’était pas adaptable aux besoins de transaction portant sur une multitude d’autres objets que le métal.

L’avantage de la monnaie métallique était de contenir sa propre garantie de valeur séparable des autorités monétaires et formellement indépendante du porteur du signe monétaire. La stabilité objective du signe monétaire se payait par son instabilité subjective : valeur intrinsèque du signe indépendante du besoin effectif de la matière qui le représentait ; quantité de signes non adaptable à la valeur formellement disponible à la négociation ; variabilité de la valeur du signe indépendante des finalités des prêteurs et des emprunteurs. L’abandon de l’étalonnage des monnaies en or en aout 1971 aurait pu déboucher sur une stabilité objective et subjective si une règle avait été instaurée pour proportionner les signes en circulation aux besoins de transaction ; si une définition de la monnaie avait été produite pour attribuer un prix à n’importe quelle valeur conforme au droit ; si l’utilisation des monnaies avait été délimitée par les communautés de valeur effectivement constituées.

Anarchie du crédit en dollar

Or le dollar devenu inconvertible en la valeur commune de l’or est demeuré monnaie de règlement et de réserve internationale. La mesure de l’émission monétaire est devenue exclusivement du crédit public, privé et international. Mais aucune règle commune n’a été définie nulle part pour transformer le crédit en monnaie. Et les États-Unis ont émis librement des dollars sur leurs propres dettes vis-à-vis du reste du monde. Enfin toutes les monnaies sont devenues utilisables n’importe où du moment qu’un intermédiaire financier en assurait la convertibilité ; selon ses capacités privées d’emprunt de la monnaie vendue et de prêt de la monnaie achetée. Les zones monétaires ne sont entremêlées sans règle publique de convertibilité des crédits inter-monétaire ; sans régulation efficiente du crédit dans chaque zone ; et sans égalité de droit entre tous les emprunteurs dans une zone.

Sans régulation effective du crédit substituée à la garantie de la monnaie en or, le système financier mondial est intrinsèquement incohérent, instable et inique. Il était de la compétence des États de droit de fixer des règles au crédit. Mais les États-Unis premiers emprunteurs du monde et premiers émetteurs de monnaie s’y sont refusés. Les autres États ont dès lors trouvé plus commode d’emprunter sans limite rationalisée d’endettement public la liquidité monétaire internationale pléthorique. Les réseaux bancaires internationaux les y ont aidé en collectant l’épargne internationale ; en couvrant leurs risques de crédit par des portefeuilles d’actifs réels dont les prix étaient sensibles à l’excès de liquidité. Les paradis fiscaux ont été développés par les États pour exonérer les capitaux financiers de fiscalité et obtenir en contrepartie des conditions d’emprunt plus favorables que les emprunteurs privés.

Finance de chaos

L’instabilité systémique exprimée par les bulles spéculatives et par l’inflation s’est imputée sur les actionnaires et épargnants. Les salariés ont été privés des gains de productivité du travail et chassés des villes par la spéculation immobilière. L’implosion finale a été provoquée par la crise des subprimes où le prélèvement financier sur le citoyen épargnant et salarié est devenu exorbitant. Les États ont dû racheter le capital fictif perdu par le système financier avec des dettes publiques ne correspondant à aucun investissement réel. L’incohérence d’un système financier sans définition ni règle d’allocation du crédit à la production future réellement vérifiable est apparue évidente.

Les emprunteurs qui ne pourront jamais rembourser ou ne sont pas obligés de rembourser absorbent l’épargne disponible. Les créances sur le futur ne sont pas adossées à l’économie productive. La croissance réelle stagne ou régresse tandis que la masse des crédits enfle sans limite. L’irrationalité morale s’installe à l’intérieur des États de droits et entre les nations. Les oligarchies financières s’enrichissent sans produire. Les nations riches s’endettent auprès des nations moins riches sans intention réelle de rembourser. L’État de droit n’a plus d’assise morale nationale ni internationale. La Légalité est devenue explicitement instrument d’iniquité dans le monde entier. L’instauration d’une régulation universelle équilibrée du crédit est la seule alternative à la guerre civile mondiale.

Étalon mondial de crédit

C’est la confusion dans le dollar d’une monnaie nationale avec la monnaie internationale qui interdit des règles équitables du crédit entre zones monétaires distinctes. C’est la confusion dans les mêmes pouvoirs politiques nationaux de la réglementation du crédit et de la capacité d’émettre de la dette publique qui interdit l’équilibre du crédit à l’intérieur des zones monétaires. Enfin c’est la conversion des monnaies garantie par des intérêts privés qui soustrait les intermédiaires financiers multinationaux à toute régulation publique de l’équilibre des droits. Une monnaie internationale est le seul moyen d’évaluer la solvabilité réelle d’une zone monétaire par rapport aux autres ; le seul moyen d’évaluer la solvabilité réelle d’un État à l’intérieur de sa zone monétaire ; et le seul moyen de garantir réellement la liquidité d’une créance internationale dans la zone monétaire de son débiteur.

Le refus de quiconque de créer une monnaie internationale est un acte de guerre par omission. Le gouvernement des États-Unis sera balayé aux prochaines élections s’il ne restaure pas la solvabilité publique et la compétitivité extérieure de l’économie ; s’il ne permet pas de remettre les Étatsuniens au travail avec des revenus décents. L’Europe du Nord perdra toute son épargne en Europe du sud si elle continue à humilier les gouvernements surendettés. Les émergents perdront leurs réserves de change, leurs revenus extérieurs et leur stabilité politique précaire s’ils laissent les sociétés occidentales s’effondrer. Un marché mondial de compensation en monnaie commune est le moyen de répartir les pertes de crédit entre emprunteurs et prêteurs par un réajustement des parités de change.

Option de justice monétaire

Le même principe qui ajuste la dette d’un débiteur à sa solvabilité réelle est celui qui ajuste une parité monétaire à la solvabilité globale de la zone monétaire sous-jacente. Ce principe est celui de l’option financière par laquelle un emprunteur vend sa production à ses futurs débiteurs qui lui fourniront les revenus de remboursement de ses dettes actuelles. Les ventes à terme d’un emprunteur impliquent qu’il vende également ses projets d’investissement à un garant du prix à terme de la contrevaleur réelle des dettes. Enfin l’emprunteur dépose ses comptes et ses contrats auprès d’un compensateur financier de marché qui établit la relation juridique avec les contreparties créditrices et débitrices.

Moyennant la vente à terme d’un objet de droit, puis de l’engagement de sa réalisation puis de la mesure de son prix, il devient possible de vendre son crédit contre monnaie. L’option de crédit achetée par un emprunteur engage la communauté financière de marché sur l’objet concret qui sera produit ; l’acheteur du capital sur la production réelle vendue au marché ; l’acheteur du crédit sur la mesure du prix à terme et le prêteur sur la liquidité monétaire effectivement épargnée et disponible à l’emprunteur. La vente publique des composants de l’option de l’emprunteur au marché, à l’investisseur, au créancier et à l’épargnant est l’expression de la finance civilisée. La finance juste n’existe pas sans monnaie commune à toute nationalité.

Compensation mondiale de stabilité monétaire

La monnaie mondiale commune exprime le prix des objets réels du bien commun humain. Le marché de compensation mondiale des prix établit trois équilibres distincts par la valeur de la monnaie commune : l’équilibre entre acheteurs et vendeurs des primes d’option, l’équilibre entre acheteurs et vendeurs des objets nominaux et l’équilibre des droits entre acheteurs et vendeurs.  L’égalité financière des droits est indépendante de la puissance matérielle et des statuts collectif ou privatif, public ou privé. L’étalon monétaire universel matérialise la vraie prime de crédit en garantie des emprunts publics et privés, le vrai capital des banques centrales et des banques privées, la vraie valeur internationale des monnaies nationales.

La compensation internationale des prix indique la valeur réelle de tous les biens économiques. Les banques centrales disposent d’un référentiel objectif de la valeur produite dans leur zone monétaire. Si elles sous-estiment cette valeur, les agents économiques vendent leur crédit en liquidité internationale et font monter le prix universel de leurs actifs en les prêtant comme garantie. La parité monétaire nationale se réévalue dans la compensation mondiale. La banque centrale qui surestime la solvabilité des emprunteurs dans sa monnaie, provoque la dévaluation de sa monnaie et la réévaluation des actifs réels en monnaie nationale. Les ventes intérieures et extérieures s’accroissent pour rembourser les dettes et réduire la masse monétaire domestique.

Financement décomposable de la valeur

La liquidité de la compensation internationale transparente rend les politiques budgétaires et monétaires nationales autonomes et responsables dans leur propre système juridique. Les États votent les lois qu’ils veulent et les appliquent comme ils veulent. Si l’action politique est créatrice nette de valeur, l’économie domestique est autofinancée voire exportatrice de capital. Si l’action politique domestique est destructrice nette de valeur, les agents économiques domestiques deviennent importateurs nets de capitaux transnationaux. Le potentiel fiscal de l’économie domestique est objectivement anticipé par la prime de crédit public en monnaie internationale. Un État dont la prime de crédit se renchérit est évalué en destruction nette de bien commun qu’il va devoir compenser par des emprunts internationaux.

La compensation monétaire mondiale repose sur la séparation organique de l’intermédiation financière des primes, des prix et du droit. Le capital alloué à la garantie des prix n’est pas fongible avec celui qui garantit le droit ni celui qui garantit la plus-value. La manipulation financière des prix par les dérivés de crédit est mécaniquement impossible dans la compensation internationale. Les États financièrement transparents ne sont plus dépendants des banques multinationales. Les paradis fiscaux ne sont plus nécessaires pour négocier la solvabilité publique internationale contre la légalisation de l’opacité financière. Les États et banques centrales recouvrent leur capacité à définir les normes juridiques du crédit et à réguler l’intermédiation financière dans les monnaies nationales.

Liquidité monétaire de responsabilité

Les banques et investisseurs financiers multinationaux ne peuvent plus obtenir de liquidité sans se conformer au droit. Sur le marché international, ils doivent déposer leurs comptes et les actifs qui les garantissent. La liquidité internationale ne peut pas être obtenue sans dépôt d’un contrat sous-jacent dont l’objet soit explicitement négociable sous la garantie d’un acheteur primaire qui soit garant de la livraison effective de la valeur. L’application du droit financier transnational est garanti par les démocraties fondatrices de la compensation internationale. Elles hébergent la liquidité juridique des banques transnationales ; elles sont tenues de déférer devant le juge national de leur domicile les transactions dont l’équité est contestée par n’importe quel opérateur enregistré sur le marché commun international.

Les pays qui ne comprennent pas ou ne veulent pas de droit financier n’hébergent pas de banques transnationales et ne reconnaissent pas les prix en monnaie mondiale commune. Leur monnaie n’est pas dans leur système juridique convertible par la compensation mondiale ; les créances en monnaie internationale restent sans valeur juridique. Ces pays fournissent de la liquidité monétaire à qui ils veulent et comme ils veulent. Mais cela n’empêche pas leur monnaie d’être cotée en droit financier à travers les actifs objectivement internationaux admis à la compensation mondiale. N’importe quelle personne privée accédant à la liquidité d’une monnaie mondialement inconvertible peut la déposer sous forme de titre de créance privé à la compensation internationale.

Votation monétaire internationale

Toutes les monnaies sont de fait compensables sur le marché financier mondial. Les primes de change évaluent objectivement le risque d’utilisation de chaque monnaie nationale par la réalité de l’état de droit sous-jacent. Les banques transnationales deviennent les intermédiaires de la liquidité pour tous les épargnants internationaux souhaitant se protéger de la prédation financière et politique. La circulation du capital entre banques transnationales est libre et totalement tracée sous vérification de la justice nationale domiciliatrice. Les justices inefficaces à évaluer, justifier et garantir l’égalité des droits financiers transnationaux provoquent la fuite des capitaux vers les autres pays domiciliataires de l’étalon monétaire universel.

La compensation internationale de la valeur en matérialité économique, réalité juridique et finalité d’investissement provoque la transparence financière généralisée. Parce que mondiale et compensée en monnaie commune, la valeur n’est plus subjectivement spéculative mais réellement humaine. Les élites politiques et oligarchies financières sont dépossédées du secret de la monnaie. Les conditions du prix sont explicites et négociables par les trois causes de valeur de l’option de monnaie : une réalité matérielle livrable, un objet nommé en droit humain et une société minimale. La société d’option met en solidarité matérielle, formelle et finale l’acheteur et le vendeur du nominal, l’acheteur de la prime et la société de droit engagée dans la justice.

Monnaie d’humanité

La compensation de marché mondial rend la justice objective et transformable par l’obligation de réaliser les objets de prix sous la garantie d’un capital de droit explicite. La politique du droit s’aligne sur la réalité par la monnaie. Une zone monétaire est optimale si les utilisateurs d’une même monnaie sont solidaires par une même conception de la justice qu’ils réalisent par un même gouvernement de droit, les mêmes budgets publics et une même fiscalité de la valeur. La convertibilité des monnaies par un étalon mondial de droit financier permet aux sociétés civiles nationales de se réaliser par des monnaies différentes. Les systèmes de valeur individualistes et oligarchiques sont dévalués par un prix nominal faible et une prime de change élevée en étalon universel d’humanité.

L’option de monnaie transnationale issue d’une compensation mondiale transforme radicalement la politique par la finance et réciproquement. L’intelligence, la volonté et l’action humaines sont déclarés foncièrement faillibles dans leurs conséquences personnelles, sociales et physiques. Aucun individu ne peut plus prétendre à l’omniscience toute puissante qui justifient d’imposer son système financier à ses contemporains. Toutes les responsabilités politiques et économiques se trouvent couvertes par un capital d’humanité calculé par la prime du droit de démocratie, par la prime du marché, par la prime d’investissement du réel et par la prime monétaire de solidarité de la valeur. L’homme s’engage dans la croissance de sa valeur en rachetant par ses relations véritables de société les erreurs objectives qu’il commet en permanence contre lui-même.

Par : Pierre Sarton du Jonchay