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Manuel du guerrier de la Lumière (extrait)

// mars 28th, 2011 // No Comments » // guerrier de la Lumière


Un guerrier de la lumière n’oublie jamais la gratitude. Au cours de la lutte, les anges l’ont aidé; les forces célestes ont mis chaque chose à sa juste place et ont permis au guerrier de donner le meilleur de lui même. Ses compagnons commentent: « Comme il a de la chance! » Et le guerrier obtient parfois beaucoup plus que ce que ses seules capacités lui autorisent. Alors, quand le soleil se couche, il s’agenouille et remercie le Manteau Protecteur qui l’entoure. Mais sa gratitude ne se limite pas au monde spirituel ; il n’oublie jamais les amis, parce que leur sang s’est mêlé au sien sur le champ de bataille. Un guerrier n’à nul besoin qu’on lui rappelle l’aide que lui ont prodiguée les autres; il se souvient tout seul, et partage avec eux la récompense.

Un guerrier de la lumière ne compte pas seulement sur ses propres forces ; il se sert aussi de l’énergie de son adversaire. Lorsque commence le combat, tout ce qu’il possède c’est son enthousiasme, et l’art des coups qu’il a appris à l’entraînement; au fur et à mesure que la lutte se déroule, il découvre que l’enthousiasme et l’entraînement ne suffisent pas pour vaincre : l’expérience est nécessaire. Alors il ouvre son coeur à l’Univers et demande à Dieu de l’inspirer, afin que chaque coup de l’ennemi soit aussi, pour lui, une leçon de défense. Ses compagnons commentent : « Comme il est superstitieux! Il a interrompu la lutte pour prier, et il respecte les ruses de l’adversaire. »Le guerrier de la lumière ne répond pas à ces provocations. Il sait que, sans inspiration et sans expérience, aucun entraînement ne donne de résultat.

Un sage chinois commente ainsi les stratégies du guerrier de la lumière :« Laisse croire à ton ennemi que tu ne tireras pas un grand avantage de ta décisionde l’attaquer; de cette manière, tu diminueras son enthousiasme. »« N’aie pas honte de te retirer provisoirement du combat, si tu sens que l’ennemi est le plus fort ; l’important n’est pas la bataille isolée, mais la fin de la guerre. » « Si tu es suffisamment fort, n’aie pas honte non plus de feindre la faiblesse; cela ôte à ton ennemi sa prudence et le pousse à attaquer avant l’heure. »« Dans une guerre, la capacité de surprendre l’adversaire est la clé de la victoire. »

« C’est curieux, se dit le guerrier de la lumière. J’ai rencontré tant de gens qui – à la première occasion – tentent de montrer le pire d’eux-mêmes. Ils cachent leur force intérieure derrière l’agressivité; ils masquent leur peur de la solitude sous un air d’indépendance. Ils ne croient pas en leurs propres capacités, mais passent leur temps à proclamer aux quatre vents leurs qualités. »Le guerrier lit ces signes chez nombre d’hommes et de femmes de sa connaissance. Il ne se laisse jamais abuser par les apparences et s’efforce de rester silencieux quand on cherche à l’impressionner. Mais il saisit la moindre occasion de corriger ses défauts, puisque les autres sont toujours un bon miroir de nous-mêmes. Un guerrier profite de toutes les opportunités pour devenir son propre maître.

Le guerrier de la lumière lutte parfois avec qui il aime. L’homme qui préserve ses amis n’est jamais dominé par les tempêtes de l’existence ; il a des forces pour surmonter les difficultés et aller de l’avant. Très souvent, cependant, il se sent défié par ceux auxquels il tente d’enseigner l’art de l’épée. Ses disciples le provoquent au combat.Et le guerrier montre ce dont il est capable : en quelques coups, il envoie à terre les armes de ses élèves, et l’harmonie revient dans leur lieu de réunion. « Pourquoi faire cela, si tu es tellement supérieur ? demande un voyageur. Parce que, lorsqu’ils me défient, ils cherchent en vérité à me parler et que, de cette manière, je maintiens le dialogue », répond le guerrier.

Avant d’entreprendre un combat Important, un guerrier de la lumière se demande: « Jusqu’à quel point ai-je développé mon habileté? » Il sait que des batailles qu’il a menées autre fois il a toujours retenu quelque chose. Cependant, quantité de ces enseignements l’ont fait souffrir plus que nécessaire. Plus d’une fois, il a perdu son temps en luttant pour un mensonge, ou a souffert pour des êtres qui n’étaient pas à la hauteur de son amour. Mais les vainqueurs ne répètent pas la même erreur. C’est pourquoi le guerrier de la lumière ne risqueson coeur que pour quelque chose qui en vaut la peine.

Un guerrier de la lumière constate que certains moments se répètent. Fréquemment, il se voit placé devant des problèmes et des situations auxquels il avait déjà été confronté. Alors il est déprimé. Il songe qu’il est incapable de progresser dans la vie, puisque les difficultés sont de retour.« Je suis déjà passé par là, se plaint-il à son coeur.- Il est vrai que tu as déjà vécu cela, répond son coeur. Mais tu ne l’as jamais dépassé. » Le guerrier comprend alors que la répétition des expériences a une unique finalité: lui enseigner ce qu’il n’a pas encore appris.

Les guerriers de la lumière ont toujours une lueur particulière dans le regard.Ils sont au monde, ils font partie de la vie des autres, et ils ont commencé leur voyage sans besace ni sandales. Il leur arrive souvent d’être lâches, et ils n’agissent pas toujours correctement. Les guerriers de la lumière souffrent pour des causes inutiles, ont des comportements mesquins et parfois se jugent incapables de grandir. Ils se croient fréquemment indignes d’une bénédiction ou d’un miracle. Ils ne savent pas toujours avec certitude ce qu’ils font ici. Souvent, ils passentdes nuits éveillés, à penser que leur vie n’a pas de sens. C’est pour cela qu’ils sont guerriers de la lumière. Parce qu’ils se trompent. Parcequ’ils s’interrogent. Parce qu’ils cherchent une raison – et, certainement, ils vont la trouver.

Le guerrier de la lumière ne craint pas de paraître fou. II se parle à voix haute quand il est seul. Quelqu’un lui a appris que c’était la meilleure manière de communiquer avec les anges, et il cherche ce contact. Au début, il constate combien c’est difficile. Il pense qu’il n’a rien à dire, qu’il va répéter des sottises. Pourtant, le guerrier insiste. Chaque jour il converse avec son coeur. Il dit des choses qu’il ne pense pas vraiment, il dit des bêtises. Un jour, il perçoit un changement dans sa voix. Et il comprend qu’il est en trainde canaliser une sagesse supérieure. Le guerrier semble fou, mais ce n’est qu’un masque.

Un poète a dit: « Le guerrier de la lumière choisit ses ennemis. » Le guerrier sait de quoi il est capable. Il n’a pas besoin de courir le monde en louant ses qualités et ses vertus. Cependant, à tout moment apparaît quelqu’un qui veut prouver qu’il est meilleur que lui. Le guerrier sait qu’il n’existe pas de « meilleur » ou de « pire » : chacun possède les dons nécessaires à son chemin individuel. Mais certaines personnes insistent. Elles le provoquent, l’offensent, font tout pour l’irriter. En cet instant, le coeur du guerrier dit : « N’écoute pas les offenses, elles ne vont pas accroître ton habileté. Tu vas te fatiguer inutilement. »Un guerrier de la lumière ne perd pas son temps à écouter les provocations; il a un destin à accomplir.

Un guerrier de la lumière se rappelle à tout instant un passage de John Bunyan« Bien que je sois passé par tout ce par quoi je suis passé, je ne regrette pas les problèmes dans lesquels je me suis engagé, parce que ce sont eux qui m’ont mené là où je voulais arriver. Maintenant, à l’approche de la mort, tout ce que je possède est cette épée, et je la remets à celui qui désire suivre son pèlerinage. J’emporte avec moi les marques et les cicatrices des combats – elles sont les témoignages de ce que j’ai vécu et les récompenses de ce que j’ai conquis.« Ce sont ces marques et ces cicatrices chéries qui vont m’ouvrir les portes du Paradis. À une certaine époque, j’ai passé ma vie à écouter des histoires de bravoure. À une certaine époque, je n’ai vécu que parce que j’avais besoin de vivre. Mais maintenant je vis parce que je suis un guerrier, et parce que je veux un jour rejoindre la compagnie de Celui pour lequel j’ai tant lutté. »

Un guerrier de la lumière connaît ses défauts. Mais il connaît aussi ses qualités. Certains compagnons se plaignent sans cesse : « Les autres ont plus de chance que nous. »Peut-être ont-ils raison ; mais un guerrier ne se laisse pas paralyser par ce constat ; il cherche à valoriser au maximum ses atouts. Il sait que le pouvoir de la gazelle réside dans la rapidité de sa course, celui de la mouette dans la précision avec laquelle elle vise le poisson. Il a appris que le tigre n’a pas peur de la hyène, car il est conscient de sa propre force. Un guerrier essaie de savoir sur quoi il peut compter. Il vérifie toujours son bagage, qui se compose de trois éléments: foi, espérance et amour.Si les trois sont présents, il n’hésite pas à poursuivre.

Le sage Lao-tseu commente en ces termes le voyage du guerrier de la lumière« Le Chemin inclut le respect de tout ce qui est petit et fragile. Tu dois toujours savoir reconnaître quand le moment est venu d’adopter l’attitude adéquate. »« Même si tu as déjà tiré à l’arc à diverses reprises, continue d’être vigilant à la manière dont tu places ta flèche et tends la corde. »« Quand le débutant est conscient de ses besoins, il finit par être plus intelligent que le sage distrait. »« Accumuler de l’amour signifie chance, accumuler de la haine signifie calamité.Celui qui ne reconnaît pas les problèmes laisse la porte ouverte et les tragédies surviennent. »« Le combat n’a rien à voir avec la querelle. »

Un guerrier de la lumière a besoin d’amour. L’affection et la tendresse font partiede sa nature autant que la nourriture, la boisson, et le plaisir qu’il prend à mener le Bon Combat. Lorsque le guerrier n’est pas heureux devant un coucher de soleil, c’est que quelque chose ne va pas.A ce moment-là, il interrompt le combat et part à la recherche d’une compagnie pour assister ensemble à la tombée du jour. S’il a du mal à la trouver, il se demande : « Ai-je eu peur de m’approcher de quelqu’un? Serait-ce que j’ai reçu de l’affection et ne l’ai pas senti ? »Un guerrier de la lumière peut choisir la solitude, mais il ne la subit pas.

Le guerrier de la lumière sait qu’il est impossible de vivre en état de complet relâchement. Il a appris de l’archer que, pour tirer sa flèche au loin, il faut maintenir l’arc bien bandé. Il a appris des étoiles que seule l’explosion intérieure permet de briller. Le guerrier constate que le cheval, au moment de franchir un obstacle, contracte tous ses muscles. Mais il ne confond jamais tension et nervosité.

Le guerrier de la lumière se comporte parfois comme l’eau, et il se glisse entre les nombreux obstacles qui parsèment sa route. À certains moments, résister signifie être détruit. Alors, il s’adapte aux circonstances. Il accepte, sans se plaindre, que les pierres du chemin tracent savoie à travers les montagnes. En cela réside la force de l’eau : jamais un marteau ne peut la briser, ni un couteau la blesser. L’épée la plus puissante du monde est incapable de laisser une entaille à sa surface. L’eau d’une rivière s’adapte au terrain, sans jamais oublier son objectif : la mer. Ténue à sa source, elle acquiert peu à peu la force des fleuves qu’elle rencontre. Et, au bout d’un moment, son pouvoir est total.

Le guerrier de la lumière a les qualités d’un roc. Quand celui-ci se trouve en terrain plat et que tout, alentour, est en harmonie, il demeure stable. Les gens peuvent bâtir leurs maisons par-dessus, la tempête ne détruira pas ce qui a été construit. En revanche, lorsque le terrain est incliné, les choses alentour ne peuvent se maintenir en ordre ni en équilibre; il révèle alors sa force et roule droit surl’ennemi qui menace la paix. Dans ces moments-là, le guerrier est dévastateur,et nul ne parvient à le retenir. Un guerrier de la lumière pense simultanément à la guerre et à la paix, et il sait agir selon les circonstances.

Le guerrier de la lumière sait reconnaître un ennemi plus fort que lui. S’il décidede l’affronter, il sera immédiatement anéanti. S’il relève ses offenses, il tombera dans un piège. Aussi use-t-il de diplomatie. Quand on le provoque au combat, il feint de ne pas comprendre. Ses amis commentent: « C’est un lâche. » Mais le guerrier se moque de ces commentaires : il sait que toute la colère et tout le courage d’un oiseau sont vains devant le chat. Dans de telles situations, le guerrier fait preuve de patience. L’ennemi s’en ira vite en provoquer d’autres.

Un guerrier de la lumière ne reste jamais indifférent à l’injustice. Il sait que tout est un, et que chaque action individuelle affecte tous les hommes de la planète. Alors, quand il se trouve devant la souffrance d’autrui, il se sert de son épée pour remettre les choses en ordre. Mais, bien qu’il lutte contre l’oppression, à aucun moment il ne cherche à juger l’oppresseur. Chacun répondra de ses actes devant Dieu, et – pour cette raison -une fois sa tâche accomplie, le guerrier n’émet aucun commentaire. Un guerrier de la lumière est au monde pour aider ses frères, non pour condamner son prochain.

Un guerrier de la lumière n’est jamais pressé. Le temps travaille en sa faveur; il apprend à maîtriser son impatience et évite les gestes irréfléchis. Avançant lentement, il note la fermeté de ses pas. Il sait qu’il participe à un moment décisif de l’histoire de l’humanité, et qu’il doit changer lui-même avant de transformer le monde. Pour cela, il se rappelle les propos de Lanza del Vasto :« Une révolution a besoin de temps pour s’installer. »Un guerrier de la lumière ne cueille jamais le fruit quand il est encore vert.

Un guerrier de la lumière a besoin de patience et de vivacité à la fois. Les deux plus graves erreurs stratégiques sont : agir avant l’heure et laisser passer l’occasion. Pour éviter cela, le guerrier traite chaque situation comme si elle était unique. Il n’applique ni formules, ni recettes, et ne se fie pas à l’avis des autres. Le calife Mouawiya demanda à Omr ben al-Aas quel était le secret de sa grande habileté politique.Il obtint la réponse suivante : « le ne me suis jamais lancé dans une action sans avoir envisagé au préalable une retraite possible; d’un autre côté, je ne suis jamais entré dans un lieu avec l’intention d’en partir en courant. »

Un guerrier de la lumière ne souille jamais son coeur du sentiment de haine. Quand il marche vers la lutte, il se rappelle les propos du Christ :« Aimez vos ennemis. » Et le guerrier obéit. Mais il sait que le pardon ne l’oblige pas à tout accepter. Un guerrier ne peut baisser la tête – sinon, il perd de vue l’horizon de ses rêves. Il remarque que ses adversaires sont là pour tester sa bravoure, sa persévérance, sa capacité de décision. Ils sont une bénédiction, parce que ce sont eux qui l’obligent à lutter pour ses rêves. C’est l’expérience du combat qui renforce le guerrier de la lumière.

Le guerrier de la lumière s’assoit avec ses compagnons autour d’un feu. Ils parlent de leurs conquêtes, et les étrangers qui se joignent au groupe sont les bienvenus, car tous sont fiers de leur vie et de mener le Bon Combat. Le guerrier sait combien il est important de partager son expérience avec les autres. II évoque avec enthousiasme le chemin, raconte comment il a résisté à une provocation, quelle solution il a trouvée pour une situation difficile. Quand il relate ces histoires, il le fait avec passion et romantisme. 

Dans toute activité, il faut savoir ce que l’on peut en attendre, connaître les moyens d’atteindre son objectif et les ressources dont on dispose.« Seul peut affirmer qu’il a renoncé aux fruits celui qui ne ressent pas le moindre attrait pour les résultats de la conquête et reste absorbé dans le combat. » « On peut renoncer aux fruits, mais ce renoncement ne signifie pas que l’on soit indifférent aux résultats. » Le guerrier de la lumière écoute avec respect la stratégie de Gandhi. Et il ne selaisse pas troubler par des gens qui, incapables de parvenir au moindre résultat, passent leur temps à prêcher le renoncement.

Le guerrier de la lumière n’a pas toujours la foi. Il y a des moments où il ne croit absolument en rien. Il interroge son coeur : « Un tel effort en vaut-il la peine? »Mais son coeur reste silencieux. Et le guerrier doit décider tout seul. Alors il cherche un exemple. Et il se souvient que Jésus est passé par une étape semblable, pour pouvoir vivre la condition humaine dans sa plénitude.« Éloigne de moi ce calice », a dit Jésus. Lui aussi a perdu la force et le courage, mais il ne s’est pas arrêté. Le guerrier de la lumière continue sans foi. Mais il poursuit, et la foi finit par revenir.

Entre deux batailles, le guerrier se repose. Souvent, il passe des jours sans rien faire, parce que son coeur l’exige. Mais son intuition reste en éveil. Il ne commet pas le péché capital de la paresse, car il sait où elle peut le conduire : à la sensation morne de ces dimanches après-midi où le temps passe – et rien d’autre. Le guerrier appelle cela la « paix du cimetière ». Il se souvient d’un passage de l’Apocalypse : « Je sais tes oeuvres : tu n’es ni froid ni bouillant. Que n’es-tu froidou bouillant! Mais parce que tu es tiède, et non froid ou bouillant, le vais te vomir de ma bouche. »Un guerrier s’amuse et rit. Mais il est toujours attentif.

Le guerrier de la lumière sait que tout le monde a peur de tout le monde. Cette peur se manifeste en général de deux façons : par l’agressivité ou par la soumission. Ce sont les deux faces du même problème. Pour cette raison, quand il se trouve devant quelqu’un qui lui inspire de la peur, le guerrier se rappelle que l’autre aussi ressent l’insécurité. Il a surmonté des obstacles semblables, il a traversé les mêmes difficultés. Mais il sait mieux affronter la situation Pourquoi ? Parce qu’il utilise la peur comme un moteur, et non comme un frein. Alors le guerrier apprend de l’adversaire, et il agit comme lui.

Le guerrier de la lumière connaît le silence qui précède un combat décisif. Et ce silence semble dire: « Les choses se sont arrêtées. Mieux vaut laisser la lutte de côté et s’amuser un peu. »Les combattants sans expérience jettent alors leurs armes et se plaignent de l’ennui. Le guerrier, lui, est attentif au silence; quelque part, quelque chose se produit. Il sait que les tremblements de terre destructeurs surviennent sans prévenir. Pour avoir traversé des forêts de nuit, il sait que, lorsque les animaux ne font aucun bruit, le danger est proche.

Le guerrier de la lumière croit. Parce qu’il croit aux miracles, les miracles commencent à se produire. Parce qu’il a la certitude que sa pensée peut changersa vie, sa vie se met à changer. Parce qu’il est certain qu’il va trouver l’amour,cet amour apparaît. De temps en temps, il est déçu. Quelquefois, il se blesse. Alors il entend les commentaires : « Comme il est ingénu! » Mais le guerrier sait que c’est le prix à payer. Pour chaque défaite, il a deux conquêtes à son actif. Tous ceux qui croient le savent.

Le guerrier de la lumière a appris qu’il est préférable de suivre la lumière. Il a trahi, menti, il s’est écarté de son chemin, il a rompu des trêves. Et tout acontinué de lui réussir – comme si rien ne s’était passé. Cependant, un abîme surgit subitement. On peut faire mille pas fermement – un simple pas de plus peut être la fin de tout. Alors le guerrier s’arrête à temps. Il s’est arrêté car il a entendu quatre commentaires : « Tu as toujours commis des erreurs. Tu es trop vieux pour changer. Tu n’es pas bon. Tu ne le mérites pas. »Alors il lève les yeux vers le ciel. Et une voix dit : « Tout le monde commet des erreurs. Tu es pardonné, mais le ne peux pas te pardonner malgré toi. Décide toi.» Le véritable guerrier de la lumière accepte le pardon.

Le guerrier de la lumière cherche toujours à s’améliorer.Chaque coup de son épée porte en lui des siècles de sagesse et de méditation. Chaque coup doit avoir la force et l’habileté de tous les guerriers du passé, qui, aujourd’hui encore, continuent de bénir la lutte. Chaque mouvement au combatrend hommage aux gestes que les générations antérieures ont voulu transmettre par l’intermédiaire de la Tradition. Le guerrier développe la beauté de ses coups.

Le guerrier sait que le combat s’interrompt, de temps à autre. Il ne sert à rien deprécipiter la lutte; il est nécessaire d’avoir de la patience, d’attendre que les forces s’entre choquent de nouveau. Dans le silence du champ de bataille, il écoute les battements de son coeur et constate qu’il est tendu, qu’il a peur. Il fait un bilan de sa vie; il vérifie que son épée est aiguisée, son coeur satisfait,et que la foi embrase son âme. Il sait que la préparation est aussi importante quel’action. Il manque toujours quelque chose. Et le guerrier profite des moments où le temps est suspendu pour mieux se préparer.

Chaque fois que le guerrier sort son épée du fourreau, il s’en sert. Il peut s’enservir pour ouvrir un chemin, venir en aide à quelqu’un ou éloigner un danger. Mais une épée est capricieuse, et elle n’aime pas que sa lame soit exposée sans raison.C’est pourquoi un guerrier ne profère jamais de menaces. Il peut attaquer, se défendre ou fuir – chacune de ces attitudes fait partie du combat. Ce qui n’en fait pas partie, c’est de gaspiller sa force d’un coup, en en parlant. Un guerrier est toujours vigilant aux mouvements de son épée. Mais il ne peut pas oublier que l’épée, elle aussi, prête attention à ses mouvements à lui. La force d’une épée se passe des mots.

Quelquefois, le mal poursuit le guerrier. Alors, tranquillement, celui-ci l’invite à entrer dans sa tente. Le guerrier demande au mal: « Veux-tu me blesser, ou te servir de moi pour blesser les autres? »Le mal feint de ne pas entendre. Il prétend connaître les failles de l’âme du guerrier. Il frappe sur des blessures non cicatrisées et crie vengeance. Il rappelle qu’il est le seul à connaître des pièges et des poisons subtils qui aideront le guerrier à détruire tous ses ennemis. Le guerrier de la lumière écoute. Si le mal a un moment de distraction, il le prie de poursuivre son discours et lui demande des détails sur tous ses projets. Puis il se lève et s’en va. Le mal a tant parlé, il est tellement fatigué et si vide qu’il ne parviendra même pas à le suivre.

Le guerrier de la lumière se comporte comme un enfant. Les gens sont choqués. Ils ont oublié qu’un enfant a besoin de jouer, d’être un peu irrévérencieux, de poser des questions inconvenantes et immatures, de diredes sottises auxquelles lui-même ne croit pas.Les gens demandent, horrifiés : « C’est ça le chemin spirituel? Cet homme n’aaucune maturité! »Le guerrier s’enorgueillit de ce commentaire. Et il reste en contact avec Dieu,grâce à son innocence et sa joie. Mais jamais il ne perd de vue sa mission.

Un guerrier de la lumière ne peut pas toujours choisir son champ de bataille. Quelquefois, il est entraîné par surprise au milieu de combats qu’il ne désirait pas mener; mais fuir n’avance à rien, car ces combats le suivront. Alors, au moment où le conflit devient quasi inévitable, le guerrier converse avec son adversaire. Sans montrer de peur ou de lâcheté, il cherche à savoir pourquoi l’autre veut la lutte; pour quelles raisons il a quitté son village et l’a provoqué enduel. Sans dégainer son épée, le guerrier le convainc que ce combat n’est pas le sien. Un guerrier de la lumière écoute ce que son adversaire a à lui dire. Et il ne lutteque si c’est nécessaire.

Le guerrier de la lumière éprouve une sorte de terreur devant des décisionsimportantes.« Ceci est trop grand pour toi », lui dit un ami.« Va de l’avant, sois courageux », dit un autre.Et ses doutes augmentent. Après quelques jours d’angoisse, il se recueille dans sa tente, où il a coutume des’asseoir pour méditer et prier. Il se projette dans le futur. II voit qui tirera profit ou désavantage de son attitude. II ne souhaite pas causer de souffrances inutiles, mais il ne veut pas non plus abandonner le chemin. Le guerrier laisse alors la décision se manifester. S’il faut dire oui, il le dira avec courage. S’il faut dire non, il le fera sans lâcheté.

Un guerrier est pur comme la colombe et prudent comme le serpent. Quand il discute avec les autres, il ne juge pas leur comportement.Il sait que, pour répandre le mal, les ténèbres tissent un filet invisible où viennent se prendre toutes les informations qui passent; elles se transforment alors en intrigue et en jalousie qui parasitent l’âme humaine. Ainsi, tout ce qui est dit d’une personne finit par arriver aux oreilles de ses ennemis, augmenté d’une charge obscure de poison et de méchanceté. C’est pourquoi lorsque le guerrier de la lumière parle de l’attitude de son frère, il imagine que celui-ci est présent et écoute ses paroles.

Quand approche le moment du combat, le guerrier de la lumière est prêt à toutesles éventualités. Il analyse toutes les stratégies, et il s’interroge : « Qu’est-ce que le ferais si le devais lutter contre moi-même? » De cette manière, il découvre ses points faibles. Alors l’adversaire s’approche, le sac plein de promesses, de traités, de négociations. Ses propositions sont séduisantes et les solutions qu’il suggère, faciles. Le guerrier analyse chacune d’elles ; lui aussi cherche un accord, mais sans perdre sa dignité. S’il évite le combat, ce ne sera pas parce qu’il a été séduit, mais parce qu’il a trouvé que c’était la meilleure stratégie. Un guerrier de la lumière n’accepte pas de cadeaux de son ennemi.

Alors je répète Les guerriers de la lumière se reconnaissent au premier regard. Ils sont au monde, ils font partie du monde, et ils ont été envoyés au monde sans besace ni sandales. Souvent ils sont lâches. Et ils n’agissent pas toujours correctement. Les guerriers de la lumière souffrent pour des sottises, ils se préoccupent de choses mesquines, se jugent incapables de grandir. De temps en temps, ils se croient indignes d’une bénédiction ou d’un miracle. Les guerriers de la lumière se demandent fréquemment ce qu’ils font ici. Souventils trouvent que leur vie n’a pas de sens. C’est pour cela qu’ils sont des guerriers de la lumière. Parce qu’ils se trompent. Parce qu’ils s’interrogent. Parce qu’ils continuent de chercher un sens. Et ils finiront par le trouver.

Le guerrier prend garde aux gens qui pensent connaître le chemin. Ils sont toujours tellement sûrs de leur propre capacité de décider qu’ils ne perçoivent pas l’ironie avec laquelle le destin écrit la vie de chacun, et ils protestent chaque fois que l’inévitable frappe à leur porte. Le guerrier de la lumière fait des rêves, et ses rêves le poussent vers l’avant. Mais il ne commet jamais l’erreur de penser que le chemin est facile et que la porte est large. II sait que l’Univers fonctionne à l’image de l’alchimie : dissous et coagule, disent les maîtres. « Concentre et disperse Tes énergies en accord avec la situation. »Il y a des moments pour agir et des moments pour accepter. Le guerrier sait faire cette distinction.

Le guerrier de la lumière regarde la vie avec douceur et fermeté. Il est face à un mystère dont, un jour, il trouvera la réponse. À chaque pas, il se dit : « Mais cette vie paraît une folie! » Il a raison. Livré au miracle du quotidien, il note qu’il n’est pas toujours capable de prévoir les conséquences de ses actes. Parfois il agit sans savoir qu’il agit, il sauve sans savoir qu’il sauve, il souffre sans savoir pourquoi il est triste. Oui, cette vie est une folie. Mais la grande sagesse du guerrier de la lumière consiste à bien choisir sa folie.

Le guerrier de la lumière écoute Lao-tseu lorsqu’il dit que nous devons nousdéfaire de la conscience des jours et des heures, et prêter davantage d’attention à chaque minute. Ainsi seulement, il parvient à résoudre certains problèmes avant qu’ils ne surviennent. En étant vigilant aux petites choses, il réussit à se protéger des grandes calamités. Mais penser aux petites choses ne signifie pas penser petit. Une préoccupation exagérée finit par éliminer toute trace de joie de vivre. Le guerrier sait qu’un grand rêve est formé d’une multitude d’éléments, de même que la lumière du soleil est la somme des millions de rayons qui la composent.

Un guerrier de la lumière n’a pas de « certitudes » ; il suit un chemin auquel il cherche à s’adapter en permanence. Ses techniques de lutte varient en été et en hiver. Flexible, il ne juge plus le monde sur la base du « vrai » et du « faux », mais sur celle de « l’attitude la plus appropriée à un moment déterminé ». Il sait que ses compagnons aussi doivent s’adapter, et il n’est pas surpris lorsque leur comportement change. Il laisse à chacun le temps nécessaire pour justifier ses actions.Mais il est implacable avec la trahison.

Un guerrier s’assoit près du feu pour discuter avec ses amis. Des heures durant, ils s’accusent mutuellement, puis ils passent le reste de la nuit à dormir sous la même tente et oublient les invectives qui ont été prononcées. De temps en temps, un nouveau venu apparaît dans le groupe. Comme ils n’ont pas encore une histoire en commun, ce dernier ne montre que ses qualités, et certains voient en lui un maître. Le guerrier de la lumière, pour sa part, ne le compare jamais à ses vieux compagnons de lutte. L’étranger est le bienvenu, mais il ne lui fera confiance que lorsqu’il connaîtra également ses défauts. Un guerrier de la lumière n’entreprend pas une bataille sans connaître les limites de son allié.

Le guerrier sait que les mots les plus importants, dans toutes les langues, sont de tout petits mots. Oui. Amour. Dieu. Ce sont des mots qui vous viennent facilement et emplissent de gigantesques espaces vides. Cependant, il existe un mot, lui aussi très bref, que beaucoup de gens ont du mal à prononcer: non. Celui qui ne dit jamais non pense qu’il est généreux, compréhensif, bien élevé ; parce que le non a la réputation d’être maudit, égoïste, primaire. Le guerrier se garde de tomber dans ce piège. Il y a des moments où, tout en disant oui aux autres, on peut se dire non à soi-même. Aussi ne dit-il jamais oui avec les lèvres si son coeur pense non.

Une foule de gens se tient au milieu de la route, barrant le chemin qui mène au Paradis. Le puritain demande – « Pourquoi les pécheurs ? »Et le moraliste crie : « La prostituée veut faire partie du banque t! »Le gardien des valeurs sociales s’exclame « Comment pardonner à la femme adultère, si elle a péché? » Le pénitent arrache ses vêtements  « Pourquoi soigner un aveugle qui ne pense qu’à sa souffrance et ne remercie jamais ? »L’ascète dit en s’agitant : « Tu laisses la femme répandre sur tes cheveux une huile précieuse ! Pourquoi ne pas la vendre et acheter de la nourriture ? » En souriant, jésus tient la porte ouverte. Et les guerriers de la lumière entrent, malgré les cris d’hystérie.

Un guerrier sait que la fin ne justifie pas les moyens. Parce qu’il n’existe pas de fin ; il n’existe que des moyens. La vie le transporte de l’inconnu vers l’inconnu. Chaque minute est revêtue de ce passionnant mystère : le guerrier ne sait pas d’où il vient, ni où il va. Mais il n’est pas ici par hasard. Et il se réjouit d’être surpris, il s’enchante de découvrir des paysages nouveaux. Souvent il a peur, mais c’est normal chez un guerrier. S’il pense uniquement au but de son voyage, il ne prêtera pas suffisamment attention aux signes du chemin. S’il se concentre sur une seule question, il perdra maintes réponses qui se trouvent à sa portée. Aussi le guerrier se donne-t-il tout entier.

Le guerrier sait qu’il existe un « effet cascade ». Il a souvent vu quelqu’un mal agir envers un être qui n’avait pas le courage de répliquer. Alors, par lâcheté et ressentiment, celui-ci a déchargé sa colère sur un autre plus faible, jusqu’à entraîner un véritable courant de malheur. Nul ne connaît les conséquences de sa propre cruauté. C’est pourquoi le guerrier est prudent dans l’usage qu’il fait de son épée et n’accepte un adversaire que s’il est digne de lui. Dans les moments de colère, il frappe du poing sur le rocher et se blesse la main. Sa main finit par guérir ; mais l’enfant qui a pris des coups parceque son père avait perdu un combat restera marqué toute sa vie.

 

à lire en entier ici : 

 

extrait du livre de Paulo Coelho.